Flacons du vaccin AstraZeneca Covid-19 à Paris, le 11 mars 2021. Joël Saget/AFP
Une agence américaine a mis en doute hier l’efficacité revendiquée par AstraZeneca pour son vaccin, un nouveau coup pour le laboratoire déjà sous pression en Europe, alors que le Royaume-Uni rendait hommage aux victimes du coronavirus. Pour les Allemands, le verdict est tombé à l’aube hier : ils devront passer le week-end de Pâques sous cloche face à une « nouvelle pandémie » provoquée par le variant britannique du coronavirus, jugé plus létal et contagieux. Alors que le recours au vaccin AstraZeneca est crucial au moment où s’accélère la troisième vague de la pandémie en Europe, un institut américain a lancé un nouveau pavé dans la mare : le laboratoire suédo-britannique a pu utiliser des données « obsolètes » lors de ses essais cliniques aux États-Unis. Selon l’Institut national des maladies infectieuses et des allergies (NIAID), qui supervise des essais cliniques de vaccins aux États-Unis, cela peut « avoir abouti à une estimation incomplète de l’efficacité du vaccin ». AstraZeneca, pressé par l’institut de « rendre publiques au plus vite » les données « les plus précises, les plus récentes et les plus efficaces possibles », a indiqué qu’il fournirait sous 48 heures des données récentes au régulateur américain. AstraZeneca avait défendu lundi son vaccin, mis en doute par une bonne partie des Européens, affirmant qu’il était efficace à 80 % contre le Covid-19 chez les personnes âgées et n’augmentait pas le risque de caillots, après des essais cliniques de phase III menés aux États-Unis, avec 32 449 participants. Pour ces résultats, il a utilisé des données remontant à avant le 17 février, a-t-il précisé hier.
Plus de 126 000 morts en un an
Pays le plus endeuillé d’Europe, le Royaume-Uni s’est figé à 12h00 GMT lors d’une minute de silence en hommage à ses 126 000 victimes de la pandémie, un an jour pour jour après la mise en place du premier confinement dans le pays. Dans le cadre de cette « Journée de la réflexion », les Britanniques, qui vivent leur troisième confinement, étaient également invités à allumer une lumière sur leur pas de porte dans la soirée. En Allemagne, la décision a été annoncée au terme de près de douze heures de négociations entre la chancelière et les États-régions : la plupart des magasins seront fermés, les offices religieux annulés le week-end de Pâques, du 1er au 5 avril, et les rassemblements interdits.
Vacciner « matin, midi et soir »
« La situation est grave, très grave. Le nombre de cas augmente de manière exponentielle et les lits de soins intensifs se remplissent à nouveau », a souligné pour sa part Angela Merkel. Pire, l’Allemagne est entrée dans une « nouvelle pandémie » en raison de la propagation de nouveaux variants. « Nous avons un nouveau virus (...) il est beaucoup plus léthal, beaucoup plus infectieux et contagieux pendant beaucoup plus longtemps », a averti la chancelière. En France, où la vaccination est le « cœur de la bataille » selon Emmanuel Macron, quelque 35 « vaccinodromes » seront opérationnels les prochains jours. Il faut vacciner « au maximum », « matin, midi et soir », a résumé hier le président. Parallèlement, les chefs de la diplomatie russe et chinois ont fustigé hier la politique des Occidentaux en matière de vaccins contre le coronavirus, se défendant de leur côté de tout « opportunisme » et assurant ne chercher qu’à « sauver des vies ». Ces propos interviennent en pleine période de tensions autour de l’homologation du vaccin russe Spoutnik V dans l’UE, la Russie accusant Bruxelles de ralentir volontairement ce processus. Bruxelles accuse de son côté Moscou et Pékin d’« instrumentaliser les vaccins à des fins de propagande ».
Poutine se fait vacciner
Le président russe Vladimir Poutine, 68 ans, devait se faire vacciner hier dans la soirée, une annonce longuement attendue alors qu’il avait fait une promesse en ce sens en décembre, mais sans préciser s’il se ferait injecter le Spoutnik V, l’injection phare de Moscou, ou l’un des deux autres vaccins développés par le pays. L’Union européenne reste également divisée sur un durcissement des conditions d’exportation des vaccins fabriqués sur son territoire, une mesure qui devrait cibler AstraZeneca et qui alimente les tensions avec Londres, bien plus en avance dans sa campagne de vaccination. Les Vingt-Sept, en conflit avec le groupe suédo-britannique pour des livraisons nettement inférieures aux prévisions, se réunissent en sommet demain et vendredi. Ailleurs dans le monde, les efforts se poursuivent, avec plus ou moins de succès, pour tenter d’endiguer la pandémie, qui a fait au moins 2,723 millions de morts à ce jour, selon un bilan établi à partir de sources officielles. L’Ukraine a enregistré un record de décès quotidiens liés au coronavirus avec 333 morts, les autorités reconnaissant que la situation « s’aggrave » dans le pays où la vaccination est très à la traîne. En République tchèque, ce sont les réinfections qui inquiètent : le nombre de cas de personnes infectées deux fois recensés depuis le début de la pandémie est passé à 1 400 à la date du 28 février, contre 158 cas fin janvier.
Source : AFP


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