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Campus - SANTÉ MENTALE

Accepter l’anxiété pour mieux la surmonter

Le service de conseil de l’Université Antonine (UA) organise une série de webinaires sur la santé mentale pour soutenir les étudiants. Rencontre avec Carole Yared, psychologue clinicienne et conseillère à l’UA, qui anime ces séances.

Accepter l’anxiété pour mieux la surmonter

Carole Yared, psychologue clinicienne, membre de l’Association libanaise de thérapie comportementale et cognitive (ALTCC), et conseillère à l’Université Antonine.

Comment la pandémie affecte-t-elle la santé mentale des étudiants ?

Avec la fermeture forcée des universités, l’enseignement à distance et l’incertitude quant à l’avenir, l’anxiété est devenue un aspect psychologique majeur dans le quotidien des étudiants. La crainte de la pandémie, pour eux-mêmes et pour leurs familles, a provoqué un isolement chez ces jeunes alors qu’ils sont à peine sortis de la crise d’adolescence et qu’ils souhaitent expérimenter de nouvelles choses dans la vie. Leur réseau social est affecté. Et le fait de rester à la maison peut créer des conflits avec les parents. D’autres sont, de surcroît, confrontés à des problèmes socio-économiques.

En ce qui concerne l’enseignement en ligne, on peut dire, de manière générale, que nul n’y était prêt : ni les professeurs, ni les étudiants, ni les universités, ni l’État. Il a donc fallu s’y adapter. Les étudiants ont plusieurs problèmes à surmonter. Par exemple, tous ne disposent pas d’un ordinateur portable, ni d’une pièce spécifique chez eux pour suivre les cours en ligne. Ils se disent : à l’approche des examens, on pourra réécouter l’enregistrement (des séances d’enseignement, NDLR). Ils doivent alors déployer un plus grand effort pour comprendre la matière donnée, d’où le stress. De plus, la connexion internet est boiteuse ; quant à l’électricité, elle est loin d’être assurée 24h sur 24.

Par ailleurs, la double déflagration du 4 août a provoqué chez les étudiants une explosion interne, et des questions existentielles et fondamentales sur le sens de la vie, sur leurs rêves d’avenir, leurs ambitions… Face à l’insécurité, au chaos, à l’incertitude, certains veulent quitter le pays, d’autres font preuve de résilience.

Dans quelle mesure la crise économique exacerbe-t-elle l’anxiété que ressentent les étudiants devant les examens ?

La situation dans le pays, la pression des parents, la grave crise économique… tout contribue à rendre les étudiants plus anxieux en période d’examens, surtout les plus vulnérables d’entre eux, parmi lesquels on retrouve ceux qui rencontrent des difficultés à payer les frais des études. D’ailleurs, je voudrais souligner qu’à l’UA, cette question est très bien prise en considération et l’université cherche à aider financièrement les étudiants autant que possible ; ce qui se répercute positivement sur la santé psychologique des jeunes. Les professeurs nous alertent s’ils voient qu’un étudiant ne suit plus les cours en ligne.

Comment se manifeste l’anxiété chez les étudiants ?

L’anxiété est un trouble émotionnel qui se traduit par des sentiments indéfinissables, une sensation de danger, d’insécurité. Elle se manifeste par des symptômes physiques, cognitifs et comportementaux. Son intensité varie d’une personne à l’autre selon sa résilience, son expérience de vie, ses relations familiales, sa culture. Les symptômes émotionnels se manifestent par une grande sensibilité, une inquiétude accrue, des crises de larmes, de l’irritation, du stress, une faible estime de soi… En ce qui concerne les symptômes cognitifs, on détecte une difficulté de concentration, des erreurs, des oublis, de l’indécision… Il y a aussi des symptômes physiques, tels que des douleurs, une tension musculaire, des problèmes digestifs, de sommeil ou d’appétit, des maux de tête, un vertige, une fatigue continue. Le pire actuellement, c’est qu’il y a confusion entre l’anxiété et les symptômes du Covid-19.

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Dans les symptômes comportementaux, on relève de la violence, de l’agressivité, de l’absentéisme, une tendance à s’isoler, l’abus des écrans et des réseaux sociaux, une consommation accrue de tabac et/ou de caféine, de sucre, de chocolat, d’alcool, de drogue.

Toutefois, l’anxiété peut revêtir des aspects positifs. Elle nous permet de prendre les mesures dont nous avons besoin pour faire face à une nouvelle situation en la positivant. Elle active nos capacités cognitives et notre niveau d’estime de soi.

Que fait l’UA pour aider ses étudiants à gérer leur anxiété ?

À l’UA, nous avons adopté deux méthodes pour soutenir psychologiquement les étudiants : des séances collectives et des rencontres individuelles. Pour prévenir la détérioration de leur santé mentale et les aider à supporter cette phase très difficile, l’UA a développé un programme en ligne qui consiste en une série de webinaires ayant pour thème de base : « Comment être mentalement plus fort, plus heureux et résilient ». Plusieurs sujets ont déjà été abordés : l’anxiété liée à l’examen, le rôle thérapeutique de l’art, le sport et le bien-être, l’amélioration de la vie spirituelle et la psychologie de l’étudiant. Ces webinaires, que j’anime moi-même et auxquels nous invitons parfois des experts, sont gratuits. La durée de chaque rencontre est d’environ 40 minutes. Mais on déborde largement sur le temps imparti ; parfois jusqu’à 120 minutes. Les étudiants montrent un vif intérêt pour ces séances qui leur offrent l’opportunité de poser des questions et de s’exprimer sur ce qui les préoccupe. Ils y participent massivement. Le nombre d’appels et de messages que j’ai reçus pendant les fêtes de la part des étudiants me remerciant d’avoir été, en tant que service de conseil, à leurs côtés en témoigne. Avec nos webinaires psycho-éducatifs, nous pouvons toucher le plus grand nombre d’étudiants. Ces rencontres les encouragent à venir me consulter.

La seconde méthode est individuelle : j’offre un accompagnement psychologique, ou des sessions individuelles, en ligne, et un support continu. En tant que membre de l’Association libanaise de thérapie comportementale et cognitive (ALTCC), je propose ce type de thérapie.

Quels conseils donnez-vous aux étudiants pour mieux contrôler leur anxiété ?

Je leur dis de ne pas refuser leur anxiété, de l’assumer, car étouffer ses sentiments est contre-productif. Il est important de les exprimer, qu’ils soient positifs ou négatifs, d’en parler à une personne en qui on a confiance ou de s’exprimer par l’écriture. L’anxiété commence par la pensée qui influe d’abord sur les sentiments, puis sur les comportements et enfin sur la sensation physique (d’après la grille de restructuration cognitive). Le silence de ceux qui se murent dans leur anxiété crée des idées suicidaires, mène d’automutilation, de tentatives de suicide et suicide qui augmentent dans le monde et au Liban.

Il faut prendre soin de soi, faire attention à nos sentiments et à nos habitudes de vie. Une bonne alimentation, le sommeil, l’exercice physique sont très importants pour une gestion saine du stress. Il y a aussi de petites choses qu’on peut faire : changer le décor de sa chambre ou de l’endroit où l’on étudie, limiter la consommation de caféine car elle peut augmenter le rythme cardiaque et les symptômes physiologiques de l’anxiété. Rester en contact avec ses proches et amis. Car le soutien social est essentiel pour gérer le stress. Le sport l’est aussi ; il permet de canaliser l’énergie grâce à l’endorphine ou l’hormone du plaisir libérée pendant l’effort. Les promenades dans la nature sont bénéfiques pour profiter de l’essence des arbres, du calme de la nature, des chants des oiseaux, et de la luminosité thérapeutique des rayons du Soleil qui influent sur notre moral et sur la mélanine, une autre hormone de la bonne humeur. Les pratiques religieuses, les prières sont aussi importantes pour améliorer notre santé mentale.

Peut-on se débarrasser complètement de notre anxiété ?

Plus le stress devient chronique, plus le système nerveux tarde à déclencher l’état de détente, même si la cause du stress n’est plus présente. Donc il faut distinguer entre le mauvais et le bon stress, celui qui permet de prendre du recul et de trouver des solutions, pour s’adapter et ne pas plonger dans une anxiété chronique. Avec la thérapie adoptée par l’ALTCC, nous obtenons des résultats de 60 à 90 %. Cela ne veut pas dire que l’anxiété parte définitivement, car dans la vie, rien n’est définitif à 100 %. Toute personne peut vivre avec un trouble et expérimenter un bien-être mental se traduisant par une vie équilibrée et satisfaisante.




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