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Salée, l’addiction !

Tant d’incurie, tant de persévérance dans l’absurde, est-ce humainement possible alors que s’effondre, à vue d’œil, le pays ? Plus d’une fois, la question s’est trouvée posée dans ces mêmes colonnes, et la moisson d’aberrations qu’apporte chaque jour laisse bien peu de doute désormais quant à la réponse.


C’est bien vrai que des décennies d’incompétence et de corruption cheminant bras dessus, bras dessous ne pouvaient que finir par précipiter le Liban au creux de l’abîme. Mais une fois consommé le désastre, comment donc pourrait-on mettre au seul compte de l’inaptocratie (le pouvoir aux incapables) le zèle en tout point criminel que mettent les responsables à perpétuer objectivement la crise ?


Après dix mois de vacance gouvernementale, on continue de s’étriper pour une paire de portefeuilles ; on prend tout son temps, comme si on avait la vie devant soi, pour parer aux urgences financières ; on ne se prive pas, en revanche, de piocher dans les réserves obligatoires de la Banque du Liban – autrement dit, dans les dépôts des citoyens – pour alimenter l’ogre de l’électricité qui a déjà englouti des dizaines de milliards de dollars en pillages et gaspillages ; idem enfin pour le fuel et l’essence subventionnés par l’État et pourtant détournés en Syrie. On le voit bien, ce n’est pas par omission que se contentent de pécher ceux qui nous gouvernent. Ils s’acharnent, comme à plaisir, à accumuler ânerie sur ânerie, infamie sur infamie, se gagnant, haut la main, l’aversion et le mépris du peuple et du monde extérieur : du moins, c’est toujours ça qu’ils n’ont pas volé...


Aux yeux de nombreux Libanais, une addiction aussi totale à l’erreur, alors que l’incendie fait rage, est bien davantage que suspecte. Ils y voient une adhésion – volontaire ou forcée – des dirigeants à une entreprise de démontage, pierre par pierre, de l’édifice national, en prélude à sa reconstitution en base de normes architecturales nouvelles. Or le plus frappant est que le principal suspect, le Hezbollah, ne se décarcasse pas trop pour infirmer concrètement l’accusation. Plus que jamais inféodé à Téhéran, maître de la décision de paix ou de guerre, contrôlant une vaste infrastructure financière et hospitalière, Hassan Nasrallah en venait même hier à se poser en secourable pourvoyeur de carburants iraniens, si l’État devait persister à ignorer les besoins vitaux de ses administrés !


Pour calmer ces appréhensions, il ne suffira pas de crier au complotisme, phénomène mondial amplifié à fond la caisse par internet, et qui n’épargne pas même l’origine de la pandémie. Car plus hasardeux encore que la théorie du complot serait tout discours, même tenu de bonne foi, et qui aurait pour effet de dédouaner, au nom du réalisme notamment, un parti libanais clamant lui-même, à tue-tête, son iranité. De dédramatiser le tragique. De régulariser la criante anomalie.


Issa GORAIEB

[email protected]


Tant d’incurie, tant de persévérance dans l’absurde, est-ce humainement possible alors que s’effondre, à vue d’œil, le pays ? Plus d’une fois, la question s’est trouvée posée dans ces mêmes colonnes, et la moisson d’aberrations qu’apporte chaque jour laisse bien peu de doute désormais quant à la réponse.C’est bien vrai que des décennies d’incompétence et de...