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Environnement - Paléontologie

Un nouveau site exceptionnel d’ambre découvert dans le Akkar

Quatre fossiles d’insectes datant de quelque 130 millions d’années ont déjà dévoilé de précieuses informations sur le climat et la géographie de cette époque, explique le paléontologue Dany Azar.

Un nouveau site exceptionnel d’ambre découvert dans le Akkar

Les insectes découverts dans l’ambre de Mechmech (Akkar), où ils sont emprisonnés depuis 130 millions d’années.

Alors que le pays est secoué par des crises successives et très actuelles, une nouvelle réjouissante parvient du fond des âges pour rappeler que le territoire libanais recèle des trésors méconnus. C’est ainsi qu’un nouveau site exceptionnel d’ambre datant de quelque 130 millions d’années vient d’être mis au jour par le paléontologue et entomologiste Dany Azar et son équipe dans le village de Mechmech, au Akkar. « Nous avons découvert ces strates par hasard, paradoxalement grâce à une exploitation de carrière de sable à cet endroit, explique le scientifique. Les strates contiennent de l’ambre fossilisée avec des spécimens d’insectes. Ce site, riche en ambre du crétacé inférieur, est le plus septentrional du pays découvert jusque-là. » Dans un article scientifique signé par Sibelle Maksoud, Khaled Taleb et Dany Azar, on apprend qu’en deux expéditions à cet endroit, les paléontologues ont pu collecter un demi-kilogramme de pièces d’ambre jaunes d’exception, dans laquelle quatre insectes ont été décelés, appartenant à des groupes de mouches et de cafards déjà connus et identifiés dans d’autres gisements. « Ces spécimens collectés commencent à livrer leurs secrets, explique le Dr Azar. Par une étude de ces morceaux d’ambre et des gisements autour, nous avons des indications climatiques intéressantes sur cette époque, où le territoire du Liban actuel se trouvait au nord-est du paléocontinent, le Gondwana, au niveau de l’équateur. Y régnait alors un climat tropical. »

Il poursuit : « Ce site à Mechmech se trouvait de toute évidence sur l’embouchure d’un fleuve qui se déversait dans le grand paléo-océan antique de Téthys, qui, avec la mutation des continents après le jurassique moyen, a donné notre Méditerranée actuelle. Nous le savons parce que nous avons trouvé des coquillages lithophages (qui trouent les rochers pour s’y installer) dans les sédiments sur et autour de l’ambre. »

Pour mémoire

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Et ce n’est pas tout : l’état dégradé de l’un des insectes emprisonnés dans l’ambre, dont le corps est pratiquement étiré et brisé en deux, est l’indice d’un grand incendie qui aurait ravagé la forêt à un moment donné. Preuve, s’il en est, que de telles découvertes sont une mine d’informations sur le passé paléontologique du territoire.


Une langouste fossilisée de plus de 100 millions d’années, un spécimen caractéristique trouvé à Kfardébiane, découvert par Dany Azar et son équipe. Photos fournies par Dany Azar


25 sites dans le monde… et tous au Liban !

Des 450 sites libanais où l’on trouve de l’ambre, celui de Mechmech est le 25e au Liban contenant de l’ambre avec des insectes. « L’ambre libanais n’a aucune valeur en matière de gemmologie comme ailleurs dans le monde, son importance est purement scientifique, mais elle est considérable », affirme le Dr Azar.

L’importance si particulière de l’ambre libanais vient de sa datation. « Il s’agit du seul dans le monde datant de cette période si particulière du crétacé inférieur, c’est-à-dire autour de 130 millions d’années, et qui, de plus, contient des insectes et autres arthropodes terrestres fossilisés, explique-t-il. Cette période est d’une importance capitale du fait qu’elle a vu émerger les plantes à fleurs, ou angiospermes. Les études de ces échantillons fournissent des informations uniques et spécifiques sur cette époque charnière qui a vu disparaître une végétation ancienne et naître des espèces nouvelles, et qui nous apprend comment s’est déroulée cette coévolution entre plantes et insectes. On peut dire qu’il existe 25 sites avec ces caractéristiques dans le monde, et ils sont tous au Liban ! »

Protéger l’ambre à tout prix

Ce caractère unique rend indispensable la protection de ces sites si précieux. Or, si l’on observe l’état de la découverte la plus récente à Mechmech, au beau milieu d’une carrière en activité, on constate à quel point la protection de ces endroits n’est pas acquise… « En Espagne, on a mis au jour un site de 15 millions d’années plus récent que celui-là, raconte le spécialiste. Il a été protégé sans délai et un musée a été créé à cet endroit. Il faut en faire de même chez nous. »

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Or, pour faire parler ces sites, il faut que les spécialistes puissent consacrer temps et moyens aux fouilles. Le Dr Azar, professeur chercheur à l’Université libanaise, fait de son mieux pour faire avancer les recherches sur l’ambre libanais avec la complicité de son équipe et de ses étudiants. « Nous avons fait des découvertes remarquables au niveau paléontologique sur plusieurs sites, comme cette espèce de langouste, Meyeria libanotica, dont nous avons déterré plusieurs spécimens assez complets à Kfardébiane, une espèce fossile endémique au Liban », souligne-t-il.

Il ajoute : « L’ambre libanais est trouvé dans des strates différentes à travers le territoire. Et comme l’évolution des insectes est généralement rapide, pour mieux étudier les spécimens, nous avons été les premiers à recourir à la méthode dite biostratigraphique, en d’autres termes l’étude des restes des êtres vivants dans les sédiments où les spécimens sont trouvés, en vue de déterminer l’âge de la strate et du fossile qu’on y trouve. »

À un moment où l’on se soucie surtout de l’exploitation des hydrocarbures, l’ambre n’est pas susceptible d’intéresser un pays embourbé dans ses difficultés économiques et une classe politique tournée vers ses intérêts immédiats. Or, au vu du caractère unique de l’ambre au Liban, comment se détourner de ce trésor, de cette capsule à remonter le temps de 130 millions d’années ? Pour lui créer un écrin digne de lui, il faudrait non seulement assurer la protection des sites naturels où l’on récolte l’ambre, mais aussi revenir au rêve de longue date de Dany Azar : un muséum d’histoire naturelle au Liban.

Une espèce de luciole qui porte son nom

Les découvertes du paléontologue Dany Azar, au Liban et dans le monde, sont si nombreuses qu’il a désormais 27 espèces d’insectes fossiles et actuelles dédiées à son nom ! Et qu’il en a lui-même nommé plus de 550 espèces.

La dernière à porter son nom est celle d’un insecte vieux de 100 millions d’années dont le fossile a été découvert en Birmanie. Et c’est en Chine qu’on a honoré le scientifique libanais de cette nomination. « Il s’agit d’un insecte d’une nouvelle famille du groupe des lucioles, dit-il. Cette découverte est majeure du fait qu’elle apporte des informations sur cette famille d’espèces et son évolution à travers les âges. »


Alors que le pays est secoué par des crises successives et très actuelles, une nouvelle réjouissante parvient du fond des âges pour rappeler que le territoire libanais recèle des trésors méconnus. C’est ainsi qu’un nouveau site exceptionnel d’ambre datant de quelque 130 millions d’années vient d’être mis au jour par le paléontologue et entomologiste Dany Azar et son équipe...

commentaires (6)

Voilà une novelle réjouissante et on ne peut que être fier et pourquoi pas chauvin. Peut-on rêver ou esperer de financement par des mécènes ou par un financement participatif de ce Musée d'Histoire Naturelle tant souhaité par Pr. D. Azar qui ne peut être que bénéfice sur tous le plans: Humain, Culture, Tourisme, Création d'Emploi et Débouchés pour les futurs paléontologues de nos valeureuses universités en particulier l'Université Libanaise. Félicitation à M. Dany Azar et à son équipe. Merci à L'Orient le Jour pour cette nouvelle et pour l'information de qualité qui caractérise le journal.

Khairallah Issam

18 h 42, le 10 avril 2021

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Commentaires (6)

  • Voilà une novelle réjouissante et on ne peut que être fier et pourquoi pas chauvin. Peut-on rêver ou esperer de financement par des mécènes ou par un financement participatif de ce Musée d'Histoire Naturelle tant souhaité par Pr. D. Azar qui ne peut être que bénéfice sur tous le plans: Humain, Culture, Tourisme, Création d'Emploi et Débouchés pour les futurs paléontologues de nos valeureuses universités en particulier l'Université Libanaise. Félicitation à M. Dany Azar et à son équipe. Merci à L'Orient le Jour pour cette nouvelle et pour l'information de qualité qui caractérise le journal.

    Khairallah Issam

    18 h 42, le 10 avril 2021

  • Bravo ! Une embellie dans notre ciel sombre

    lila

    18 h 25, le 10 avril 2021

  • J'ai bien retenu que les 25 sites avec des espèces uniques son tous au Liban... Ça expliquerai, je dirais peut être, nos politiciens uniques et exceptionnels!? Non? Juste une idée, quoi!. Ceci dit, excellent travail par cette équipe, bon travail, bon courage et merci beaucoup!!

    Wlek Sanferlou

    18 h 17, le 10 avril 2021

  • Fascinant ... en effet il y a un aspect de tourisme; par exemple en Espagne on a dedie une salle dans le musee de Zaragossa a un poisson fossile qu'on a trouve la-bas, c'est quelque chose qui a une valeur touristique et culturelle.

    Stes David

    15 h 59, le 10 avril 2021

  • BRAVO AU PALEONTOLOGUE DANY AZAR ET A SON EQUIPE. DES UNS BOSSENT POUR LE BIEN DU PAYS ET D,AUTRES MAFIEUX DETRUISENT LE PAYS.

    L,EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    13 h 44, le 10 avril 2021

  • Il ne faut pas en parler car les loups sont partout??

    Eleni Caridopoulou

    12 h 52, le 10 avril 2021

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