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Sanctions, mode d’emploi

Décidément chatouilleux et prompts à la gâchette se montrent, en ce moment, les Occidentaux.


Lundi, les États-Unis, l’Union européenne, le Royaume-Uni et le Canada se livraient à une salve de sanctions, aussi vigoureuse que coordonnée, contre le Bélarus. Des dizaines de responsables de ce pays étaient ainsi visés, en réponse au déroutement, en mai dernier, d’un avion de ligne transportant un journaliste contestataire et sa compagne, qui ont été arrêtés. Seront boycottés, de même, les produits de ce pays, pétroliers notamment. Inutile de signaler que cette volée de bois vert a été accueillie avec une intense satisfaction par l’opposition démocrate bélarusse…


Hier, c’est la Hongrie qui était la cible d’un feu roulant de condamnations à la réunion ministérielle européenne de Luxembourg. Il y a des années déjà que ce pays, régulièrement accusé d’atteintes à l’État de droit, n’est guère en odeur de sainteté dans le Vieux Continent. Avec la Pologne, accusée elle aussi de violer l’indépendance des juges, la Hongrie est déjà l’objet d’une procédure européenne ; or c’est devant la Cour de justice de l’UE qu’elle paraît maintenant sur le point d’être traînée, pour avoir édicté une législation jugée discriminatoire en matière d’orientation sexuelle. C’est là toutefois que la machine pénale risque de gripper, l’adoption de sanctions collectives requérant une bien hypothétique unanimité…


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Cette astreinte frisant la condition rédhibitoire, les Libanais ne la connaissent que trop, pour l’avoir assez entendu répéter sur place. Après le Français Jean-Yves Le Drian, c’est le chef de la diplomatie européenne qui nous le rappelait, le week-end dernier, même s’il n’écartait pas l’éventualité de sanctions contre ceux des responsables locaux qui persisteraient à bloquer toute réforme. Au loup, au loup, mais encore ?


Au terme de sa visite à Beyrouth, Josep Borrell n’a pas manqué de brosser un sombre tableau du rébus libanais : système de gouvernance à problèmes, bataille pour le partage du pouvoir, profondes divisions entre les communautés religieuses, etc. Manquait hélas à l’énumération cet ingrédient essentiel à toute cuisine politique libanaise : la corruption, sournois ciment de la disparate mafia qui a arraisonné et pompé le pays. La corruption, qui n’est autre que le pillage des biens publics et qui, à elle seule, constitue déjà un excellent motif de sanctions, comme démontré par les Américains. La corruption, encore elle, qui fait de l’honorable rivalité politique une féroce bataille pour les coupables avantages matériels du pouvoir. La corruption, toujours elle, qui en vient même à servir tout à la fois de vecteur et de prétexte à la prétendue sauvegarde des droits des communautés.


C’est sur ce dernier terrain pourtant que s’avançait fort imprudemment, dimanche, le chef du Courant patriotique libre Gebran Bassil, un des personnages les plus décriés par la rébellion populaire d’octobre 2019, sanctionné de surcroît par les États-Unis. L’homme a fait de la défense des droits des chrétiens son leitmotiv ; c’est toutefois à Hassan Nasrallah qu’il s’en remettait pour trancher l’actuel débat sur la nature et la composition d’un nouveau gouvernement. Faire publiquement du Hezbollah l’arbitre suprême de la querelle, ce n’était, pour commencer, pas très flatteur, ni même délicat, pour son propre beau-père, qui en effet se pose en président fort, pleinement associé, de par la loi, à la formation de tout gouvernement. Mais ce désinvolte changement d’arbitre n’est encore rien, comparé au mandat ainsi délivré à une milice résolument islamiste, clamant son obédience iranienne et fort mal vue dans de nombreux pays, pour que justice soit faite aux chrétiens.


Cette magistrale démonstration d’incohérence, en remerciera-t-on jamais assez l’auteur ?


Issa GORAIEB

[email protected]


Décidément chatouilleux et prompts à la gâchette se montrent, en ce moment, les Occidentaux. Lundi, les États-Unis, l’Union européenne, le Royaume-Uni et le Canada se livraient à une salve de sanctions, aussi vigoureuse que coordonnée, contre le Bélarus. Des dizaines de responsables de ce pays étaient ainsi visés, en réponse au déroutement, en mai dernier, d’un avion de ligne...