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Culture - Cimaises

Un déluge de couleurs, de fureurs et de taches profondément bouleversant

À la galerie Art on 56th, si on tend l’oreille, on pourrait presque entendre le bruit de la peinture accrochant sur les toiles de Sara Chaar et meubler le silence. « Imagined Certainty » est sa première exposition en solo à Beyrouth.

Un déluge de couleurs, de fureurs et de taches profondément bouleversant

Sara Chaar se joue habilement de la confusion des matériaux – huile, craie, crayon, ciment et acrylique – pour traduire par tous les moyens ses impressions de l’instant. Photo DR

Rien ne prédestinait Sara Chaar à la peinture. Son éducation artistique reste pendant longtemps sommaire, quasi inexistante. À l’école, elle était une enfant timide et réservée qui apprenait bien ses leçons, mais partait à l’heure des examens se réfugier dans les toilettes pour dessiner sur les murs. Pour avoir grandi et évolué dans un milieu fidèle aux traditions (un père homme d’affaires et une mère femme au foyer), elle choisit un parcours en accord avec l’éducation reçue. Répondant à l’exigence « il te faut un diplôme sérieux », elle s’inscrit à l’université pour une licence en audiovisuel. À l’âge de 23 ans, une rébellion, d’abord marquée par un mariage, sera consolidée par le chemin qu’elle a toujours voulu suivre, celui de l’art, qui la pousse hors des sentiers tracés. Sa façon à elle de s’affranchir et d’expérimenter une phase de transition, d’aller d’un espace à un autre et de s’exprimer sans mots, mais à coups de gestes et de pinceaux. « La parole n’a jamais été mon moyen de communication », souffle Sara Chaar. Son compagnon et époux de l’époque, musicien et artiste, l’encourage et met à sa disposition un atelier et tous les moyens de bord pour lui permettre de prendre son envol. « J’ai pris mon temps pour trouver le langage de l’art. » Durant cinq ans, l’artiste en puissance va expérimenter, essayer, tâtonner sur différents médiums. N’ayant jamais reçu de formation académique, elle suit son instinct et trouve sa voie dans l’abstraction. « Imagined Certainty », titre de sa première exposition en solo à la galerie Art on 56th, est un oxymore puissant, qui laisse présager une œuvre puissante.

Sara Chaar, « Blue Dot Black Line », mixed media sur toile, 154 x 205 cm. Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de la galerie Art on 56th

Une valse à trois temps

Sara Chaar confie que sa démarche artistique s’est nourrie d’étapes successives. « Je suis d’abord confrontée à la toile blanche. Vierge, elle m’a toujours donné l’impression de me narguer, de me mettre à l’épreuve, alors mon premier réflexe est de briser ce rapport et de modifier le support de départ. » La superposition des couches lui permet d’épaissir le matériau pictural jusqu’à le transcender, comme pour lui donner une nouvelle identité, celle avec laquelle elle pourrait enfin initier un dialogue. Dans un deuxième temps, elle déconstruit. Et on devine rapidement une sorte d’acharnement de la découpe, de la lacération ou de la griffure à l’aide du couteau, du tournevis, sur lesquelles dans un troisième temps viendront s’apposer des taches de couleurs vives qui emplissent joyeusement ses toiles, des lignes dansantes qui tourbillonnent, des formes indéfinies et énigmatiques qui insufflent à son œuvre le mouvement. Sara Chaar ne s’intéresse pas aux formes mais à l’expression, à la sensibilité et aux nécessités de la peinture. Les traits sont étalés à l’aide d’un racloir et laissent deviner des gestes picturaux larges et vifs. Sa technique procède d’une puissance du geste, elle avoue d’ailleurs préférer les grands formats qui lui donnent plus de mobilité, de liberté de déplacement corporel et on reçoit en pleine figure la force de son abstraction explosive.

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Et si on tend l’oreille, on pourrait presque entendre le bruit de la peinture accrochant sur la toile et meubler le silence.

Son amour – et l’engagement qui vient avec – pour son métier la mène, à force de travail, à toujours questionner et conquérir son médium. « Il faut du temps pour construire un tableau et son aboutissement découle d’un consensus entre moi et le médium. C’est la peinture qui décide. Capricieuse, elle m’impose sa cadence et sera le support de mes hésitations stylistiques et le témoignage d’une lente et sublime maturation. »

Sara Chaar, « Like Fire in my Mouth », mixed media sur toile, 205 x 154 cm. Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de la galerie Art on 56th

Un pont entre le rêve et la réalité

Véritable déluge de couleurs, de fureurs et de taches, la peinture de Sara Chaar est insaisissable, difficile à verbaliser. Son art se joue habilement de la confusion des matériaux – huile, craie, crayon, ciment et acrylique – pour traduire par tous les moyens ses impressions de l’ instant. Mais il faut remonter à la petite enfance de l’artiste pour comprendre la genèse de son art. Elle est née et a grandi sur les plages de Miami. Il arrivait souvent à sa mère de la retrouver assise au bord de l’eau, une planche transparente à la main qui lui servait de loupe, en train de décrypter les mouvements des insectes et des petites créatures quelquefois invisibles. C’est comme si elle pénétrait un monde parallèle, celui dont elle gardera le souvenir pour le transférer directement sur l’œuvre.

Lire les œuvres de Sara Chaar, c’est pénétrer ce monde poétique habité par des créatures. Reste à savoir que dans son processus de construction et de déconstruction qui fait écho à l’histoire sans fin de Beyrouth, elle a pour but de construire un pont pour combler le fossé entre sa poésie et la réalité qui l’entoure.Et il y a sûrement quelque chose d’indicible dans l’art de Sara Chaar et qui rend ses toiles profondément bouleversantes, garantes d’une expérience unique, qu’il est difficile pour le spectateur d’exprimer, autrement que par une longue méditation.

« Imagined Certainty » de Sara Chaar

À la galerie Art on 56th, rue Youssef Hayek, Gemmayzé, Beyrouth.

Jusqu’au 10 juillet, de 16h à 20h.


Rien ne prédestinait Sara Chaar à la peinture. Son éducation artistique reste pendant longtemps sommaire, quasi inexistante. À l’école, elle était une enfant timide et réservée qui apprenait bien ses leçons, mais partait à l’heure des examens se réfugier dans les toilettes pour dessiner sur les murs. Pour avoir grandi et évolué dans un milieu fidèle aux traditions (un père...

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