Rechercher
Rechercher

Nos Lecteurs ont la Parole

Le nœud gordien : le mythe et notre réalité

Il y a 2 500 ans la mythologie nous rapportait la légende du nœud gordien. Le roi de Phrygie meurt sans héritier. Un oracle prédit que la première personne qui arrivera à la ville sur un char à bœufs serait fait roi. Le premier qui se présenta fut le paysan Gordion. Avant de monter sur le trône, il attacha ensemble le timon et le joug de son char avec un nœud inextricable.

Dans l’Empire perse, le char était le symbole de la royauté et de la divinité. L’oracle avait prédit que celui qui arriverait à défaire le nœud régnerait sur l’Asie. En 333 avant Jésus-Christ arrive Alexandre le Grand et ne pouvant défaire le nœud, il va le trancher avec son épée. Alexandre va ainsi régner sur l’Asie.

Dans notre Liban tiraillé, disloqué, tout est crispé et à l’arrêt. Notre nœud est entre les mains de la Perse, d’une part, et l’Amérique et d’autres puissances, d’autre part.

Nos décideurs rivalisent d’insuffisances. Que n’a-t-on pas dit pour les décrire, corrompus incapables, et entêtés. Incapables de former un gouvernement pour bien gouverner le pays. Bien gouverner implique des choix d’avenir pour le bien commun, épurer l’administration corrompue, retrouver l’argent des déposants qui s’est envolé ou plutôt bien volé, redresser le pays qui croule sous une dette de plus de 100 milliards de dollars.

Sans rester dans le flou, les décideurs sont tous responsables. Ce sont des ventripotents soucieux de leurs intérêts et de la pérennité de leur pouvoir. Chaque humain présente des caractéristiques émotionnelles, intellectuelles et rationnelles qui dynamisent leurs décisions. On retrouve l’égoïste, l’ambitieux, l’impulsif, le renfermé et celui de la pensée rigide. Nos responsables sont avides de pouvoir, querelleurs et affairistes. Il y a des personnes engagées et passionnées pour une cause, une idéologie. Cela peut fédérer et trouver beaucoup d’adeptes abusés et exploités qui les suivent. Ils n’ont pas d’intérêt ni pour la gestion sociale ni la recherche du bien public. La sensibilité des politiciens est viciée. Impossible pour eux de se rapprocher, de dialoguer et, enfin, de s’entendre. Notre nœud gordien est l’impossible formation d’un gouvernement. On est condamné à subir un gouvernement démissionnaire incapable de gérer les affaires courantes et on s’étonne que le peuple réagisse et envahisse la rue. Les besoins les plus élémentaires sont inexistants : aliments, santé, écoles, sécurité. Quant aux questions idéologiques, les divergences sont flagrantes. À ce niveau il n’y a que le dialogue serein, rationnel, qui peut faire aboutir à un espace d’entente. Certains choisissent l’entêtement, la vision unique et cela de façon passionnelle. Comme si les responsables avaient abusé de la prise d’une « potion magique » aliénante. Cette pensée dominante dans chaque groupe altère leur discernement et leur part rationnelle. Si on ajoute une touche sacrée, on tombe dans une marée qui se rapproche de la « théomanie ». Nos ténors de la bêtise et du mensonge noyés dans l’arrogance et la paranoïa ont entraîné le pays dans un état d’« anomie » (une disparition des normes sociales et dévoiement). C’est un suicide social où chaque groupe se barricade dans ses convictions. Même la justice se trouve entraînée dans ce dévoiement. Certains juges au lieu de rendre justice se mettent à rendre service. On doit leur rappeler la réponse de Me Robert Badinter au président François Mitterrand qui l’avait nommé président du Conseil constitutionnel : « M. le Président, je vous remercie de votre confiance, j’aurai à votre égard, dès ce jour, un devoir d’ingratitude. » Cette insuffisance des responsables empêche la formation d’un gouvernement qui organisera le pays. Entre la Perse et les États-Unis, l’histoire se répète comme il y a 2 500 ans. Qui coupera le nœud gordien ? Le peuple libanais peut-il passer d’une « haine platonique » à une certaine entente rationnelle ? Avec des responsables illuminés et toxiques, l’espoir est très limité. En fait, si la recherche du pouvoir implique un certain opportunisme, la pratique du pouvoir nécessite de la noblesse, de la hauteur d’esprit et de l’honnêteté.

À ce jour, nos révoltés sont capables de corriger beaucoup de dérapages. Un dialogue serein peut faire aboutir une vision loin des errements et des déviances. La flamme des jeunes, leur capacité créatrice, leur dynamisme pourront s’éclairer par la lumière du savoir loin des passions destructrices. La force d’un dialogue, la liberté nous feront retrouver la dignité humaine. Une concertation sous l’égide des Nations unies nous aidera à trouver une certaine paix, loin des pays vautours à l’extérieur et loin des responsables pervers de l’intérieur. Évitons le slogan de Pol Pot, au Cambodge (les Khmers rouges) : « Celui qui proteste est un ennemi, celui qui s’oppose est un cadavre. »

Les Libanais libres sont capables de relever le défi en refusant toute dictature, en engageant un dialogue responsable, honnête et apaisé. En s’indignant.

Dr Adel AKL

Psychiatre, psychanalyste

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.


Il y a 2 500 ans la mythologie nous rapportait la légende du nœud gordien. Le roi de Phrygie meurt sans héritier. Un oracle prédit que la première personne qui arrivera à la ville sur un char à bœufs serait fait roi. Le premier qui se présenta fut le paysan Gordion. Avant de monter sur le trône, il attacha ensemble le timon et le joug de son char avec un nœud inextricable.Dans...

commentaires (0)

Commentaires (0)

Retour en haut