Megan Thee Stallion est la possible « révélation de l’année » des Grammy Awards ce dimanche. Suzanne Cordeiro/AFP
Pendant trop longtemps, les Grammy Awards dans la catégorie rock ont été synonymes de testostérone, mais cette année, les femmes ont réussi à faire entendre leur voix et ont confisqué le micro.
Pour la première fois depuis la création de la catégorie « meilleure performance rock » en 2012, les femmes – ou des groupes menés par des femmes – monopolisent toutes les nominations : Fiona Apple, Phoebe Bridgers, le groupe formé par les trois sœurs Haim, Brittany Howard, Grace Potter et Big Thief, groupe emmené par la virtuose Adrianne Lenker. C’est la meilleure des réponses qu’elles pouvaient opposer aux déclarations de Neil Portnow, ancien directeur de l’Académie des arts et des sciences de l’enregistrement qui décerne les Grammys. Il avait affirmé que les femmes devaient « passer à la vitesse supérieure », pour tenter de justifier que peu d’entre elles avaient obtenu des récompenses lors de l’édition 2018... Pas de hasard : cette année, Adrianne Lenker, Fiona Apple, Brittany Howard et Phoebe Bridgers sont aussi toutes en lice pour le Grammy Award de la « meilleure chanson rock », et les trois dernières ont également une nomination pour le meilleur album alternatif. Grace Potter est de son côté candidate au meilleur album rock.
Les femmes sont au cœur du rock depuis ses débuts, à l’instar de l’incroyable pionnière du blues Big Mama Thornton qui fut la première à enregistrer Hound Dog, un tube pourtant aujourd’hui associé à Elvis Presley. C’est que vers le milieu du XXe siècle, ce genre musical « a été assez rapidement noyauté par les hommes », explique Evelyn McDonnell, chercheuse spécialisée dans la pop culture, la musique et le genre. « Vous pouviez vraiment voir cette division ainsi, les garçons avec les guitares faisaient du rock alors que les filles avec leurs permanentes, c’était la Motown ou de la pop », poursuit cette professeure à l’université Loyola Marymount. « C’est toute cette façon de faire sexiste par laquelle le rock se définit comme des hommes blancs avec des guitares », dit-elle.
Cette année, Grace Potter est candidate au meilleur album rock lors des Grammy Awards ce dimanche. Matthew Eisman/Getty Images/AFP
Country et rap aussi
Les femmes n’ont jamais cessé de marquer le rock de leur influence, à l’image de Patti Smith, Kim Gordon (Sonic Youth), Stevie Nicks (Fleetwood Mac), Debbie Harry (Blondie) ou Courtney Love (Hole). Pourtant, les récompenses rock aux Grammy Awards ont souvent opéré une distinction entre hommes et femmes, la Recording Academy ne fusionnant les deux catégories qu’occasionnellement en invoquant, certaines années, un nombre insuffisant de vedettes féminines. Il aura fallu attendre 2012 pour que les Grammys du rock, de la pop, du R&B et de la country soient attribués sans distinction de genre. Depuis lors, seule une femme l’a emporté dans la catégorie de la meilleure performance rock : Brittany Howard, primée alors en tant que meneuse du groupe Alabama Shakes.
L’Académie des Grammys a souvent été accusée de privilégier les artistes blancs et masculins au détriment de tous les autres, et a semblé tarder à prendre conscience du problème. Les choses sont en train de changer, et pas seulement dans le rock : les femmes sont aussi montées en puissance dans la country, courant musical traditionnellement conservateur et viril. Cette année, quatre femmes sont en compétition pour le Grammy du meilleur album country, aux côtés d’un groupe mixte. Quant au rap, très longtemps dominé par une mentalité machiste, il a lui aussi été pris d’assaut par des femmes. Cardi B a remporté le prix du meilleur album rap en 2019 et Megan Thee Stallion, possible « révélation de l’année » aux Grammys ce dimanche, « ne laisse pas beaucoup d’oxygène aux gars », estime Evelyn McDonnell.
Publiée seulement quelques jours avant la soirée des Grammy Awards, qui sera essentiellement virtuelle cette année à cause de la pandémie, une étude d’une université californienne montre que la place des femmes dans l’industrie musicale peine à évoluer. Les artistes féminines représentaient environ 20 % des titres classés dans le palmarès Billboard en 2020, selon le think tank Annenberg Inclusion Initiative de l’université USC. L’étude a également analysé les artistes sélectionnés aux Grammys entre 2013 et 2021 : seules 13,4 % en moyenne étaient des femmes, bien que cette proportion ait nettement progressé cette année. L’Académie des Grammys a annoncé récemment lancer une étude semblable dans le but d’améliorer la représentation des femmes. « J’espère qu’il s’agit d’un vrai changement de mentalité, et pas seulement une parenthèse furtive liée à de la discrimination positive », lance Evelyn McDonnell, pour qui le changement ne s’est que trop fait attendre.
Maggy DONALDSON/AFP
Pour la première fois depuis la création de la catégorie « meilleure performance rock » en 2012, les femmes – ou des groupes menés par des femmes – monopolisent toutes les nominations : Fiona Apple, Phoebe Bridgers, le groupe formé par les trois sœurs Haim, Brittany Howard, Grace Potter et Big Thief, groupe emmené par la virtuose Adrianne Lenker. C’est la meilleure des réponses qu’elles pouvaient opposer aux déclarations de Neil Portnow, ancien directeur de l’Académie des arts et des sciences de l’enregistrement qui décerne les Grammys. Il avait affirmé que les femmes devaient « passer à la...


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