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Culture - Événement

La Quinzaine de la francophonie au Liban, « un acte politique d’une grande importance »

Une conférence de presse s’est tenue hier regroupant les ambassadeurs des pays francophones au Liban autour du ministre de la Culture pour lancer la Quinzaine de la francophonie, qui propose un programme autour du thème de la transmission.

La Quinzaine de la francophonie au Liban, « un acte politique d’une grande importance »

Distanciation physique entre les différents chefs de missions diplomatiques des pays francophones lors de la conférence de presse du lancement de la Quinzaine de la francophonie 2021 au palais de l’Unesco. Photo DR

« Comme d’habitude, chaque année, le ministère de la Culture au Liban consacre un mois entier à la langue française en organisant des événements en partenariat avec les ambassades francophones du pays et fête, le 20 mars, la Journée internationale de la francophonie. À cette occasion, le ministre de la Culture vous invite à participer à la conférence de presse prévue pour le lancement de ces activités, en présence des ambassadeurs des pays francophones et autres partenaires, mardi 16 mars 2021 à 13h, au palais de l’Unesco. » Impossible, à la lecture de ce communiqué de presse envoyé par l’Institut français à Beyrouth, de ne pas se frotter les yeux en ayant l’impression d’être dans un monde parallèle.

Le même jour, hier, la livre libanaise dépassait la barre des 15 000 livres libanaises pour un dollar sans que l’un de nos dirigeants ne cille. Et, plus précisément, pour peu qu’on ait suivi l’actualité locale de cette dernière année, on ne peut que s’être rendu compte d’à quel point le secteur culturel, toutes disciplines confondues, a été au moins négligé, sinon relégué au énième rang des priorités d’un ministère qui n’a pas offert ne serait-ce qu’un soutien moral aux artistes secoués par la crise économique, la crise sanitaire, et dont les studios et ateliers ont été profondément touchés par la double explosion du 4 août. Pas la moindre aide financière, pas une ébauche de plan de sauvetage, pas même un mot pour rappeler à ces artistes, qui sont au final des soldats comme des autres, qu’ils ne seront pas oubliés.

Interrogé à ce sujet par L’Orient-Le Jour, le ministre sortant de la Culture s’est défendu en indiquant que son ministère a toujours été « dynamique ». « Dans le contexte de la pandémie, il était difficile de maintenir les activités culturelles, mais cela ne veut pas dire que l’administration a chômé. Nous travaillons beaucoup sur la restauration des bâtisses endommagées par l’explosion du 4 août et la semaine dernière, nous avons lancé un Guide du musée de Beyrouth. » Et Abbas Mortada d’ajouter : « Aujourd’hui, nous insistons pour rencontrer nos partenaires francophones sous le slogan de la solidarité et de la coopération, dans le but de stimuler le mouvement culturel au Liban et pour donner d’une part une image civilisée autre que celle reflétée par l’amère réalité, et d’autre part pour réaffirmer l’appartenance nationale. La culture n’est pas un luxe, mais l’une des caractéristiques du Liban riche de son pluralisme et de sa diversité culturelle », a-t-il ajouté.

Un moment de partage

La Quinzaine de la francophonie, ce fort louable et très attendu rendez-vous annuel, met cette année le thème de la transmission au cœur de sa programmation, à l’heure où nous nous retrouvons repliés sur nous-mêmes, et en tous cas pris d’une infinie solitude. Un rendez-vous qui, comme l’a si bien souligné l’ambassadrice Anne Grillo, est un acte politique en soi. « Nous avons décidé de maintenir cet événement malgré la pandémie, malgré la crise qui bouleverse le Liban et vos vies. Ce rendez-vous à ce moment précis que vit votre pays dit notre désir de préserver un moment fort d’écoute, de partage, de rencontre. C’est aussi un acte politique. Un acte politique parce que quand on parle de francophonie, de langue française, de plurilinguisme, de diversité culturelle, de dialogue fécond entre les langues, on parle du Liban ; on parle de la pluralité et de la diversité qui font l’identité même du Liban, sa singularité dans la région et le monde. Or le risque existe aujourd’hui que l’effondrement brutal que vit ce pays emporte ce qui fait son identité, le socle de sa stabilité et de sa paix. Chers amis, dans ce contexte plein de défis, sachez combien célébrer cette francophonie aujourd’hui est donc important », a estimé la chef de la mission diplomatique française au Liban.

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Pour ce faire, dans le cadre de son édition 2021, la Quinzaine de la francophonie présente une série de rencontres avec des enseignants, des étudiants et des écrivains qui œuvrent à protéger ce trait d’union entre les pays qui ont le français en partage et le Liban, à travers le flambeau des valeurs de la francophonie, à savoir la démocratie, l’État de droit, la gouvernance inclusive, la solidarité et le respect des droits de la personne, comme l’ont souligné tour à tour les chefs des missions diplomatiques présents à la conférence de presse au palais de l’Unesco, autour du ministre sortant. On notait en effet la présence des ambassadeurs/rices Anne Grillo (France), Chantal Chastenay (Canada), Monika Schmutz Kirgöz (Suisse), Hubert Cooreman (Belgique), Vahagn Atabekian (Arménie), Mhammed Grine (Maroc), Bouraoui Limam (Tunisie), ainsi que le directeur régional de l’AUF-Moyen-Orient, Jean-Noël Baléo, et la représentante de l’ambassade d’Égypte Cheryne el-Chehabi.

Cinéma, livres, art et débats

Un programme exhaustif donc, qui englobe le cinéma, la littérature, les arts visuels et le monde du numérique pour cette Quinzaine francophone et numérique.

L’Institut français du Liban présente d’abord, côté cinéma, des œuvres qui interrogent la francophonie en dehors des frontières de la France. Ils sont proposés en streaming jusqu’au 10 avril (Corniche Kennedy de Dominique Cabrera, Lulu femme nue de Solveig Anspach et Caméra d’Afrique de Férid Boughedir) à travers le lien https://ifcinema.institutfrancais.com/fr/streaming/alacarte ; ou en projection à la salle Montaigne à Beyrouth (Tout en haut du monde de Rémi Chayet le 24 mars à 18h et Un divan à Tunis de Manele Labidi le 25 mars à 19h). Côté littérature, on recommande la rencontre avec Sabyl Ghoussoub, auteur de Beyrouth entre parenthèses (Éd. L’antilope, 2020) et détenteur de la mention spéciale du prix littéraire France-Liban 2020 de l’Adelf. La rencontre sera animée par l’écrivaine et critique littéraire Georgia Makhlouf ; ainsi que les deux webinaires portant sur la francophonie d’hier, d’aujourd’hui et de demain au Liban, les 26 et 27 mars (accessibles par Zoom, meeting ID : 846 5283 6895 | passcode : 216228). La jeunesse prendra également part à cette programmation, à la faveur entre autres de rencontres organisées entre six auteurs jeunesse et des élèves de 66 écoles libanaises. Enfin, côté arts visuels, ce mois de la francophonie se penchera sur la manière dont la langue française a influencé l’espace public libanais, notamment par le biais des enseignes héritées du mandat français. Pour ce faire, l’Académie libanaise des Beaux-Arts (Alba) a invité ses étudiants à aller glaner les traces de la langue française sur la devanture des boutiques, les porches des immeubles ou les panneaux publicitaires, avec lesquelles ils ont assemblé une banque d’images à la fois drôles et poétiques. Ces images feront l’objet d’une exposition virtuelle qui sera présentée sur les réseaux sociaux du 19 au 27 mars 2021. Bref, de quoi continuer à conserver ces ponts essentiels entre la France et le Liban, mais seulement à condition qu’on arrête de tourner le dos à nos artistes locaux.

L’ambassadrice de France Anne Grillo : « Dans ce contexte plein de défis, sachez combien célébrer cette francophonie aujourd’hui est donc important. » Photo DR

Grands débats

Le directeur régional de l’AUF-Moyen-Orient, Jean-Noël Baléo, a exprimé la volonté de l’agence de faire rayonner la francophonie et ses valeurs humaines et culturelles tout en soulignant son ambition opérationnelle de peser sur les grands débats de société et de répondre présent pour aider la jeunesse à surmonter certains défis.

« C’est ainsi que le choix a été conduit, dans un contexte de crise peu propice cette année aux célébrations festives, de resserrer les manifestations autour de la littérature, avec une programmation exceptionnelle d’interventions et d’échanges avec de grands écrivains francophones, et autour d’enjeux spécifiques liés à la presse francophone, ou encore à l’employabilité et à l’insertion professionnelle des jeunes diplômés », a indiqué M. Baléo.

À noter donc pour le 18 mars une table ronde intitulée « Le journalisme francophone au Moyen-Orient, pratiques et défis ».

Par ailleurs, le campus numérique francophone, une implantation de l’AUF à Tripoli, organise le 20 mars une table ronde virtuelle intitulée « Améliorer l’employabilité des jeunes diplômés par les “soft skills” ou “compétences transversales” », en partenariat avec l’Université libanaise.

Enfin, l’AUF-Moyen-Orient organise du 15 au 25 mars une série de 7 webinaires en partenariat avec l’Académie Goncourt et les Instituts français de la région, une série exceptionnelle de sept webinaires sur le thème « Parcours littéraires – La francophonie proche » autour des auteurs de la deuxième sélection du prix Goncourt 2020.

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Zahi Haddad au cœur de la Suisse et du monde

Dans son allocution, l’ambassadrice du Canada Chantal Chastenay a souligné la collaboration cette année entre l’ambassade et l’association Assabil, dans le cadre d’un projet qui dépasse les frontières du confinement pour porter la francophonie à des élèves libanais d’établissements publics francophones, au cœur de leurs domiciles, du 21 au 25 mars.

La Suisse organise pour sa part une conférence en ligne le 23 mars autour de l’ouvrage de Zahi Haddad 126 battements.

Parmi les activités culturelles organisées par le ministère de la Culture en collaboration avec des partenaires, soulignons un concert organisé en collaboration avec le Conservatoire national supérieur de musique-quatuor de l’Orchestre philharmonique libanais – diffusé en streaming – le 18 mars 2021 au Musée national de Beyrouth. Le lancement d’un concours d’écriture autour du thème « La transmission de la langue française », en collaboration avec le ministère de l’Éducation nationale pour les élèves du cycle secondaire, qui s’étendra sur 15 jours. Des prix sont prévus pour les auteurs des textes retenus lors d’une cérémonie dont la date sera annoncée ultérieurement. À signaler également une rencontre virtuelle avec l’écrivain Alexandre Najjar autour du thème « La francophonie : lecture et écriture » le 22 mars 2021 à 11h. Et un webinaire organisé par la commission nationale de l’Unesco sur le thème de « La francophonie de demain » le vendredi 19 mars à 17h30.


« Comme d’habitude, chaque année, le ministère de la Culture au Liban consacre un mois entier à la langue française en organisant des événements en partenariat avec les ambassades francophones du pays et fête, le 20 mars, la Journée internationale de la francophonie. À cette occasion, le ministre de la Culture vous invite à participer à la conférence de presse prévue pour le...

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UN EVENEMENT D,IMPORTANCE MAJEURE POUR LA FRANCOPHONIE ET POUR LE LIBAN.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

15 h 06, le 17 mars 2021

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Commentaires (2)

  • UN EVENEMENT D,IMPORTANCE MAJEURE POUR LA FRANCOPHONIE ET POUR LE LIBAN.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    15 h 06, le 17 mars 2021

  • La différence entre une pomme de terre et le libanais moyen? La pomme de terre, au moins, elle est cultivée...

    Gros Gnon

    13 h 42, le 17 mars 2021

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