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Moyen-Orient - Disparition

Ali Akbar Mohtachémi, le « faiseur » du Hezbollah

L’ancien ministre et diplomate iranien est décédé lundi des suites du coronavirus.

Ali Akbar Mohtachémi, le « faiseur » du Hezbollah

L’ancien diplomate Ali Akbar Mohtachémi lors d’une interview à la télévision iranienne en 2008. Capture d’écran IRRIN TV

Décembre 2006. Le ministère iranien des Affaires étrangères réunit un panel de plus de 30 « experts », religieux, chercheurs ou politiques dans le cadre d’une conférence sur l’Holocauste. La démarche est on ne peut plus claire. Il s’agit, pour cette assemblée négationniste, de remettre en cause la lecture officielle des événements de sorte que la nature et l’identité de l’État hébreu soient également remises en question. Un clerc au turban noir, assis entre deux rabbins antisionistes autrichien et anglais, prend la parole. Le cliché incongru de Ali Akbar Mohtachémipour (ou Mohtachémi) et des deux panélistes juifs est pris. Le religieux propalestinien, fidèle disciple de l’imam Khomeyni, ancien ambassadeur en Syrie puis ministre de l’Intérieur, n’est autre que l’un des fondateurs du Hezbollah. Il est décédé lundi, à l’âge de 74 ans, dans un hôpital de Téhéran, des suites du Covid-19. Après Hussein Cheikh al-Islam, un diplomate et politicien iranien, et Mohammad Hejazi, un commandant des gardiens de la révolution, Mohtachémi est le troisième parrain ou affilié au Hezbollah qui succombe au virus en un an. Lorsque la révolution islamique éclate en 1978, l’homme est alors un jeune disciple de l’ayatollah Khomeyni exilé à Najaf en Irak, qu’il suivra à Paris, avant de revenir triomphant en Iran un an plus tard. Dépeint comme l’un des favoris du guide suprême, il va servir d’émissaire dans les années 1970 auprès de groupes militants, œuvrant à former une alliance entre la future République islamique et l’Organisation de libération de la Palestine. « Il fait clairement partie des islamistes de gauche, clercs ou non, qui ont émergé dans les années 60 et 70, dans le contexte de la guerre froide, et influencés par le bloc soviétique », résume Alex Vatanka, expert au Middle East Institute à Washington.

Superviser la logistique

En Iran, Mohtachémi va aider à fonder les gardiens de la révolution, avant d’être envoyé en Syrie en 1982 en tant qu’ambassadeur où il restera 4 ans. À l’époque, le pays dirigé par Hafez el-Assad est perçu comme le seul allié sérieux dans la région aux yeux de la République islamique alors en pleine guerre avec l’Irak de Saddam Hussein. Profondément anti-israélien comme son mentor, Ali Akbar Mohtachémi va faire de l’ambassade à Damas un QG et refuge des groupes extrémistes palestiniens critiques de Yasser Arafat, alors leader de l’OLP et adversaire honni de Hafez el-Assad. Mais le diplomate-religieux ne se contentera pas uniquement de chapeauter les rencontres, puisqu’il va superviser la logistique et le financement des opérations des gardiens dans la région. « Son expérience au Liban avant même que la révolution islamique éclate et sa relation avec les différents courants islamistes vont l’amener à jouer un rôle une fois en poste en Syrie. Il est parvenu à réunir les trois groupes qui mèneront à la formation du Hezbollah : l’association des étudiants musulmans, la branche libanaise du parti irakien Daawa et Amal islamique (une dissidence islamiste du mouvement Amal de Nabih Berry) », explique Mohanad Hage Ali, expert au Carnegie Middle East Center. L’invasion israélienne du Liban, en 1982, va donner une opportunité aux Iraniens qui ne se représentera pas deux fois. Former une nouvelle organisation destinée à « combattre uniquement Israël et les forces étrangères au Liban jusqu’à la libération du Liban et de la Palestine ».

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En quelques mois, des centaines de « Hezbollahis iraniens » vont tenter « d’islamiser » les habitants de la plaine de la Békaa, armés de Coran, de vidéocassettes, de jeeps « Toyota » et de quelques kalachnikovs, rapporte L’Orient-Le Jour en 1982. Des volontaires iraniens viennent prêter main forte aux factions palestiniennes contre l’armée israélienne et s’installent à Baalbeck. La place du marché de la ville est rebaptisée place Ayatollah Khomeyni. Dans les villages bordant l’est du Mont-Liban, son effigie est partout et la population est invitée à « participer au combat » contre le « Grand Satan » (les États-Unis) et le « cancer sioniste ». Le Hezbollah naît dans ce terreau propice et de jeunes ecclésiastiques formés eux aussi à Najaf sont propulsés sur le devant de la scène. Mohtachémi a toujours évoqué avec fierté son rôle dans les formations initiales, dont Hassan Nasrallah a été l’un des premiers stagiaires, et il déclarera plus tard avoir lui-même poussé en faveur du nom « Hezbollah », alors que d’autres appellations pour l’organisation étaient pressenties. « Il est connu pour avoir dit que l’exportation de la révolution est une mission sacrée, c’était un idéologue pur et dur qui croyait en cette expansion », poursuit Mohanad Hage Ali.

Saint-Valentin explosive

La justice américaine accusera en 2003 l’ancien ministre d’avoir donné les ordres de Téhéran au Hezbollah pour « fomenter des attaques contre la force multinationale au Liban » et « d’entreprendre une action spectaculaire contre les marines américains », qui résultera, entre autres, en l’explosion de l’ambassade américaine à Beyrouth en 1983 qui a fait 63 morts. Son nom a également été associé à la vague d’enlèvements d’Occidentaux au Liban dans les années quatre-vingt.

Editorial

Au cœur du débat

En 1984, le diplomate échappe de peu à une tentative d’assassinat du Mossad. Le 14 février, Mohtachémi reçoit dans son ambassade à Damas un « magnifique volume en anglais sur les lieux saints chiites en Iran et en Irak », écrit le journaliste Ronen Bergman dans son ouvrage Rise and Kill First, qui évoque les assassinats israéliens. Une bombe explose lorsqu’il ouvre le livre, lui arrachant la main droite et deux doigts de la main gauche. Il rentrera ensuite en Iran où il occupera le poste de ministre de l’Intérieur jusqu’en 1989. Loin des théâtres des opérations, le clerc va faire un choix politique qui lui coûtera cher, en rejoignant la cause des réformistes en Iran, dans l’espoir de changer la théocratie de la République islamique de l’intérieur. « C’était un radical qui aura été impliqué dans les actions les plus radicales entreprises par la République islamique à ses débuts, et qui va réaliser dans les années 90, comme d’autres, qu’il fallait changer de direction. Même si c’était un membre éminent de l’association des clercs combattants, il ne sera jamais perçu comme un champion parmi les réformistes », ajoute Alex Vatanka. Après la présidentielle de 2009, qui marque l’échec des leaders de l’opposition qu’il soutenait, et qui reconduit au pouvoir Mahmoud Ahmadinejad, Ali Akbar Mohtachémi jouera un rôle limité au Parlement iranien avant de s’installer définitivement à Najaf. « À la fin de sa vie, il était mis à l’écart, les partisans de Khomeyni et de Khamenei ne le respectaient plus, ne lui faisaient plus confiance, à cause de son revirement politique, et l’opinion publique ne l’appréciait pas. C’est très difficile de savoir qui le pleure aujourd’hui politiquement », estime Alex Vatanka. Le Hezbollah s’est contenté d’un bref hommage lundi à celui qui, avec d’autres, a « lancé la résistance islamique au Liban » et « lui a apporté tous les soutiens possibles ». On est loin des démonstrations d’amour qui ont suivi la mort du commandant iranien Kassem Soleimani en janvier 2020.


Décembre 2006. Le ministère iranien des Affaires étrangères réunit un panel de plus de 30 « experts », religieux, chercheurs ou politiques dans le cadre d’une conférence sur l’Holocauste. La démarche est on ne peut plus claire. Il s’agit, pour cette assemblée négationniste, de remettre en cause la lecture officielle des événements de sorte que la nature et...

commentaires (8)

Épris de justice et de vérité, faiseur de bonheur glorificateur de la vie et aimant la musique il a laisse un leg immortel de bonnes œuvres et sa participation à entendre le bonheur et la vie dans toute la région lui vaut le la construction d’une statuette … n’est il pas celui qui a donner le nom !!

Bery tus

20 h 36, le 09 juin 2021

Tous les commentaires

Commentaires (8)

  • Épris de justice et de vérité, faiseur de bonheur glorificateur de la vie et aimant la musique il a laisse un leg immortel de bonnes œuvres et sa participation à entendre le bonheur et la vie dans toute la région lui vaut le la construction d’une statuette … n’est il pas celui qui a donner le nom !!

    Bery tus

    20 h 36, le 09 juin 2021

  • Merci Caroline Hayek pour votre article, qui nous a éclairés sur l’histoire de ce pays islamiste expansionniste et qui se veut dominateur de tout le Moyen Orient. Cet individu était déjà banni par ses pairs et le peuple iranien. Il retrouvera ses acolytes en enfer tueurs de femmes enfants et innocents. Le Covid19 fait le travail d’éboueur de la nature en ramassant tous les parasites qui ont essayé de détruire l’humanité ! Patience et longueur de temps font plus que force ni de rage. Jean de la Fontaine

    Le Point du Jour.

    20 h 34, le 09 juin 2021

  • Une grande perte pour l'humanité toute entière.

    carlos achkar

    19 h 45, le 09 juin 2021

  • De la pure magie noire,ces barbus noirs...A pendre...pour le bien de nos genérations futures.

    Marie Claude

    16 h 32, le 09 juin 2021

  • DE LA CIVILISATION DE L,EMPIRE PERSE A L,OBSCURANTISME DES MOLLAHS... OU LA DECHEANCE !

    LA LIBRE EXPRESSION DEFIE LA CENSURE

    13 h 45, le 09 juin 2021

  • No worries, l y a plein d'espace vide à Beirut, surtout après le crime du port, pour lui ériger une statuette qui subsistera au moins jusqu'au siècle des lumières, que nous attendons tou! de plus il aura les mains complètes en wiiiz aayniik ya issraaiil! Bon, Ok, ... au suivant!

    Wlek Sanferlou

    13 h 31, le 09 juin 2021

  • la description de l'OLJ rend bien justice a cet ami des arts et de la nature. A cet amoureux de la beauté, a ce grand esprit digne du siecle des lumieres. On peut regretter d'ailleurs qu'il ne soit pas né au siecle des lumieres...loin, bien loin de chez nous.

    Lebinlon

    10 h 10, le 09 juin 2021

  • Pour le bien du Liban, il est permis de regretter que la bombe cachée dans le livre n'ait pas été un peu plus puissante, ou bien que la Covid ne se soit pas répandue 50 ans plus tôt.

    Yves Prevost

    07 h 21, le 09 juin 2021

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