Des réfugiés éthiopiens se réunissent pour célébrer le 46e anniversaire du Front de libération du peuple du Tigré au camp de réfugiés d’Um Raquba à Gedaref, dans l’est du Soudan, le 18 février 2021. Photo AFP
Les autorités de la région éthiopienne de l’Amhara ont rejeté hier les accusations de « nettoyage ethnique » mené par leurs troupes au Tigré, termes utilisés publiquement la veille pour la première fois par le secrétaire d’État américain Antony Blinken. En début de semaine, des responsables de l’administration intérimaire mise en place par le gouvernement éthiopien au Tigré, région du nord de l’Éthiopie en proie à des combats depuis novembre, ont accusé des forces de l’Amhara voisine d’avoir expulsé des milliers de Tigréens de terres de l’ouest du Tigré, revendiquées par l’ethnie amhara. Lors d’une audition parlementaire mercredi, le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, a dénoncé des « actes de nettoyage ethnique » dans l’ouest du Tigré et évoqué la présence de forces venues d’Érythrée et de l’Amhara, qui « doivent partir ». Addis Abeba et Asmara nient toute présence de forces érythréennes au Tigré, accusées de massacres et de viols. Le porte-parole du gouvernement régional de l’Amhara, Gizachew Muluneh, a qualifié de « propagande » les propos faisant état de nettoyage ethnique et de déplacements de population à grande échelle au Tigré. « Quelques Tigréens ont pu être déplacés, un petit nombre », a-t-il déclaré. « Il n’y a pas de forces amhara dans la région du Tigré », a-t-il ajouté. « Si le secrétaire (Blinken) parle de ces zones, ces zones ne sont pas tigréennes. Nos forces ne sont pas dans des zones tigréennes, mais plutôt dans la région de l’Amhara. Voici notre réponse », a-t-il insisté. Le Premier ministre Abiy Ahmed, lauréat du prix Nobel de la paix 2019, a lancé le 4 novembre une opération militaire au Tigré pour renverser les autorités du parti au pouvoir dans cette région, le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), dont il accusait les forces d’avoir attaqué des bases de l’armée fédérale. Il s’est appuyé sur des forces régionales venues d’Amhara, région qui borde le sud du Tigré, pour sécuriser de vastes zones du Tigré après le retrait du TPLF. Des responsables amhara ont été chargés de mettre en place des administrations intérimaires dans plusieurs localités. Depuis la Constitution de 1994, l’Éthiopie est composée de dix régions administratives semi-autonomes, découpées selon des critères ethnolinguistiques.
Beaucoup d’Amhara estiment que le TPLF, qui a dominé le pouvoir fédéral en Éthiopie de 1991 à 2018, a abusivement intégré au Tigré des zones fertiles qu’ils habitaient et qu’ils estiment historiquement amhara.
Fin février, le New York Times a cité un rapport interne du gouvernement américain faisant état de « nettoyage ethnique » dans l’ouest du Tigré et de villages entiers ayant disparu, dans une volonté de rendre cette zone « homogène ethniquement à travers une utilisation organisée de la force et de l’intimidation ». Le cabinet du Premier ministre Abiy a renvoyé hier les journalistes vers le ministère des Affaires étrangères qui n’a pas répondu dans l’immédiat à une demande de commentaires. M. Abiy a proclamé la victoire au Tigré fin novembre, après la prise de la capitale régionale Mekele, mais les dirigeants du TPLF restent en fuite et des combats se poursuivent.Dans une déclaration postée sur Twitter par un haut responsable du TPLF, Getachew Reda, les autorités déchues du Tigré ont salué hier « la position de principe » de Washington « contre les crimes de guerre et toutes les formes d’impunité » et promis de continuer le combat « jusqu’à ce que notre peuple soit complètement libéré de l’occupation ».
Source : AFP


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