Rechercher
Rechercher

Rencontre

Noha Wadi Moharram : C’était une maison blanche adossée à la culture...

Le 4 août dernier, l’exposition collective « Hope » à la galerie Art on 56th, sur le thème de l’espoir, était en cours d’accrochage. La galeriste avait réuni ses artistes pour essayer ensemble de redonner vie à l’espace culturel. Aujourd’hui, de cet écrin magnifique et des œuvres présentes en ce jour funeste, il ne reste presque plus rien.

Noha Wadi Moharram : C’était une maison blanche adossée à la culture...

Dans une ruelle de la rue Pasteur, les belles façades endommagées par l’explosion du 4 août.

Lorsque Noha Wadi Moharram décide d’aller à la recherche d’un local pour se lancer dans le métier de galeriste, son premier choix se porte sur un bel espace situé dans le quartier de Mar Mikhaël. Sur le point de finaliser et d’emménager, elle reçoit un appel de son agent qui lui signale un très bel immeuble classé, dans une artère perpendiculaire à la rue Pasteur, à Gemmayzé. « Je lui ai dit que je m’étais déjà engagée, mais il a insisté. Il a bien fait », confie la galeriste, avec un sourire nostalgique empreint d’une grande tristesse. Construite sous le mandat français, la belle bâtisse présente des balcons arrondis et des balustrades en fer forgé ciselé. L’espace intérieur aux hauts plafonds, aux pilastres cannelés, aux colonnes altières, aux élégantes moulures et aux arcades parfaites, ravit son regard et son cœur. « Mais c’est surtout le linge aux effluves de savon qui pendait aux balcons, qui a kidnappé mes sens, dit-elle avec un air amusé, comme des relents d’enfance. » Noha Wadi Moharram tombe sous le charme et décide d’investir ces lieux, qui, par la force de l’âme qui les habitait, vont la porter là où elle a toujours rêvé d’aller, à la quête du beau…

« Nous sommes des accompagnateurs »

Voilà comment il y a une dizaine d’années, Noha Moharram endosse avec bonheur le métier de galeriste. Loin des considérations spéculatives, c’est tout en sensibilité et en sentiments qu’elle déroule dans un récit riche de rencontres, les méandres et les bonheurs d’un métier très exigeant. « Un univers passionnant, qui requiert beaucoup de rigueur et de diplomatie, mais surtout de la sincérité et de la passion. Galeriste, c’est le plus beau métier du monde ! » s’enthousiasme celle qui s’est embarquée dans un incroyable univers peuplé de penseurs et de créateurs ! Une profession insolite, ne consistant pas tant à vendre les œuvres d’artistes visuels, mais bien à les accompagner dans leur carrière. Ce qu’elle s’appliquera à faire, en représentant des artistes qu’elle jugeait particulièrement intéressants, par l’entremise d’une programmation d’expositions bien pensée. « Notre métier consiste à aider les artistes dans le développement de leur carrière. Nous sommes des accompagnateurs. »

La galerie Art on 56th, située dans une belle et ancienne maison de Gemmayzé, a été gravement endommagée par l’explosion du 4 août. Photos DR

C’était une maison blanche adossée à la culture…

La crise économique d’abord, puis la crise sanitaire et le confinement obligatoire se chargeront de fermer les portes de la galerie Art on 56th, comme tant d’autres dans la capitale. Et lorsque, dans un dernier espoir, Noha Moharram décide de braver toutes les contraintes, pour redonner vie à son espace et empêcher ses artistes de baisser les bras, elle réfléchit une exposition collective autour du thème de l’espoir. Son titre, « Hope », résonnera comme un message prémonitoire. Noha Moharram contacte ses artistes qui, chacun dans son langage propre, va, autour cette thématique, exprimer ce qui lui reste de plus beau et que toute la corruption, l’horreur et l’association de malfaiteurs n’ont pas réussi à cambrioler. L’accrochage est entamé. Le souffle du 4 août se chargera de décrocher les toiles, de les lacérer et de réduire certaines en lambeaux. La galeriste n’en sortira pas non plus indemne. Présente ce jour-là sur les lieux, elle de même que des membres de son équipe et un client subiront le sort des 5 000 citoyens de Beyrouth qui se sont rués, à moto, en autostop, le corps mutilé à la recherche d’un hôpital, d’une clinique, laissant derrière eux un espace éventré, des colonnes lézardées, des murs qui saignent et le cœur de Noha Moharram en miettes. Dévastée de voir le labeur de 10 années réduit en poussière, sa première réaction est de vouloir tout abandonner, mais la colère va prendre le dessus. C’était une maison blanche adossée à la culture, pense-t-elle. On y venait à pied, on ne frappait pas, et ceux qui vivaient là ont rêvé un Liban plus beau. Et ce rêve, la galeriste a décidé de le poursuivre envers et contre... eux.

Une expo, un espoir

« Hope », exposition collective, devait ouvrir ses portes au public dans la première semaine d’août. Elle devait regrouper sur les cimaises de la galerie Art on 56th les œuvres des artistes suivants : Zouhair Dabbagh, Ahmad al-Bahrani, Mahmoud Hamadani, Rafik Majzoub, Louna Maalouf, Zeina Badran, Bettina Khoury Badr, Alaa Abou Shaheen, Tarek Butayhi, Élias Moubarak, Wissam Beydoun, Sara Chaar, Edgar Mazigi, Tarek Bou, Wissam Melhem, Naïm Doumit, Ghaylan Safadi, Dyala Khodary et Georges Bassil.


Lorsque Noha Wadi Moharram décide d’aller à la recherche d’un local pour se lancer dans le métier de galeriste, son premier choix se porte sur un bel espace situé dans le quartier de Mar Mikhaël. Sur le point de finaliser et d’emménager, elle reçoit un appel de son agent qui lui signale un très bel immeuble classé, dans une artère perpendiculaire à la rue Pasteur, à...

commentaires (0)

Commentaires (0)