Un enfant joue dans l’une des ruelles du port de Paquitequete près de Pemba le 29 mars 2021. Des voiliers devraient arriver avec des personnes déplacées des côtes de Palma et d’Afungi après avoir subi des attaques de groupes armés depuis le 24 mars. Alfredo Zuniga/AFP
Palma, petit port du nord du Mozambique tombé aux mains de groupes armés jihadistes vendredi – dans une attaque revendiquée hier par l’État islamique –, s’est transformé en ville fantôme, tandis que des milliers de civils continuent à fuir par tous les moyens. Cet assaut-surprise mercredi après-midi, à trois endroits de la ville de 75 000 habitants, aurait été en partie motivé par l’arrivée d’un bateau rempli de nourriture, a-t-on appris hier auprès de plusieurs sources. En tout cas, elle a été déclenchée juste après l’arrivée de ce navire, ont raconté des témoins à l’AFP, qui ont depuis trouvé refuge en lieu sûr. Selon eux, le chargement était destiné à alimenter les commerces de la ville, mais aussi à distribuer de l’aide aux personnes déplacées, installées en grand nombre à Palma après avoir fui, déjà, des violences jihadistes dans leurs villages. « Les attaques ont commencé juste après l’arrivée du gros navire, confie à l’AFP un homme qui a quitté Palma à pied pour se réfugier 180 km plus loin dans les terres. Ils voulaient la bouffe. Ils ont attaqué la ville et apporté des camions pour décharger la nourriture qui venait d’arriver. » Les jihadistes, qui pratiquent volontiers la sidération, mettant le feu et tuant à tour de bras dès les premières minutes de leurs attaques, ont foncé vers les banques pour les piller et les postes de police pour étouffer toute tentative de résistance », ont encore raconté ces témoins. Depuis, plusieurs habitants de Palma, interrogés via messagerie, décrivent une ville fantôme abandonnée par le gros de sa population. Sur la route de l’exode en direction de Mueda, « beaucoup tombaient de fatigue et ne pouvaient plus continuer, surtout les vieux et les enfants », confie le même monsieur soucieux de conserver son anonymat. Trop mal aux pieds, trop faibles.
« Fort Apache assiégé »
Hier, de nombreuses organisations humanitaires et onusiennes se concertaient pour tenter de venir en aide aux milliers de civils en rade qui ont tout laissé derrière eux. Entre 6 000 et 10 000 civils se sont dirigés vers le site gazier piloté par Total, situé à seulement 10 km de la ville sinistrée sur la péninsule d’Afungi, selon une source participant aux opérations d’évacuation. Ils sont arrivés par vagues, frappant à la porte du périmètre ultrasécurisé de milliers d’hectares, une « sorte de Fort Apache assiégé », selon un expert sécuritaire français. Le géant énergétique français, qui venait d’annoncer la reprise des travaux de construction du site censé être opérationnel en 2024, après un gel de plusieurs mois lié déjà à l’insécurité, a annoncé qu’elle n’aurait « bien sûr » pas lieu dans ce contexte. Un ferry, le Sea Star 1, a transporté 1 400 travailleurs et civils pendant le week-end vers Pemba, capitale de la province pauvre et majoritairement musulmane de Cabo Delgado, à quelque 200 km au sud. Pirogues et bateaux à voile traditionnels, chargés de réfugiés, continuaient à affluer au compte-gouttes hier sur la plage, selon témoins et ONG. Les groupes armés, qui terrorisent cette région frontalière avec la Tanzanie depuis trois ans, sont montés en puissance depuis un an, multipliant les attaques sanglantes. Contrôlant le port stratégique de Mocimboa da Praia depuis août 2020, crucial pour l’arrivée du matériel nécessaire aux installations gazières, ils sont désormais maîtres d’une bonne partie de la zone côtière. L’attaque d’ampleur à Palma s’est traduite par des dizaines de morts parmi les habitants, a confirmé dimanche soir la Défense mozambicaine. Au moins une centaine de personnes restent portées disparues. Une dizaine de camions, chargés de civils fuyant un hôtel de Palma où ils s’étaient retranchés plusieurs jours, ont disparu des radars depuis vendredi, faisant redouter de nombreux morts. Meryl Knox, qui a perdu son fils Adrian, 40 ans, dans une embuscade des jihadistes, a confié sa peine à l’AFP : « Mon fils est mort un jour violent et inutile. »
Source : AFP


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