Rechercher
Rechercher

Économie - Coopération

Recygroup étudie les moyens de réinsérer les déchets du port dans l’économie

La société a signé deux contrats avec l’État libanais cette année, avec des financements français.

Recygroup étudie les moyens de réinsérer les déchets du port dans l’économie

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian (au centre), lors de sa visite au port de Beyrouth il y a une semaine. Photo DR

Ravagé par la double explosion meurtrière survenue le 4 août dernier, le port de Beyrouth reste, 10 mois plus tard, un immense chantier à ciel ouvert où les conteneurs qui transitent par le terminal dédié – et rapidement remis en service – côtoient des monticules de déchets de toutes sortes rassemblés par les différents acteurs mobilisés après la catastrophe.

Parmi eux, une équipe d’experts dépêchée par l’entreprise française Recygroup est chargée d’une mission très précise : trier et étudier les déchets entreposés dans la zone portuaire afin de proposer ensuite des solutions pour les traiter en privilégiant les pistes permettant de les « réinsérer dans les filières locales », comme l’explique à L’Orient-Le Jour Christophe Deboffe, un des associés fondateurs de la société. Cette entreprise, spécialisée dans le domaine de l’analyse et du traitement des déchets – et qui travaille sur plusieurs chantiers majeurs en France où elle accompagne par exemple la Solideo pour la préparation des JO de Paris 2024, entre autres –, a pris le relais d’un premier déblaiement et tri qui a été effectué dès le mois d’août par les armées françaises pour sécuriser le port et le rendre opérationnel.

« Il y a plusieurs catégories d’éléments détruits ou dispersés le jour de la double explosion, dont certains peuvent encore, une fois traités et dépollués, avoir une certaine forme de valeur. Il peut s’agir de pièces détachées récupérées sur des véhicules pris dans la double explosion, de structures métalliques, voire même de parties minérales, comme du béton extrait des gravats, qui peut par exemple resservir dans le BTP (le secteur du bâtiment et des travaux publics). Il y a également des déchets qui doivent être traités rapidement, non pas parce qu’ils sont dangereux en soi, mais parce que le fait de les laisser sur place pose des problèmes de sécurité », expose-t-il.

Risques posés par le grain

C’est donc une prestation qui se décompose en deux temps : un premier focalisé sur la conduite d’études sur les déchets et la proposition de solutions de traitement ; et un second qui inclut des interventions concrètes sur le site. Côté libanais, le premier contrat a été signé par le directeur par intérim du port, Bassem el-Kaïssi, tandis que c’est le ministre sortant de l’Économie et du Commerce, Raoul Nehmé, qui a paraphé le second.

Lire aussi

Explosions du port : un plan d’aide de 55 millions de dollars approuvé dans le cadre du 3RF

« Le premier a été conclu le 15 janvier 2021 avec un financement de 820 000 euros et englobe l’ensemble de la zone portuaire ; le second a été signé la semaine dernière lors du passage à Beyrouth du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, avec une enveloppe de 1,4 million d’euros et un focus sur les grains encore disséminés sur l’emplacement des silos qui ont été détruits lors de l’explosion », énumère pour sa part Vianney Mercherz, également associé fondateur de Recygroup. « Nos équipes sur place incluent des ingénieurs, experts et spécialistes de ces questions qui font le nécessaire avec un travail sur le terrain, des analyses au Liban et en France. Mais nous travaillons aussi avec Man Entreprise, une société libanaise de construction et d’ingénierie qui prête main-forte pour les opérations de terrain. La direction du port a également dépêché deux ingénieurs ainsi que l’ONG libanaise Larid (Lebanese Association for Research, Innovation and Development) qui fait également partie des partenaires locaux engagés.

Les opérations de déblayage et de tri ont été prises en charge notamment par le personnel du port, l’armée libanaise ou encore des membres de l’armée française qui avaient rapidement été déployés sur le site après la tragédie. »

Les deux projets sont complémentaires. « Le premier s’étend sur une période de 10 mois, et a pour objectif d’identifier et de caractériser les déchets triés sur l’ensemble du site pour ensuite proposer différents scénarios à la direction du port. La phase d’étude est presque terminée », indique Vianney Mercherz. « Mais la problématique est différente pour le second : les reste des silos abritent actuellement 20 000 à 30 000 tonnes de grains qui sont soit exposés aux quatre vents, soit ensevelis sous des décombres où la température peut grimper jusqu’à 70 degrés en fonction du climat et de l’ensoleillement, ce qui présente un risque sanitaire et sécuritaire », rebondit Christophe Deboffe. Concrètement, le projet prévoit l’installation d’une station de traitement et l’enlèvement de tous les grains dans les prochaines semaines, le but étant d’éviter des risques d’incendie ou encore des risques sanitaires. Une partie du grain pourrait également être réutilisée après traitement, notamment dans des filières agricoles pour alimenter les plateformes de compostage, par exemple.

Économie circulaire

Vianney Mercherz assure enfin que ce second projet sera mené avec la plus grande diligence, compte tenu des enjeux en termes de sécurité. La société explique que son intervention ne s’inscrit pas dans une logique d’accumulation des parts de marché puisque son champ de compétence est centré sur la réponse aux besoins urgents sur le port. « Notre mission se limite à un travail d’étude et de proposition. Nous ne sommes pas là pour vendre les matières isolées et qui peuvent être réinsérées dans l’économie, car elles ne nous appartiennent pas, et notre priorité reste de proposer les solutions les plus adaptées pour régler la question du traitement de ces déchets de manière à ce que cela puisse profiter à l’économie locale », conclut Vianney Mercherz.

Lire aussi

La voie semble s’ouvrir pour l’exportation des produits toxiques du port

Un petit pas pour le port, mais qui pourrait peut-être faire entrer le pays du Cèdre dans le monde de l’économie circulaire – approche qui vise à limiter le gaspillage et l’impact environnemental en augmentant l’efficacité à tous les stades de l’économie des produits, selon la définition donnée par Ademe, l’agence française de la transition écologique.


Ravagé par la double explosion meurtrière survenue le 4 août dernier, le port de Beyrouth reste, 10 mois plus tard, un immense chantier à ciel ouvert où les conteneurs qui transitent par le terminal dédié – et rapidement remis en service – côtoient des monticules de déchets de toutes sortes rassemblés par les différents acteurs mobilisés après la catastrophe.
Parmi eux, une...

commentaires (1)

est ce que les benefices de ces contrats iraient aux citoyens libanais ou se videraient dans les poches de certains ?

Gaby SIOUFI

10 h 43, le 13 mai 2021

Tous les commentaires

Commentaires (1)

  • est ce que les benefices de ces contrats iraient aux citoyens libanais ou se videraient dans les poches de certains ?

    Gaby SIOUFI

    10 h 43, le 13 mai 2021

Retour en haut