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Freedmen’s Town, le « Harlem du Sud », a été inscrit au patrimoine de Houston

Le quartier fut bâti par d’anciens esclaves libérés qui s’y étaient installés à la fin du XIXe siècle. 

Freedmen’s Town, le « Harlem du Sud », a été inscrit au patrimoine de Houston

Bâti à la place de bois et de marécages à la fin du XIXe siècle par d’anciens esclaves libérés, Freedmen’s Town est un quartier de Houston chargé d’histoire et aujourd’hui situé à un jet de pierre des gratte-ciel du centre-ville. François Picard/AFP

Des esclaves nouvellement libérés s’y étaient installés à la fin du XIXe siècle et avaient bâti de leurs mains leurs maisons : Freedmen’s Town, un quartier de Houston chargé d’histoire, vient d’être classé au patrimoine de cette ville du sud des États-Unis.

La semaine dernière, à l’issue d’un vote du conseil municipal, le maire afro-américain de la plus grande ville du Texas, Sylvester Turner, a affirmé ne pouvoir imaginer « meilleur jour que Juneteenth pour partager cette bonne nouvelle ». Juneteenth, contraction des mots juin et 19 en anglais, commémore le 19 juin 1865, jour où les derniers esclaves de Galveston, à environ 80 km de Houston, apprenaient qu’ils étaient libres, plus de deux ans après la Proclamation d’émancipation signée par le président Abraham Lincoln. Joe Biden vient de consacrer ce jour d’hommage en lui donnant le statut de jour férié fédéral.

Freedmen’s Town fut érigé dans la foulée de cet événement lorsque, informés de leur libération, des centaines d’anciens esclaves avaient quitté les plantations du Texas et de Louisiane pour commencer une nouvelle vie à Houston, dont le port était en plein développement. « Ils se sont installés sur la rive sud du Buffalo Bayou. Il s’agissait de bois et de marécages dont personne ne voulait, mais qu’ils ont réussi à rendre habitables », explique Charonda Johnson, vice-présidente de l’association Freedmen’s Town.


Bâti à la place de bois et de marécages à la fin du XIXe siècle par d’anciens esclaves libérés, Freedmen’s Town est un quartier de Houston chargé d’histoire et aujourd’hui situé à un jet de pierre des gratte-ciel du centre-ville. François Picard/AFP


Au début du XXe siècle, ses milliers d’habitants, ses plus de 400 commerces, restaurants, clubs de jazz et de blues, ainsi que les chants de gospel qui s’échappent de ses églises valent au quartier le surnom de « Harlem du Sud », référence au quartier new-yorkais noir qui se développe à la même époque. Les jolies maisons en bois se multiplient à l’époque grâce au savoir-faire des charpentiers et ouvriers qui ont érigé celles des grands propriétaires de plantations.

Devant l’ancienne habitation, en piteux état, d’un révérend charismatique de l’époque, Zion Escobar, directrice exécutive de Houston Freedmen’s Town Conservancy, s’enthousiasme du coup de projecteur que le classement du quartier offre au travail qu’elle a commencé il y a trois ans, à la naissance de l’association. Freedmen’s Town est en effet le premier quartier de Houston à bénéficier de ce statut qui permettra de mettre en valeur sa riche histoire. Cette ingénieure de 36 ans, qui a grandi dans la région, énumère les mille projets qui attendent le quartier. Parmi eux, des rénovations de maisons et de voirie, la création d’ici à un an d’un centre pour accueillir le public et proposer des visites guidées, le développement d’une application de réalité augmentée ou le dépôt d’une candidature pour que le quartier soit inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, une rareté au Texas.

Au cœur du quartier, sur à peine un demi-kilomètre carré, se concentrent des églises, maisons ou cimetières à visiter, ainsi qu’une rue pavée de briques rouges dont la disposition rend hommage aux traditions religieuses des Yoruba, un peuple d’Afrique de l’Ouest. « Les habitants ont dû signer des pétitions pour obtenir que la rue soit pavée, et une partie d’entre eux a participé à la pose des briques en 1914 », explique Zion Escobar. En 2014, moins sensible qu’aujourd’hui à ce patrimoine, « le conseil municipal avait voté l’enlèvement des briques », se désole Charonda Johnson en montrant la photo d’une militante allongée au sol pour stopper les travaux. Un juge a finalement permis leur préservation, et on peut aujourd’hui cheminer sur ces pavés historiques en observant les gratte-ciel du centre-ville à un jet de pierre.

Si quelques familles noires louent encore leur logement dans le quartier, la plupart ont dû partir au fil des décennies, chassées notamment par la hausse des prix. Cependant, précise Zion Escobar, « la population actuelle, aux origines plutôt diverses, a vraiment à cœur de mettre en valeur cette histoire noire ». Freedmen’s Town devrait en outre bientôt constituer l’une des dernières étapes d’un projet de « chemin de l’émancipation », qui sera géré par le service fédéral des parcs nationaux. Actuellement à l’état d’étude, cet itinéraire d’environ 82 km, reliant Galveston à Houston, permettra de découvrir « ce que sont devenues ces personnes après qu’elles ont reçu leur liberté », explique Zion Escobar. « Les parcs nationaux mettent assez peu en avant l’histoire noire », regrette-t-elle. Or, « ils sont en partie là pour cela, pour reconnaître que cela fait partie de notre histoire nationale ».

François PICARD/AFP


Des esclaves nouvellement libérés s’y étaient installés à la fin du XIXe siècle et avaient bâti de leurs mains leurs maisons : Freedmen’s Town, un quartier de Houston chargé d’histoire, vient d’être classé au patrimoine de cette ville du sud des États-Unis.La semaine dernière, à l’issue d’un vote du conseil municipal, le maire afro-américain de la plus grande ville...

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