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Moyen-Orient - Éclairage

Pourquoi l’administration Biden va vendre des armes aux Émirats

Abou Dhabi pourrait acquérir des avions de combat F-35 à partir de 2025, devenant ainsi le premier pays arabe à en disposer.

Pourquoi l’administration Biden va vendre des armes aux Émirats

Un chasseur F-35. Photo d’archives AFP

Quatre mois à peine après son accession à la Maison-Blanche, celui qui avait mis un point d’honneur à passer en revue les relations entre Washington et les pétromonarchies du Golfe sur la base du respect des droits humains aura fini par être vite rattrapé par la realpolitik. Selon des assistants parlementaires américains cités hier par Reuters, l’administration de Joe Biden a fait part au Congrès de son intention d’aller de l’avant sur le dossier des ventes d’armes américaines aux Émirats arabes unis pour un montant qui s’élève à 23 milliards de dollars.

Annoncé par le département d’État américain peu après la confirmation de la victoire de Joe Biden en novembre, le bouquet de contrats proposés à Abou Dhabi comprend 50 avions de combat F-35, 18 drones MALE MQ-9B SeaGuardian, ainsi que des munitions air-air et air-sol. Si la vente avait été validée par l’ancien président américain Donald Trump dans les dernières heures de son mandat en janvier, les ventes d’armes américaines à l’Arabie saoudite et aux EAU avaient été temporairement suspendues sept jours plus tard par Joe Biden afin de « réexaminer » la décision et de s’assurer qu’elle respecte les « objectifs stratégiques » de Washington. Présentée comme une procédure typique lors d’un changement d’administration, l’initiative avait également pour objectif d’afficher la volonté des démocrates au pouvoir de réajuster les relations entre les États-Unis et les pays du Golfe, avec qui Donald Trump avait entretenu des liens étroits dans le but de contrecarrer à tout prix l’influence iranienne dans la région.

Washington « veut rassurer ses alliés du Golfe après avoir montré une discontinuité avec la politique de l’administration Trump sur des questions sensibles – comme la guerre au Yémen et les droits de l’homme – au moment où les Américains rouvrent les négociations indirectes avec l’Iran sur l’accord sur le nucléaire iranien (JCPOA) », estime Eleonora Ardemagni, chercheuse associée à l’Institut italien d’études politiques internationales (ISPI). « Cette annonce loue implicitement la façon dont les EAU ont recalibré leur politique étrangère entre 2019 et 2021 en optant pour une approche moins affirmée et moins polarisante à l’égard des affaires régionales », poursuit-elle. Abou Dhabi a multiplié les initiatives sur différents fronts à l’instar de son retrait militaire du Yémen à l’été 2019, la levée du blocus contre le Qatar en décembre, la désescalade avec l’Iran sur le plan de la sécurité maritime ou encore en modérant son action en Libye face au gouvernement intérimaire, relève-t-elle.

Levée de boucliers

L’annonce de Washington intervient par ailleurs à la suite des rencontres entre le secrétaire américain à la Défense Lloyd Austin et son homologue israélien Benny Gantz ainsi que Benjamin Netanyahu le week-end dernier en Israël et lors desquelles les ventes d’armes américaines à l’État hébreu devaient être abordées en plus du nucléaire iranien. Conformément à la loi américaine, les États-Unis doivent s’assurer que l’État hébreu conserve sa domination militaire sur le reste des États de la région dans le cadre de leurs ventes d’armes, un point essentiel alors que Washington fournit à son allié une assistance dans ce domaine atteignant plusieurs milliards de dollars par an.

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La perspective d’une acquisition de F-35 par les EAU, premier pays arabe qui disposerait alors de cette technologie de pointe, s’était déjà heurtée à une levée de boucliers au sein du Congrès de crainte qu’elle ne modifie l’équilibre militaire au Moyen-Orient et qu’elle ne se répercute sur l’avantage militaire des forces israéliennes, les seules à disposer de F-35 pour le moment dans la région. Le dossier des F-35 avait également fait polémique en Israël l’été dernier après que le quotidien israélien Yediot Aharonot a fait état d’une clause secrète dans l’accord de normalisation entre l’État hébreu et les EAU, approuvée par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, et donnant le feu vert à Washington pour procéder à la vente de F-35 et de drones, entre autres, à Abou Dhabi. Si cette version a d’abord été réfutée avec véhémence par les autorités israéliennes, qui ont longtemps considéré une acquisition de F-35 par d’autres pays de la région comme une ligne rouge, l’État hébreu avait finalement précisé en octobre qu’il ne s’opposerait pas à la vente aux EAU. Selon des médias israéliens, Benny Gantz est suspecté d’avoir obtenu un large package militaire en guise de compensation avant la finalisation des ventes d’armes aux EAU.

Désengagement de la région

La politique de l’administration Biden semble toutefois montrer ses premières limites quant à sa volonté de mêler respect des droits humains et géopolitique. Les EAU font partie de la coalition menée par l’Arabie saoudite au Yémen depuis 2015 pour appuyer les forces gouvernementales, dont les violations des droits humains sont décriées depuis plusieurs années par les démocrates. Les officiels américains n’ont cependant pas donné de détails sur les ventes d’équipements militaires à l’Arabie saoudite. Un porte-parole du département d’État américain a précisé hier que l’administration Biden « continue d’examiner certains détails, et de consulter des représentants des Émirats » sur l’utilisation des équipements de défense et des services américains.

Si la livraison des équipements militaires américains à Abou Dhabi ne devrait pas avoir lieu avant au moins 2025, cette première étape devrait consolider davantage les liens entre Washington et Abou Dhabi sur le plan sécuritaire dans les prochaines années, alors que l’administration Biden cherche à poursuivre la politique américaine de désengagement de la région lancée par Barack Obama et déléguer le dossier de la sécurité aux acteurs régionaux.

Pour Abou Dhabi, qui a les F-35 dans sa ligne de mire depuis plusieurs années déjà, cette vente représente le moyen de renforcer son arsenal militaire aérien dans le cadre de sa stratégie de dissuasion face à Téhéran, son ennemi numéro un dans la région. « Les EAU doivent continuer d'investir dans du savoir-faire local et la recherche dans l’industrie de la défense, la maintenance des armements, l’entraînement militaire et l’éducation, fait remarquer Eleonora Ardemagni. Il sera intéressant de voir si cette vente aura un impact ou non sur la stratégie émiratie de diversification en matière d’achats militaires, en particulier sur d’éventuels accords avec la Russie et la Chine. »


Quatre mois à peine après son accession à la Maison-Blanche, celui qui avait mis un point d’honneur à passer en revue les relations entre Washington et les pétromonarchies du Golfe sur la base du respect des droits humains aura fini par être vite rattrapé par la realpolitik. Selon des assistants parlementaires américains cités hier par Reuters, l’administration de Joe Biden a fait...

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