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Politique - Trois questions à...

Carlos Eddé : Le Liban, pays de jeunes, gouverné par des chefs de plus en plus âgés

L’ancien Amid du BN explique à « L’OLJ » pourquoi il a opté pour une fonction consultative au sein de son parti.

Carlos Eddé : Le Liban, pays de jeunes, gouverné par des chefs de plus en plus âgés

Carlos Eddé en 2019, le jour où il a annoncé son retrait du poste de Amid. Photo fournie par Carlos Eddé

Après avoir été pendant près de 20 ans à la tête du Bloc national, un parti politique qui a joué un grand rôle dans l’histoire du Liban, Carlos Eddé a décidé de passer la main le 27 mars dernier. L’homme qui est à l’origine d’une initiative de réformes en profondeur du parti fondé par son grand-père, l’ancien président Émile Eddé, et conduit par son oncle Raymond Eddé durant 51 ans rejoint aujourd’hui le Conseil des sages ou Sénat du parti, une instance au sein de laquelle il estime pouvoir mieux servir les intérêts du BN. En 2019, Carlos Eddé avait supprimé le poste de Amid (doyen en arabe, en fait le chef du parti) et instauré une présidence tournante, avant de se retirer du comité exécutif. M. Eddé, qui n’a jamais pu s’adapter à la manière libanaise de faire de la politique, estime surtout que l’individu ne doit pas être plus important que l’organisation.

Pourquoi avez-vous pris la décision de vous retirer du comité exécutif pour rejoindre le Conseil des sages ?

Un parti est une organisation qui doit maintenir sa pérennité par le renouveau de ses idées, de ses membres et de ses cadres. C’est pour cela que j’ai quitté (en 2019) le poste de Amid et que je suis resté au comité exécutif, soucieux d’aider à la transition. L’écart entre les générations devient plus prononcé. Le Liban est un pays de jeunes, gouverné par des leaders de plus en plus âgés.

À 65 ans, je passe de plus en plus de temps à l’étranger où résident mes enfants. Je ne peux non plus participer à toutes les activités que la tâche exige. J’ai donc estimé qu’il serait contre-productif de rester au comité exécutif alors que tant de jeunes personnes dynamiques, qui comprennent mieux la société libanaise, pourraient mieux faire face aux responsabilités de la fonction.

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Dans les nouveaux statuts du parti, il existe une instance supérieure, le Conseil des sages, ou Sénat, dont les prérogatives sont justement de conseiller, de s’assurer que les principes et les valeurs du Bloc national sont préservés et d’organiser des conseils de discipline en cas de besoin. Après m’être concerté avec les instances dirigeantes, j’ai donc considéré que le Conseil des sages serait l’instance dans laquelle je pourrais mieux servir les intérêts de notre parti.

Qu’implique votre nouveau statut au Conseil des sages ?

Le Sénat est pour l’instant une autorité morale. Les nouveaux statuts du parti politique devraient lui accorder davantage de prérogatives. Il a pour mission de s’assurer que l’exécutif n’a pas dévié des objectifs traditionnels du Bloc national. Par objectifs traditionnels, on entend le respect de l’indépendance et de la souveraineté du Liban, et l’attachement au principe du non-confessionnalisme politique. L’une des valeurs fondamentales du BN réside aussi dans l’intégrité liée aux formes de financement, sachant que le parti refuse formellement tout financement étranger et qu’il scrute ses donateurs libanais à la loupe. Autrement, il aurait été soumis aux contraintes, voire aux ordres de donateurs.

Car il s’est toujours démarqué de la politique des axes, et le Sénat entend bien s’assurer qu’il poursuivra sur cette voie. Également au cœur des objectifs traditionnels, la politique libérale du Bloc national en termes économiques, avec une préoccupation sociale qui a toujours été à l’ordre du jour. Enfin, nous avons toujours veillé à ce qu’il n’y ait pas de contradiction entre nos paroles et nos actions. Et lorsqu’il a fallu prendre des décisions difficiles, l’intérêt de la société a toujours primé par rapport à nos intérêts particuliers, même si parfois cela a provoqué les foudres de l’opinion publique. Il en a été ainsi du temps d’Émile Eddé, qui avait refusé, dans les années (trente) une intervention des Anglais.

De même, Raymond Eddé, alors Amid du parti, s’était démarqué en rejetant l’accord du Caire (en 1969, entre le Liban et les Palestiniens), mais aussi l’intervention des forces chrétiennes dans la guerre civile de 1975. De mon côté, je me suis opposé à l’accord de Doha et j’étais bien le seul (cet accord, qui a été signé en 2008 pour mettre fin à une crise politique, a bouleversé les équilibres politiques au Liban).

Où en est le renouveau du Bloc national ? Avez-vous rencontré des obstacles pour engager les réformes ?

De nouveaux statuts sont en train d’être mis en place au BN pour encourager les nouveaux venus à rejoindre le parti et les membres à travailler là où ils seront plus utiles à la cause. Ils seront publiés très bientôt. Chacun, à travers ses actions, peut désormais prétendre gravir la hiérarchie du parti en fonction de son intégrité, son sens des responsabilités, son initiative et son adhésion aux valeurs du parti. Le Bloc national devient donc une méritocratie participative.

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Cet objectif, je me l’étais fixé en 2000 à mon arrivée au Liban après le décès de mon oncle Raymond. Il fallait permettre au Bloc national de se renouveler et de reprendre un rôle de parti national actif. À 44 ans, j’étais parmi ses plus jeunes membres et il était impossible de faire bouger les choses sans se heurter aux sensibilités des uns et des autres. J’ai essayé de modifier les statuts pour rendre l’institution plus participative, mais cela n’avait pas été accepté.

Le recrutement de sang nouveau était contesté. Et la notion de rotation des postes était impossible, certains estimant que leurs positions étaient éternelles. Le BN était alors perçu comme le parti des Eddé. Mais depuis deux ans, l’initiative prise devrait permettre au parti de reprendre une place active dans la vie politique.


Après avoir été pendant près de 20 ans à la tête du Bloc national, un parti politique qui a joué un grand rôle dans l’histoire du Liban, Carlos Eddé a décidé de passer la main le 27 mars dernier. L’homme qui est à l’origine d’une initiative de réformes en profondeur du parti fondé par son grand-père, l’ancien président Émile Eddé, et conduit par son oncle Raymond...

commentaires (2)

Bravo au Bloc National de se démarquer de la politique féodale et anachronique des partis politiques libanais et de se consacrer a la méritocratie. Le Amid Raymond Edde en aurait été fier, lui qui a toujours été un visionnaire, a l’avance de son époque!

CW

18 h 29, le 09 avril 2021

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Commentaires (2)

  • Bravo au Bloc National de se démarquer de la politique féodale et anachronique des partis politiques libanais et de se consacrer a la méritocratie. Le Amid Raymond Edde en aurait été fier, lui qui a toujours été un visionnaire, a l’avance de son époque!

    CW

    18 h 29, le 09 avril 2021

  • La ligne politique du BLOC National est celle que les libanais, en général, préfèrent le plus. Donc l'ouverture du parti à accueillir de nouveaux membres aura beaucoup de succès !

    MGMTR

    15 h 09, le 09 avril 2021

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