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Moyen-Orient - Éclairage

Comment la reconnaissance US du génocide arménien pourrait affecter les relations avec la Turquie

Si le président des États-Unis risque de porter un coup aux rapports entre Washington et Ankara, il ancre toutefois un peu plus les droits humains dans la politique américaine.

Comment la reconnaissance US du génocide arménien pourrait affecter les relations avec la Turquie

Photo du mémorial de Tsitsernakaberd commémorant le génocide arménien à Erevan, en Arménie. Karen Minasyan/AFP

Cela fait des années que les Arméniens du monde entier scrutent les déclarations du président des États-Unis à l’approche du 24 avril, date de la commémoration du génocide opéré par l’Empire ottoman en 1915 et ayant coûté la vie à près d’un million et demi d’Arméniens. Selon des sources au fait du dossier, Joe Biden s’apprêterait à reconnaître demain ces massacres en utilisant le terme de « génocide », après des décennies de discours soigneusement pesés par ses prédécesseurs.

Si Washington n’a pas confirmé l’information, la porte-parole de la Maison-Blanche Jen Psaki a indiqué aux journalistes mercredi que l’administration Biden aurait probablement « plus à dire » sur la question samedi. Une décision attendue par les Arméniens à travers le monde, pour qui elle représente « un geste émotionnel mais aussi symbolique qui permet de clôturer un chapitre douloureux de leur histoire », indique Richard Guiragossian, directeur du Regional Studies Center d’Erevan.

Le dirigeant démocrate deviendrait ainsi le premier président américain en exercice à reconnaître le génocide arménien. Si Barack Obama avait manifesté son attachement à la question, il s’était cependant contenté d’employer la formule de « grande catastrophe » à l’occasion du centenaire des événements de 1915, privilégiant la realpolitik au détriment des droits de l’homme. En 2019, le pays avait franchi un pas supplémentaire alors que les deux chambres du Congrès avaient voté des résolutions reconnaissant le génocide. Joe Biden s’apprêterait ainsi à réaliser une promesse de campagne à travers ce geste hautement symbolique, alors qu’il a fait du respect des droits humains sa priorité depuis son accession au pouvoir.

« L’annonce du président Biden s’inscrit dans une initiative stratégique plus large », note Richard Guiragossian, pour qui il s’agit d’« un exemple de clarté morale, le président américain s’étant engagé à placer sa politique étrangère sous le signe du respect des droits de l’homme et à demander des comptes aux nations ». Une décision d’autant plus symbolique que le locataire de la Maison-Blanche « sous-estimait, lorsqu’il était vice-président sous Obama, l’argumentation en faveur de la reconnaissance du génocide, qu’il tenterait maintenant de corriger », poursuit le chercheur.

Les relations avec Ankara

Avec cette annonce, l’administration Biden saperait cependant davantage ses relations avec Ankara. Le pouvoir turc, qui a reconnu certains massacres, n’a eu de cesse de nier l’existence d’un génocide et de refuser le bilan humain classiquement admis d’au moins 1,2 million de victimes arméniennes, prétendant qu’il n’y en a eu que 800 000.

« Le geste de Biden est le symptôme de la détérioration à long terme des liens entre Ankara et Washington », commente Emre Peker, directeur du cabinet de conseil Eurasia Group où il couvre la Turquie. Pour lui, « le président démocrate agirait ainsi en début de mandat parce que de nombreux présidents américains ont constaté qu’il était très difficile de qualifier de génocide les massacres de 1915 sans nuire aux relations avec Ankara ».

L’annonce de Joe Biden interviendrait trois jours après que Washington eut officiellement expulsé la Turquie de son programme de développement de l’avion de combat américain F-35, selon les médias d’État turcs. Les États-Unis avaient décidé de suspendre la participation d’Ankara en décembre afin de condamner son achat de systèmes de défense antiaérienne russes S-400. Isolée sur la scène internationale et critiquée pour son aventurisme dans plusieurs théâtres régionaux, notamment en Syrie, en Libye, dans le Caucase et la Méditerranée orientale, la Turquie semble avoir cependant calmé le jeu en offrant des gages à ses alliés de l’OTAN.

« Les politiques menées par (le président turc Recep Tayyip) Erdogan au cours des dernières années ont essentiellement rendu la Turquie très redevable envers la Russie sur une série de questions politiques-clés comme en Syrie et en Libye, et ont ainsi mis Ankara dans une position inconfortable », observe Emre Peker, pour qui le régime turc « cherche à équilibrer sa dépendance à l’égard de Poutine en soutenant des positions antirusses, comme le montre son soutien apporté à l’Ukraine ».

Rapprochement avec l’Alliance

Le 10 avril, le reïs turc a reçu son homologue ukrainien à Istanbul lors d’une visite au cours de laquelle les deux pays ont renforcé leur partenariat stratégique en concluant notamment une vente de drones turcs à Kiev. M. Erdogan a également plaidé pour l’intégration de l’Ukraine au sein de l’OTAN, opérant ainsi un rapprochement avec l’Alliance. Mais malgré ce geste d’apaisement, Ankara pourrait revenir à la charge auprès de Washington s’il venait à reconnaître le génocide arménien. « Je m’attends à ce que la Turquie rejette et réfute fermement la qualification de génocide, ce qui conduira probablement à des tensions diplomatiques à court terme entre les deux alliés de l’OTAN », estime Emre Peker. « Sur le long terme, Erdogan ne semble pas cependant vouloir provoquer une rupture dans ses relations avec l’administration Biden sur cette question », nuance le chercheur.Plus qu’un geste offensif dirigé contre la Turquie, l’annonce américaine pourrait simplement signifier sa volonté de recalculer ses relations avec Ankara en les abordant sous le prisme des droits de l’homme. « Je ne crois pas que la décision américaine nuira aux relations entre les deux puissances », estime de son côté Richard Guiragossian. « La reconnaissance du génocide n’est pas une punition à l’égard de la Turquie ni un geste antiturc, mais plutôt une acceptation d’une réalité historique dans le but de persuader Ankara qu’il est préférable de reconnaître le génocide qui a été commis bien avant l’établissement de la République turque », poursuit le chercheur.

Aux yeux de Washington, se mettre à dos Ankara n’est pas non plus souhaitable. « La Turquie est à la pointe de tous les conflits impliquant la Russie. C’est le seul allié de l’OTAN disposé à combattre Moscou dans le Caucase, en Syrie, en Libye ou encore en Ukraine », note Emre Peker. « Ce message résonne dans une certaine mesure auprès de Biden », poursuit le chercheur, alors que le président démocrate a récemment annoncé l’adoption de sanctions financières contre Moscou et l’expulsion de dix diplomates russes en représailles à des cyberattaques et des soupçons d’ingérence dans l’élection présidentielle américaine de 2020.


Cela fait des années que les Arméniens du monde entier scrutent les déclarations du président des États-Unis à l’approche du 24 avril, date de la commémoration du génocide opéré par l’Empire ottoman en 1915 et ayant coûté la vie à près d’un million et demi d’Arméniens. Selon des sources au fait du dossier, Joe Biden s’apprêterait à reconnaître demain ces massacres en...

commentaires (3)

Soyez courageux Biden et ne soyez pas hypocrite comme les présidents précédents

Eleni Caridopoulou

18 h 20, le 23 avril 2021

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Commentaires (3)

  • Soyez courageux Biden et ne soyez pas hypocrite comme les présidents précédents

    Eleni Caridopoulou

    18 h 20, le 23 avril 2021

  • Ce genocide terrible et inommable est passé par perte et profits car il n’a pas eu d’interets strategiques pour les puissances occidentales...

    nabil zorkot

    11 h 03, le 23 avril 2021

  • L,APPRENTI MINI SULTAN PEUT CRIER NUIT ET JOUR SUR TOUS LES TOITS COMME QUOI SES ANCETRES OTTOMANS NE SONT PAS DES CRIMINELS ET N,ONT PAS COMMIS NON SEULEMENT LE GENOCIDE DES ARMENIENS MAIS AUSSI CELUI DES GRECS ET DE TOUS LES CHRETIENS FRANCO-LEVANTINS QUI VIVAIENT EN ASIE MINEURE ET EN ANATOLIE, LEUR PATRIE USURPEE PAR LES HORDES CRIMINELLES OTTOMANES. LES PREUVES, L,HISTOIRE ET LES CONSULS OCCIDENTAUX QUI ETAIENT SUR PLACE TOUS PROUVENT CES GENOCIDES. CEUX QUI PAR INTERET NE CONDAMENT PAS CES GENOCIDES, ET ILS SONT PLUS QU,UN AVEC EN LE 20EME ET 21EME SIECLES LES GENOCIDES PERPETRES CONTRE LE PEUPLE CHYPRIOTE GREC ET LES KURDES DE TURQUIE, D,IRAQ ET DE SYRIE PAR LES REJETTONS DES OTTOMANS, SONT COMPLICES DE CES ACTES CRIMINELS ET INHUMAINS. - PRESIDENT BIDEN FAITES VOTRE CHOIX. L,HISTOIRE NE CHANGE PAS. MAIS VOTRE ATTITUDE POUR LA VERITE Y COMPTE.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    08 h 50, le 23 avril 2021

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