Les portraits du président syrien et les drapeaux brandis par certains électeurs ont été interprétés comme des « provocations » par de nombreuses voix, hier. Joseph Eid/AFP
Comme pour tous les événements qui se déroulent sur le territoire libanais, le vote des Syriens hier a provoqué un clivage immédiat des forces politiques, sur une scène politique locale déjà très divisée. Et les deux adversaires politiques « chrétiens » ne se sont pas épargnés.
Le chef des Forces libanaises Samir Geagea avait déjà donné le ton la veille, quand il avait demandé aux autorités de dresser une liste des réfugiés syriens qui voteraient pour le président Bachar el-Assad (dont la victoire ne fait aucun doute), demandant qu’ils « quittent immédiatement le Liban », étant donné que le statut de réfugiés ne s’appliquerait plus à eux. Hier, nombreux étaient les députés et anciens ministres FL à faire des déclarations allant dans le même sens.
Réagissant à ces déclarations, mais aussi aux échauffourées sur le terrain dont il fait de toute évidence assumer la responsabilité aux FL, l’ancien ministre Gebran Bassil, chef du Courant patriotique libre, en a profité pour régler ses comptes avec son éternel adversaire. Voici ce qu’il a écrit sur son compte Twitter : « Quand nous revendiquions le retour des réfugiés syriens chez eux en toute sécurité et dignité, vous nous aviez traités de racistes ! Quand nous avions mis au point un plan civilisé pour un retour sûr et digne des réfugiés, vous vous y êtiez opposés en nous traitant de sectaires ! Quand vous agressez des électeurs pacifiques qui se dirigent vers l’ambassade de leur pays, et que vous portez atteinte à leur sécurité et à leur dignité, nous vous traitons de nazis ! Avec une seule différence, c’est que cette fois, il s’agit de la vérité. »
La réponse cinglante et détaillée des Forces libanaises n’a pas tardé, et elle est venue sous la forme d’un communiqué du bureau de presse du parti. Rappelant que les FL sont les premiers à avoir milité pour un traitement humain des réfugiés tout en plaidant pour une politique d’organisation de leur présence au Liban en vue de leur retour, le communiqué accuse les cadres du CPL de prétendre revendiquer le retour des réfugiés chez eux, alors qu’ils n’ont rien fait pour cela, malgré leur importante présence au pouvoir. « Ces surenchères, populistes dans la forme et politiques dans le fond, ne visent qu’à couvrir le maintien de ces réfugiés au Liban, en conformité avec une décision du régime syrien qui refuse leur retour pour, comme chacun le sait désormais, des raisons démographiques », affirme le texte. « Pourquoi donc n’œuvrez-vous pas réellement à ramener ces gens chez eux ? Il y a une seule réponse à cette question, vous êtes des menteurs », poursuit le communiqué.Le CPL a répondu lui aussi par un communiqué, rappelant que son chef Gebran Bassil « a été le seul à refuser l’entrée aléatoire des réfugiés syriens au Liban depuis 2011, alors qu’ils n’étaient encore que 3 000 ». Le CPL rappelle aussi que « le ministre Bassil a aidé à la mise en place de plans de retour pour les réfugiés, sauf que les gouvernements successifs refusaient de les adopter, les ministres FL en tête ».
« Toutes les parties peuvent descendre dans la rue »
Les Forces libanaises n’étaient pas les seules hier à exprimer leur point de vue. Nombreuses étaient les voix qui ont dénoncé « les provocations » du régime syrien. Le député démissionnaire Michel Moawad a estimé que « les provocations et les manifestations des partisans du régime syrien, sous prétexte de la réélection du président Assad, sont totalement inacceptables ». De son côté, le député Kataëb démissionnaire Élias Hankache a écrit : « Il suffit de provoquer le peuple libanais ! (…) L’élection syrienne et les marques d’allégeance au dictateur doivent se dérouler en Syrie, pas au Liban ! »
Des réactions diamétralement opposées ont ciblé plus particulièrement les FL considérées comme ayant enflammé la mèche entre manifestants libanais et électeurs syriens dans certaines régions (lire par ailleurs). Le Hezbollah, allié du régime syrien, a fermement condamné les « attaques odieuses menées par des groupes de partisans contre des citoyens syriens », dénonçant dans un communiqué des « abus racistes qui n’ont rien à voir avec les valeurs morales et les supposées relations naturelles entre les peuples libanais et syrien ». « Ces groupes et les forces politiques qui sont derrière eux ne représentent pas le peuple libanais qui tout au long de la crise syrienne a insisté pour accueillir les déplacés », ajoute le texte. Le Hezbollah a appelé « les autorités de sécurité et judiciaires à saisir ce dossier, prévenir les abus, poursuivre les agresseurs et mettre fin à la haine et au racisme ».
L’ancien ministre Wi’am Wahhab, une figure prosyrienne, n’a pas hésité à user d’un ton de menace. Sur son compte Twitter, il a écrit que « si l’armée est incapable d’assurer la sécurité, je crois que toutes les parties politiques peuvent descendre dans la rue ». « Ce qui s’est passé est inacceptable, il n’y a rien de plus facile que de bloquer les routes, a-t-il poursuivi. Vous mettez tous la stabilité du pays en péril, alors que vous ne tiendriez pas plus de quelques heures. »
Pour sa part, l’ambassadeur de Syrie Ali Abdel Karim Ali a déploré les agressions « douloureuses » contre les électeurs syriens, réclamant l’intervention des autorités libanaises.
Le chef des Forces libanaises Samir Geagea avait déjà donné le ton la veille, quand il avait demandé aux autorités de dresser une liste des réfugiés syriens qui voteraient pour le président Bachar el-Assad (dont la victoire ne fait aucun doute), demandant qu’ils « quittent immédiatement le Liban », étant donné que le statut de réfugiés ne s’appliquerait plus à eux. Hier, nombreux étaient les députés et anciens ministres FL à faire des déclarations allant dans le même sens.
Réagissant à ces...


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine
La pire chose qui puisse arriver à quelqu'un c'est d'être un réfugié. C'est nul de s'en prendre à eux. Il n' y a rien de plus médiocre et de plus immoral.
19 h 33, le 21 mai 2021