Missak Terzian, « Lake Qaraoun » (120 x 200 cm, 2021). Photo DR
Il a décidé de prendre le contre-pied de la noirceur des temps, en (s’)offrant une exposition voyageuse à travers la beauté éternelle du paysage libanais. Depuis les étendues à perte d’horizon des plaines de la Békaa jusqu’aux rochers puissants de Faraya, en passant par les cimes enneigées, l’éternité des colonnes de Baalbeck ou la vibration des oliviers centenaires… C’est à un tour visuel dans les paysages immémoriaux du pays du Cèdre reproduits d’une touche ultracontemporaine, colorée et abstraite que Missak Terzian convie les visiteurs de l’exposition Rock & Landscape qui se tient aujourd’hui mercredi 2 et demain jeudi 3 juin dans l’espace d’exposition d’Arthaus, la boutique-hôtel de Nabil Debs, à Gemmayzé*.
Des rocs et des horizons...
Comme son intitulé l’indique, il s’agit d’une sélection de peintures issues de deux séries. L’une sur le thème exclusif des panoramas rocheux, l’autre sur celle des différents autres paysages du Liban.
Exécutées à partir de l’été 2019, leur inspiration est née d’un séjour de l’artiste aux États-Unis en 2018 au cours duquel il découvre le Grand Canyon et ses gorges pierreuses en Arizona. De retour au pays, il retrouve une certaine similitude dans les imposants rochers de la région de Faraya. « Cela m’a fait réaliser la beauté de la nature libanaise. Dès lors, j’ai eu envie de la pérenniser, d’en garder trace dans mon œuvre », indique Terzian.
Après une première suite de toiles uniquement consacrées aux formations rocheuses du Kesrouan, dont il exprime la silencieuse puissance à coups d’intenses blocs de couleurs en aplats associés à de larges formes organiques, il décide de s’attaquer aux autres paysages du Liban.
Il fait alors un tour du Nord au Sud, des Cèdres à Jezzine, en passant par la Békaa, par les villes côtières… En quête des panoramas encore vierges qu’il veut immortaliser dans un désir de contrecarrer le travail de sape des politiques qui sont en train de saccager le Liban, dit-il. Il en résulte vingt-cinq acryliques sur toiles de moyennes et (très) grandes dimensions (240 x 180 cm), fruits de ces deux dernières années de travail. Autant de peintures en larges bandes horizontales de couleurs pures transportant le spectateur dans des paysages ouverts, à la fois abstraits et reconnaissables, et toujours irradiant d’un chromatisme vibrant.
Les rochers de Faraya dans la série « Landscape » (120 x180 cm, 2020) de Missak Terzian. Photo DR
Abstraction nouvelle
Normal pour cet artiste qui dit être « né dans la couleur ». « Mon père possédait Leogravure, la maison de sélection de couleurs, et j’ai travaillé durant 41 ans dans l’art graphique. Avant l’ère du digital, à l’époque où l’on faisait impressions en quadrichromies, j’étais ce que l’on appelle chromiste, c’est-à-dire que je faisais la retouche des couleurs. Puis je suis devenu un gourou du Photoshop. Sauf qu’en parallèle, j’ai toujours eu une passion pour la peinture. Depuis mon plus jeune âge, j’ai toujours peint et dessiné et je n’ai jamais arrêté. J’ai toujours été attiré par l’abstraction. Mais suivant les recommandations de Shart, un peintre arménien reconnu qui était l’ami de mon père, j’ai procédé par étapes en commençant par le figuratif classique, puis le réalisme, l’expressionnisme, etc. avant de me lancer dans la semi-abstraction et l’abstraction pure. À laquelle j’arrive donc, maintenant, après un long mûrissement », confie Missak Terzian.
En franchissant le Rubicon de la peinture abstraite, c’est un changement à 360 degrés de son art que l’artiste entame aujourd’hui. Mu par le désir de se mettre au diapason de l’art des temps actuels. « J’avais envie de sortir du cocon de l’habitude et ne plus me répéter en continuant à faire ce que je savais faire. Je voulais pousser mon expérience de la peinture à l’extrême et rester ainsi un jeune artiste de 72 ans », affirme dans un clin d’œil celui qui compte à son actif nombre d’expositions individuelles ainsi que des œuvres dans les collections privées et publiques, dont le musée Sursock.
Lorsqu’on lui fait remarquer que certaines de ses toiles accrochées sur les cimaises d’Arthaus évoquent celles de Saliba Doueihy de la période Hard Edge, il rétorque : « Oui, peut-être. Sauf que mon travail est une continuité dans la voie de l’abstraction de Doueihy, qui lui-même avait été influencé par la peinture américaine au cours des années qu’il a passées aux États-Unis. J’y ai ainsi ajouté un plus qui m’est personnel et qui se traduit par le mélange dans mes toiles de l’abstraction et du réalisme. Je trouve d’ailleurs que c’est quelque chose de très contemporain. » Et d’ajouter en conclusion : « Quoi qu’il en soit, toute l’histoire de l’art est faite d’évolutions à travers les influences et les apports successifs des artistes qui se suivent… »
* « Rock and Landscape » de Missak Terzian à Arthaus, Gemmayzé, jusqu’au 3 juin. Horaires d’ouverture de 13h à 22h.




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