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Société - Reportage

Sous le pont de Jisr el-Wati, mendiants et sans-abri rêvent d’un monde meilleur

Sous le pont de Jisr el-Wati, mendiants et sans-abri rêvent d’un monde meilleur

Nour jouant à une marelle imaginaire. Photo Patricia Khoder

Sous Jisr el-Wati, un pont très fréquenté au cœur du Grand Beyrouth, se croisent chaque jour, dans un contraste saisissant, des automobilistes pressés, des mendiants et des sans-abri, qui vivent depuis de longs mois dans les bas-fonds d’un quartier animé au milieu d’adresses d’affaires de qualité.

Qu’il vente, qu’il pleuve ou qu’il fasse beau, les sans-abri sont des lève-tôt, la lumière du jour et le bruit de la rue les empêchant de rester endormis. Aussitôt, un cafetier, un peu plus nanti, arrive dans sa vieille voiture pour servir gracieusement le café dans ce monde à part où se côtoient la bonté, la misère et la générosité.

À 7h, entre les camions et les voitures, un taxi-service s’arrête tous les jours sous le pont pour débarquer une femme et ses trois enfants qui habitent Ouzaï, dans la banlieue sud, et qui resteront sept bonnes heures à Jisr el-Wati, jusqu’à 14h. La femme, une ressortissante syrienne qui passera la journée à mendier, affirme que son mari, ouvrier de bâtiment, est handicapé depuis qu’il s’est fracturé la colonne vertébrale lors d’un accident de travail il y a deux ans.

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Portant un grand chandail rose crasseux, sa fille Nour, cinq ans et demi, cheveux noirs et teint brouillé, fait beaucoup moins que son âge. Elle passe la plupart de son temps à jouer à une marelle imaginaire avec une vraie pierre sur les carreaux du trottoir sous le pont. Presque tous les matins, une dame en 4x4 passe pour lui offrir un petit-déjeuner. Aujourd’hui, c’est une man’ouché géante qu’elle tient de ses deux petites mains. Quand elle est blottie dans les bras de sa mère, Nour se met joyeusement à chanter.

Ambiance café

Un peu plus loin sur le trottoir se tient Mouïne Moghrabi, alias Abou Khaled, né en mars 1943 et qui se plaît à dire qu’il est un peu plus âgé que l’indépendance du Liban, obtenue en novembre de la même année. Il affirme s’être retrouvé dans la rue il y a 15 mois, après la démolition de sa maison suite à un litige.

Grands yeux bleus, Abou Khaled, l’intellectuel du coin qui vit avec ses livres, quelques meubles et un transistor, se présente comme étant un architecte ayant effectué ses études universitaires au Caire, où il a perdu son accent libanais du village de Kfarchouba au Liban-Sud.

Il aime parler politique et refaire le monde lorsqu’il reçoit souvent la visite de personnes qui sont presque dans la même situation que lui. Pendant la journée, il met sa chaise en plastique au soleil, prend un livre de sa bibliothèque qu’il a installée sous le pont et se plonge dans la lecture, se surprenant à « rêver d’une autre vie où le monde serait parfait ».

Abou Ali vend de la brocante à Souk el-Ahad. Photo Patricia Khoder

Des murs et une porte

L’autre bout du trottoir est occupé par Youssef Bitar, alias Abou Ali. En hiver, il est équipé de six à sept couvertures pour lutter contre le froid et les courants d’air. Malgré la chaleur et l’humidité, pour lui l’été reste plus clément.

Abou Ali, 59 ans, originaire de Ali el-Nahri dans la Békaa, porte une barbe blanche et d’épaisses lunettes d’astigmatisme qui le vieillissent. Il travaille tout près au marché de Souk el-Ahad (marché populaire du week-end), où il vend de la brocante mais n’arrive plus à joindre les deux bouts, surtout avec les confinements successifs depuis le début de la pandémie.

« La première fois que je me suis retrouvé dans la rue, c’était très difficile. J’ai passé cinq nuits sans dormir, puis je me suis habitué », dit cet homme qui vit par intermittence dans la rue depuis plus de huit ans.

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« Parfois, je partage mon repas avec d’autres personnes qui ont plus faim que moi », raconte-t-il en référence à la distribution quotidienne de plats chauds aux SDF de Jisr el-Wati par une association baptisée « Chabeb el-Achrafieh » (les jeunes d’Achrafieh) et, trois fois par semaine, de la nourriture préparée par les lazaristes.

Abou Ali, qui recharge au quotidien la batterie de son téléphone dans une station d’essence face au pont, peut passer des heures à parler des choses de la vie. Pour cela, il suffit qu’il soit de bonne humeur. Il avoue avoir envie de prendre un bain, de porter des vêtements propres et rêve d’avoir une petite chambre, même délabrée. « Je veux juste des murs et une porte que je peux fermer quand je pars ou quand je dors. Ça change tout. »

Mais dans un pays qui sombre tous les jours un peu plus dans la pauvreté, l’ordinaire peut devenir un rêve inaccessible.


Sous Jisr el-Wati, un pont très fréquenté au cœur du Grand Beyrouth, se croisent chaque jour, dans un contraste saisissant, des automobilistes pressés, des mendiants et des sans-abri, qui vivent depuis de longs mois dans les bas-fonds d’un quartier animé au milieu d’adresses d’affaires de qualité. Qu’il vente, qu’il pleuve ou qu’il fasse beau, les sans-abri sont des...

commentaires (1)

C'est tellement triste , meme en 2019 quand j'ai été au Liban pour des vacances à Hamra il y avait des réfugiés qui mendiaient . Ici en Italie l'église catholique de saint Francois à envoyer de l'argent pour les plus démunis ???

Eleni Caridopoulou

16 h 48, le 07 avril 2021

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Commentaires (1)

  • C'est tellement triste , meme en 2019 quand j'ai été au Liban pour des vacances à Hamra il y avait des réfugiés qui mendiaient . Ici en Italie l'église catholique de saint Francois à envoyer de l'argent pour les plus démunis ???

    Eleni Caridopoulou

    16 h 48, le 07 avril 2021

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