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Société - Initiative

Quand des Libanaises brisent le tabou de la santé mentale

Une campagne lancée par une médecin sur les réseaux sociaux a réussi à obtenir l’appui de plusieurs influenceuses et permis à des centaines de femmes de parler de leurs problèmes.

Quand des Libanaises brisent le tabou de la santé mentale

Dans un pays où les crises s’enchaînent depuis plus d’un an et demi, quelles répercussions sur la santé mentale des femmes ? Avec la pandémie, la crise économique et les explosions au port, les Libanaises arrivent-elles à s’en sortir ? Telle est la question à laquelle Ama Sadaka, ophtalmologue d’une trentaine d’années, et deux de ses amies travaillant dans le domaine de la santé et du bien-être ont tenté de répondre en lançant une initiative sur les réseaux sociaux permettant aux femmes de se confier en toute liberté. Pour toucher au plus grand nombre de femmes, elles ont sollicité l’appui de plusieurs influenceuses et figures médiatiques qui ont accepté de parler de leurs problèmes en ligne.

« Nous avons lancé cette initiative après plusieurs discussions avec nos patientes. Nous voulions que les femmes s’expriment, qu’elles sollicitent de l’aide au besoin, et qu’elles puissent s’épauler entre elles », explique le Dr Sadaka à L’Orient-Le Jour. Sa campagne a été adoptée par plusieurs influenceuses sur Instagram, telles la présentatrice, comédienne et coach de vie et de développement personnel Tina Jarrous, la chanteuse Blu Fiefer, la dermatologue Lama Bourgi, la gynécologue Gaëlle Bou Ghannam ou encore l’entrepreneuse Danielle Hatem. Lancée le 8 mars, à l’occasion de la Journée internationale de la femme, la campagne a réussi à libérer la parole d’une centaine de Libanaises, dont certaines ont contacté le Dr Sadaka et ses amies en privé.

Briser les tabous

« Nous avons lancé la campagne sur les réseaux sociaux et avons invité des femmes et des hommes à participer en partageant une photo, une vidéo, un dessin, une chanson qui les a aidés à surmonter des problèmes liés à la santé mentale », indique le Dr Sadaka. « Les hommes ont été moins réactifs à la campagne, malheureusement. Mais le journaliste Ricardo Karam nous a soutenues en plaidant sur les réseaux sociaux pour l’accès des femmes à l’autonomie », ajoute-t-elle.

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Hadia Sinno, journaliste mode et styliste, fait partie de celles qui ont pris part à l’initiative, en racontant un épisode douloureux de sa vie à ses 25 000 abonnés sur Instagram. « Je suis toujours positive, mais après les explosions au port, j’ai perdu plusieurs amis et j’ai sombré dans la dépression », confie Mme Sinno à L’Orient-Le Jour. « Je suis mère célibataire, j’élève deux enfants seule et aujourd’hui la situation est difficile car on ne sait pas où l’on va », ajoute la journaliste, qui espère que son témoignage poussera d’autres femmes à parler de santé mentale. « Une fois que l’on décide d’évoquer ses peurs, on se sent apaisé. J’ai tenté de briser les tabous sur mon compte, confie-t-elle. D’habitude, les gens ont peur du qu’en-dira-t-on. Mais avec la crise que traverse le pays et surtout après les explosions, il est devenu beaucoup plus naturel de s’exprimer. Il faut encourager les femmes à avoir confiance en elles-mêmes et à s’aimer, la vie change quand on commence à s’aimer. »

Épuisement mental et difficultés au travail

Depuis le 8 mars, Ama Sadaka a été contactée par de nombreuses femmes, âgées de 20 à 50 ans, et souffrant toutes des répercussions de la crise, mais aussi d’inégalités dans le milieu professionnel. « Beaucoup de femmes disent se sentir coupables, elles pensent qu’elles ne sont pas assez présentes pour leurs enfants ou leurs époux par exemple. Certaines estiment qu’elles sont soumises à beaucoup de pressions. D’autres se plaignent d’inégalités dans le milieu du travail et d’intimidations. Certains des messages les plus tristes et les plus expressifs provenaient de femmes évoquant un épuisement mental et l’impact dévastateur des explosions de Beyrouth », ajoute-t-elle.

Pour mémoire

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Certaines des étudiantes du Dr Sadaka évoquent pour leur part des réflexions sexistes de la part de camarades masculins. « Après avoir assisté à une intervention, j’ai demandé au chirurgien quelle était la cause de la complication que nous venions de voir », confie une étudiante en 4e année de médecine, sous couvert d’anonymat. « Au lieu de répondre à ma question, il m’a dit : “Tu sais que je t’apprécie beaucoup” et il s’en est allé. Je doute fort qu’il aurait pu dire cela à un étudiant de sexe masculin. C’est la remarque la plus sexiste que j’ai entendue à l’hôpital pour l’instant, même si ce n’est pas la seule », soupire la jeune femme.

Face à tant de souffrances, Ama Sadaka entend poursuivre sa campagne et solliciter l’aide des ONG qui travaillent auprès des femmes. « Beaucoup d’entre elles ignorent l’existence de ces ONG et du soutien qu’elles peuvent leur offrir. Nous allons lancer une campagne de sensibilisation avec les influenceuses qui ont pris part à notre initiative », conclut-elle.


Dans un pays où les crises s’enchaînent depuis plus d’un an et demi, quelles répercussions sur la santé mentale des femmes ? Avec la pandémie, la crise économique et les explosions au port, les Libanaises arrivent-elles à s’en sortir ? Telle est la question à laquelle Ama Sadaka, ophtalmologue d’une trentaine d’années, et deux de ses amies travaillant dans le domaine de la...

commentaires (2)

Le problème des dépressions des libanais en général et des libanaises en particulier à cause de leur sensibilité accrue aux événements ne datent pas d’hier ni d’il y a un an. Cela fait trente ans que les citoyens libanais comme la diaspora vivent avec des béquilles chimiques de tout genre pour calmer leurs angoisses et continuer à survivre à tous les traumatismes subits par l’atrocité et l’injustice de cette guerre qui leur a été imposée avec ses horreurs, ses morts et les destructions sans arriver à voir le bout du tunnel. Car malgré le répit de ces dernières années, cette angoisse persistait puisque l’inconnu les guettait de toute part tant que le pouvoir est entre les mains des ennemis qui ne leur promettait pas des jours heureux mais des guerres à répétition pour les achever et les empêcher d’avoir des projets à long terme pour eux et leurs enfants pour enfin exister. Le virus est venu achever la résilience qu’ils s’étaient appropriées bon gré malgré. Malgré le vaccin, le sort des libanais restent en suspens à cause de cet autre virus qui est le pouvoir en place qui s’avère hautement plus dangereux et plus persistant qui les noient dans un désespoir infini. Nous avons vu le peuple du monde s’enfoncer dans la dépression à cause du virus qui a restreint leur vie sociale et limiter leurs projets à long terme depuis un an alors que le peuple libanais vit ce cauchemar depuis plus de trente ans. Il y a de quoi devenir réellement fou mais qui s’en fout.

Sissi zayyat

11 h 08, le 25 mars 2021

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Commentaires (2)

  • Le problème des dépressions des libanais en général et des libanaises en particulier à cause de leur sensibilité accrue aux événements ne datent pas d’hier ni d’il y a un an. Cela fait trente ans que les citoyens libanais comme la diaspora vivent avec des béquilles chimiques de tout genre pour calmer leurs angoisses et continuer à survivre à tous les traumatismes subits par l’atrocité et l’injustice de cette guerre qui leur a été imposée avec ses horreurs, ses morts et les destructions sans arriver à voir le bout du tunnel. Car malgré le répit de ces dernières années, cette angoisse persistait puisque l’inconnu les guettait de toute part tant que le pouvoir est entre les mains des ennemis qui ne leur promettait pas des jours heureux mais des guerres à répétition pour les achever et les empêcher d’avoir des projets à long terme pour eux et leurs enfants pour enfin exister. Le virus est venu achever la résilience qu’ils s’étaient appropriées bon gré malgré. Malgré le vaccin, le sort des libanais restent en suspens à cause de cet autre virus qui est le pouvoir en place qui s’avère hautement plus dangereux et plus persistant qui les noient dans un désespoir infini. Nous avons vu le peuple du monde s’enfoncer dans la dépression à cause du virus qui a restreint leur vie sociale et limiter leurs projets à long terme depuis un an alors que le peuple libanais vit ce cauchemar depuis plus de trente ans. Il y a de quoi devenir réellement fou mais qui s’en fout.

    Sissi zayyat

    11 h 08, le 25 mars 2021

  • """Influenceuses""" ! Et le taux de suicide est plus élevé chez les hommes ou les femmes. Plutôt celles ou ceux qui passent à l’acte, depuis Georges Zreik. Et la double explosion au port a coûté plus de victimes hommes ou femmes. Et le taux de contamination de quel variant, pas encore libanais, est plus élevé chez les femmes ou les hommes. On voit bien le panel des "influenceuses" et le niveau professionnel et socio-culturel. Le Liban est dans la tourmente, et les crises n’épargnent personne. Pour le reste, ça ne se commente pas.

    L'ARCHIPEL LIBANAIS

    10 h 07, le 24 mars 2021

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