En voulant protéger les filets du gardien Manuel Neuer, le défenseur allemand Mats Hummels (à gauche) a commis une bourde et trompé son portier, marquant du coup contre son camp et offrant la victoire (1-0) aux champions du monde français. Alexander Hassenstein/Pool/AFP
On attendait l’attaque de feu, on a eu droit à la défense de fer ! Solidaires à tous les étages, les Français ont remis leurs habits de champions du monde pour triompher de l’Allemagne (1-0) en entame de l’Euro. « La défense collective, c’est une force chez nous, c’est sur ça qu’on doit s’appuyer pour réussir une grande compétition, on l’avait fait en 2018 », a relevé le défenseur central Raphaël Varane après la rencontre.
Attendus pour leur créativité offensive, Karim Benzema, Antoine Griezmann et Kylian Mbappé ont d’abord et avant tout brillé par leur altruisme dans le repli défensif, gênant les relances allemandes ou sprintant pour récupérer leurs ballons perdus. L’image de Mbappé revenu comme un bolide rattraper son erreur, dès la 13e minute, a donné le ton d’une soirée de haut vol, en plus de donner de la profondeur aux propos tenus dimanche par le joueur vedette du Paris Saint-Germain devant la presse : « Je sais que je ne suis pas le plus irréprochable défensivement, j’essaye de m’améliorer au quotidien. »
Cet aspect de la partie n’a pas échappé à Paul Pogba, désigné homme du match. « On sait les qualités qu’il y a devant et comment mettre en difficulté les autres équipes. Mais on sait que ceux qui sont devant sont aussi capables de faire le travail défensif où on n’est pas habitués à les voir. Ils le font très, très bien, c’est un plus pour nous », a salué le milieu de Manchester United.
Milieux défensifs
La soirée n’a toutefois pas été parfaite sur tous les plans et le sélectionneur Didier Deschamps a ainsi mentionné des progrès à faire dans l’animation offensive. Car si Benzema a énormément combiné avec Mbappé, Griezmann n’a par exemple fourni qu’une seule passe au premier et trois au second pendant 90 minutes, selon les statistiques fournies par l’UEFA. Mais l’intense combat physique proposé par les Allemands a contraint les stars d’attaque françaises à des tâches plus ingrates. « Les trois, je ne veux pas les dissocier des sept autres. Ils se sont mis à la disposition du collectif pour permettre qu’on défende très bien », a souligné Deschamps.
Ce premier rideau a offert un complément bienvenu au triangle du milieu de terrain formé par Adrien Rabiot, N’Golo Kanté et Paul Pogba. Eux aussi ont surtout servi à contenir les vagues allemandes, plus qu’à se projeter vers l’avant. Ces joueurs excellent habituellement pour « ressortir, se projeter, avec beaucoup de volume et de la complémentarité », mais mardi soir ils l’ont fait « plus dans le domaine défensif », ce qui a permis « à l’équipe d’avoir un bon équilibre », selon Deschamps.
Dernier motif de satisfaction, et non des moindres : la défense tricolore, peu mise en danger durant la préparation, s’est immédiatement hissée au niveau requis. De bon augure avant le deuxième match, programmé samedi soir contre la Hongrie à Budapest, lors duquel les Bleus pourront d’ores et déjà valider leur billet pour les huitièmes de finale.
L’équilibre selon Lloris
La charnière centrale avec Raphaël Varane et Presnel Kimpembe, récemment constituée, a réussi mardi soir son entrée en lice, limitant l’Allemagne à un seul tir cadré durant toute la partie. « Il y a une complémentarité et des automatismes entre eux et, avec Benjamin Pavard d’un côté et Lucas Hernandez de l’autre, ils se comprennent très bien », s’est réjoui Deschamps, tout heureux d’avoir trouvé son carré d’as devant l’indéboulonnable gardien Hugo Lloris.
En capitaine avisé, le portier de Tottenham avait martelé que le succès des Bleus durant l’Euro passerait par « l’équilibre » entre les différentes lignes. Interrogé une nouvelle fois sur le trio d’attaque français, il avait préféré élargir son propos : « On sait qu’ils sont capables de faire des grandes différences, mais ce qu’on recherche avant tout, c’est d’être bien équilibrés sur le terrain et essayer de maîtriser au mieux le match. »
Contre l’Allemagne, un des deux rivaux les plus féroces du groupe F, Thomas Müller, Serge Gnabry et Kai Havertz en ont fait les frais. Et leur sélectionneur Joachim Löw a posé des mots sur ce constat : « La France est aussi championne du monde de la défense. »
Jérémy TALBOT et Antoine MAIGNAN/AFP


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