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Environnement - Environnement

Au Akkar, des eucalyptus sauvés grâce à la mobilisation des habitants et des écolos

Au Akkar, des eucalyptus sauvés grâce à la mobilisation des habitants et des écolos

Quarante eucalyptus sont soudainement tombés malades dernièrement, ce qui a éveillé les soupçons des villageois et des écologistes. Photo Mohammad Dheiby

Une bonne nouvelle dans un pays où les crimes environnementaux sont devenus monnaie courante ces dernières années : quarante eucalyptus de la localité de Tall Endi (Akkar) ont échappé à l’abattage, grâce à la mobilisation des habitants de la région et des écologistes. Ces arbres, ainsi que des centaines d’autres, bordent une route de trois kilomètres menant de Abboudieh, à la frontière syrienne, une oasis de verdure dans un pays de plus en plus bétonné. Les quarante arbres que l’on a récemment tenté d’abattre sont devenus secs, victimes d’une maladie, au grand dam des habitants de la région qui craignent une action délibérée, sans en avoir de preuves pour autant. Les habitants refusent leur abattage, même si les arbres sont secs, car ils redoutent que cela n’ouvre la voie à l’arrachage d’autres arbres dans le secteur. Leurs craintes sont fondées : ce petit coin de paradis attise les convoitises et s’est retrouvé menacé à plusieurs reprises par de tels projets.

« Le dessèchement soudain de 40 eucalyptus, situés tous dans un même périmètre, ne semble pas innocent. Et ce d’autant plus qu’un commerçant de bois de chauffage en a profité pour obtenir, sans délai, la permission du ministère de l’Agriculture pour les couper », révèle à L’Orient-Le Jour Mohammad Dheiby, militant environnemental qui a donné l’alerte sur les réseaux sociaux. Selon lui, il y aurait environ 3 000 eucalyptus dans le secteur, répartis des deux côtés de la route. « Nous ne savons pas encore ce qui a pu arriver aux arbres desséchés. Mais s’ils sont coupés, cela créera un trou au niveau de cette route bordée de verdure, ce qui pourrait ouvrir l’appétit d’autres personnes désireuses d’arracher des arbres pour en tirer bénéfice », soupire M. Dheiby.

Antoine Daher, fondateur du Comité de l’environnement à Qobeyat (Akkar), explique pour sa part que « le ministère de l’Agriculture avait donné son accord pour l’élagage de certains arbres, mais l’entrepreneur a, en réalité, l’intention de les couper pour les vendre ». Ce cas de figure n’est pas rare au Liban, où les permis ne sont souvent pas respectés.

Les eucalyptus de Tall Endi constituent un tunnel de verdure qui s’étend sur trois kilomètres. Photo Mohammad Dheiby

Des arbres très convoités pour leur bois

Grâce à la pression des habitants et militants écolos, le ministère de l’Agriculture a fini par se rétracter et retirer le permis accordé, mais la survie des eucalyptus de Tall Endi semble continuellement menacée. En 2018, une société chargée de la mise en place de poteaux électriques sur la route de Abboudieh avait déjà failli en couper un grand nombre. Les habitants s’étaient opposés à l’abattage de ces eucalyptus, plantés dans les années 60 pour protéger les nombreux vergers de la région. Rebelote en 2019, lorsque les autorités ont autorisé que des arbres, des deux côtés de la route, soient coupés. Les habitants s’étaient mobilisés à nouveau et avaient réussi à sauver ce pan de verdure qui fait leur fierté. Mais il semble que les eucalyptus de Tall Endi continuent d’attirer les convoitises. « Chaque arbre permettrait de récolter deux à trois tonnes de bois. Si 40 arbres sont abattus, cela permettrait de récupérer 200 tonnes de bois », analyse Mohammad Dheiby, qui explique que le bois d’eucalyptus est utilisé dans la fabrication des petits bateaux de pêche ainsi que pour le chauffage. « Les habitants de Tall Endi sont soumis à beaucoup de pressions. On leur a même promis de l’argent à une époque, pour qu’ils acceptent que ces arbres soient coupés. Ils ont toujours refusé car ils considèrent que c’est leur identité qui est en jeu et que ce coin de verdure fait la particularité de leur village », ajoute-t-il.

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« Nous pensons que les eucalyptus ont subi des injections de pesticides ou que la terre a pu être empoisonnée », estime le militant, qui espère qu’une analyse du sol permettra de déterminer pourquoi les arbres sont tombés malades. « Une chercheuse nous a promis de venir ici pour collecter des spécimens, mais elle n’a pas encore pu le faire car elle habite à Beyrouth », indique-t-il.

Jean Stephan, docteur en écologie des forêts à l’Université libanaise, explique à L’Orient-Le Jour que les eucalyptus sont résistants de manière générale. « Il est difficile de tuer ce genre d’arbres car ils ont des racines solides. Sauf si on asperge la terre de mazout, par exemple, ou si les arbres se trouvent dans un milieu pollué », explique cet expert, qui indique que « seule une analyse de la terre pourrait permettre de comprendre ce qui s’est passé ». « Le froid peut tuer les parties aériennes de ces arbres qui sont issus des régions tropicales, mais si on les élague, ils peuvent repousser normalement », indique M. Stephan. Il conseille donc d’élaguer les eucalyptus desséchés « si leurs racines sont encore en bon état ».


Une bonne nouvelle dans un pays où les crimes environnementaux sont devenus monnaie courante ces dernières années : quarante eucalyptus de la localité de Tall Endi (Akkar) ont échappé à l’abattage, grâce à la mobilisation des habitants de la région et des écologistes. Ces arbres, ainsi que des centaines d’autres, bordent une route de trois kilomètres menant de Abboudieh, à...

commentaires (1)

Tiens, je me souviens d'avoir parle avec des ecologistes en Espagne qui m'ont dit que ces arbres ne seraient pas indigenes a l'Espagne (?) et que ce sont des arbres tropicaux qui sont une sorte de peste en Espagne. En effet cet article confirme que Jean Stephan docteur en ecologie dit "ces arbres qui sont issus des régions tropicales". Si j'ai bien compris de mes amis espagnols ce sont des arbres qui ont la tendence de remplacer les arbres et le fauna local.

Stes David

19 h 43, le 23 avril 2021

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Commentaires (1)

  • Tiens, je me souviens d'avoir parle avec des ecologistes en Espagne qui m'ont dit que ces arbres ne seraient pas indigenes a l'Espagne (?) et que ce sont des arbres tropicaux qui sont une sorte de peste en Espagne. En effet cet article confirme que Jean Stephan docteur en ecologie dit "ces arbres qui sont issus des régions tropicales". Si j'ai bien compris de mes amis espagnols ce sont des arbres qui ont la tendence de remplacer les arbres et le fauna local.

    Stes David

    19 h 43, le 23 avril 2021

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