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Campus - GOUVERNANCE UNIVERSITAIRE

Lara Karam Boustany : « Ne tournons pas le dos à la jeunesse du Liban »

Dans un contexte combinant pandémie et situation économique désastreuse, Lara Karam Boustany redouble d’efforts pour soutenir les étudiants, depuis sa prise de fonction à la tête de l’Université La Sagesse, le 5 août 2020, au lendemain de l’explosion au port de Beyrouth.

Lara Karam Boustany : « Ne tournons pas le dos à la jeunesse du Liban »

Lara Karam Boustany estime qu’il est crucial de lancer une réflexion sur l’enseignement supérieur postpandémique. Crédit photo Issam Massouh, ULS

Afin de pouvoir faire face aux multiples crises que traverse le pays, Lara Karam Boustany s’est fixé comme objectif premier de renforcer la résilience dans la communauté universitaire. En d’autres termes, il s’agit de « maintenir l’acquis et le développer, de donner de l’espoir aux jeunes et de montrer que le progrès est toujours possible, même lorsque plus rien ne va », assure celle qui est devenue, en août dernier, rectrice de l’Université de La Sagesse (ULS). Avec un taux de pauvreté qui augmente, des jeunes qui éprouvent des difficultés à poursuivre leurs études dans des établissements privés et des enseignants qui fuient le pays, le secteur éducatif est aujourd’hui plus que jamais menacé. « Les universités privées ont à plusieurs reprises tiré la sonnette d’alarme, rappelle-t-elle. Il faut faire face à tous ces défis, trouver des remèdes pour survivre, mais aussi continuer à construire des rêves afin de garder nos jeunes et nos forces vives au Liban. Ce sont eux qui sont appelés à construire l’État de demain, une certaine vision du Liban que nous avons, hélas, perdue en chemin », affirme Lara Karam Boustany.

Abordant les difficultés financières qui touchent tout autant l’établissement que les étudiants, la rectrice de l’ULS souligne que « les scolarités n’ont pas été modifiées », malgré les dégâts subis sur les campus après l’explosion du 4 août 2020, malgré aussi les coûts fixes que doit couvrir l’établissement et qui ne suivent pas le taux de change officiel. L’Université de La Sagesse a également augmenté ses aides sociales : plus de 35 % des étudiants en bénéficient aujourd’hui. « L’ULS se doit d’être à côté de ses étudiants. Aucun étudiant ne doit se voir refuser, pour des questions financières, l’accès à l’éducation. C’est pour cela que je fais appel à la générosité de nos anciens, à leur solidarité avec leur université et avec ceux qui, comme eux, y sont entrés en rêvant d’avenir et de jours meilleurs. Ne tournons pas le dos à la jeunesse du Liban. N’assassinons pas l’espoir », lance-t-elle.

Un appui psychologique postexplosion

Étant la première femme, mais aussi la première laïque, à prendre la tête d’une université catholique au Liban, Lara Karam Boustany explique par ailleurs que l’université « s’est engagée depuis quelques mois dans un vaste chantier de restructuration et de réflexion sur la bonne gouvernance ». Il a fallu également préparer un nouveau plan stratégique et résilient, mais aussi évaluer les cursus et les méthodes d’enseignement. En parallèle, la mission, la vision et les valeurs de l’université ont dû être retravaillées afin de « renforcer tant les compétences des Sagessiennes et Sagessiens sur le marché du travail que la place de l’ULS dans la cité », ajoute-t-elle.

C’est dans ce cadre qu’il a fallu instaurer une série de mesures au sein de La Sagesse, permettant de gérer les obstacles liés aux crises que traverse le pays.

Il a été question, en premier lieu, d’assurer un soutien psychologique quotidien aux étudiants, enseignants et employés de l’établissement. Après l’explosion du 4 août, une équipe de psychologues a contacté les personnes vivant dans la zone sinistrée. Des salles équipées ont également été mises à leur disposition, leur permettant de suivre les cours en ligne.

Afin de préparer les étudiants à intégrer le marché de l’emploi et de les sensibiliser aux problèmes de la société, « plusieurs accords ont été signés ou sont en cours de conclusion avec des instances locales et internationales », note Lara Karam Boustany. À titre d’exemple, dans le domaine des droits de l’homme, l’ULS coopère désormais avec la Commission nationale de la femme libanaise. L’établissement a aussi conclu un protocole d’accord avec la Fondation René Cassin – Institut international des droits de l’homme, basée à Strasbourg, dans l’est de la France. Ceci permet aux étudiants non seulement d’être admis à la session d’été de la fondation, mais aussi de participer au « Concours européen des droits de l’homme René Cassin ». La rectrice ajoute que le protocole d’accord « aboutira également à la proposition de formations à Beyrouth sur les droits de l’homme, le droit international pénal et le droit des réfugiés ».

L’idée d’un campus virtuel, un projet novateur

Par ailleurs, Lara Karam Boustany a renforcé l’enseignement à distance, amorcé l’an dernier. La Sagesse a intégré le Réseau national de recherche et d’éducation au Liban (NREN) qui promeut la coopération technologique pour la recherche et l’enseignement, et collabore avec l’Agence universitaire de la francophonie (AUF) qui s’intéresse à la question de la transition numérique de l’enseignement supérieur. « Il est crucial de lancer une réflexion sur l’enseignement supérieur postpandémique. La période qui a précédé la pandémie était marquée par la réticence d’un grand nombre d’enseignants à utiliser les plates-formes numériques mises à leur disposition. Le Covid-19 a bouleversé la donne. La crise sanitaire a poussé les enseignants à sortir de leur zone de confort et à innover. L’on ne peut plus revenir en arrière et plus que jamais nous devons intégrer de nouvelles méthodes dans l’enseignement supérieur », plaide-t-elle.

Malgré une première année chargée de défis à la tête de l’ULS, Lara Karam Boustany prépare des projets qu’elle espère réaliser quand la situation sanitaire et économique le permettra.

Sur le plan académique, des maquettes de certains doubles diplômes sont en effet étudiées, comme en droit/gestion et économie ou droit/sciences politiques. L’étudiant pourrait ainsi intégrer deux disciplines différentes mais complémentaires, et obtenir à la fin de ses études deux diplômes distincts. Il s’agit de « créer des passerelles entre les différents diplômes proposés par La Sagesse afin de permettre à nos futurs étudiants d’être plus compétitifs sur le marché du travail », révèle la rectrice.

Membre titulaire de l’AUF depuis 20 ans, Lara Karam Boustany souhaite également élargir les horizons culturels des étudiants, à travers des manifestations qu’elle espère effectuer sur les campus. Elle envisage également d’ajouter aux cursus de nouveaux cours, comme par exemple sur la citoyenneté et la lutte contre la corruption, et projette la signature d’accords avec des institutions étrangères.

Enfin, la rectrice annonce que l’ULS travaille sur un projet novateur, celui de la création d’un campus virtuel qui pourrait être réalisé sur le long terme. Comme dans un jeu vidéo immersif, chaque membre de l’université pourrait créer son avatar, se promener à l’université et assister à un cours ou à une conférence. « S’il faut résumer en une phrase ma vision de l’université et de la mission que je souhaite qu’elle remplisse, ce serait qu’elle devienne synonyme d’espoir et de renouveau », résume-t-elle.




Afin de pouvoir faire face aux multiples crises que traverse le pays, Lara Karam Boustany s’est fixé comme objectif premier de renforcer la résilience dans la communauté universitaire. En d’autres termes, il s’agit de « maintenir l’acquis et le développer, de donner de l’espoir aux jeunes et de montrer que le progrès est toujours possible, même lorsque plus rien ne...

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