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Politique - Décryptage

Négociations maritimes : la délégation libanaise attend les mesures officielles... et le consensus politique

Négociations maritimes : la délégation libanaise attend les mesures officielles... et le consensus politique

La carte qui montre les différences entre les quatre lignes, celle du Liban avec les 860 km2, celle des Israéliens, celle de la ligne Hoffe et la dernière ligne présentée par la délégation libanaise qui comprend en plus 1 430 km2.

Alors que les Libanais sont plongés dans les crises du quotidien, un dossier reste en suspens et attend un déblocage : celui des négociations sur le tracé des frontières maritimes. Celles-ci avaient commencé en force l’an dernier, après l’annonce par le président de la Chambre Nabih Berry de l’accord-cadre en octobre 2020. À cette époque, il avait été dit que le processus devait avancer rapidement et les spéculations avaient commencé à se multiplier sur la position du Hezbollah qui, disait-on, avait donné son aval. Mais au bout de la quatrième séance (elles se sont tenues à Naqoura), le processus a été suspendu, suite à une prise de position de la délégation libanaise, qui avait pris de court les Israéliens et les médiateurs américains.

La délégation nationale avait en effet outrepassé la revendication traditionnelle sur les 860 km2 litigieux (dans les blocs 8 et 9) entre le Liban et Israël pour évoquer, selon des cartes précises, le droit du Liban sur 1 430 km2 supplémentaires, qui englobent notamment le fameux bloc Karish, dont les Israéliens ont déjà confié la prospection et même l’exploitation à une compagnie grecque. La nouvelle revendication libanaise avait alors irrité les Américains, qui avaient exprimé leurs reproches aux responsables, et poussé les Israéliens à se rétracter.

Comme d’habitude, les parties politiques libanaises se sont montrées partagées sur la question, certaines appuyant à fond la délégation officielle et d’autres estimant que la nouvelle position a provoqué le blocage du processus, au moment où le Liban a particulièrement besoin de nouvelles perspectives économiques pour sortir de la crise dans laquelle il se débat.

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Des sources qui suivent de près ce dossier exposent l’ensemble du processus. Selon elles, il faut d’abord savoir que contrairement aux frontières terrestres, il n’y a jusqu’à présent aucun tracé des frontières maritimes libanaises. En 2007, le gouvernement présidé par Fouad Siniora avait signé un accord avec Chypre sur le tracé des frontières maritimes entre les deux pays. En 2008, les commissions parlementaires des Affaires étrangères, de la Défense et des Travaux publics se sont réunies pour étudier les frontières maritimes. Elles ont achevé leurs travaux en 2009 en adoptant au Sud la ligne 23, avec la Syrie le point dit 17-7 et avec Chypre la ligne 23. En 2010, le gouvernement présidé par Saad Hariri a envoyé à l’ONU un document dans lequel le Liban retenait la ligne 23. Mais pour officialiser cette position, il faut une loi. En 2011, le gouvernement présidé par Nagib Mikati adopte une loi à ce sujet datée du 18 août 2011.

Dans cette loi, il est dit que les frontières seront délimitées par un décret d’application. Le 11 octobre 2011, le décret est publié et il confirme le travail et les conclusions du gouvernement Siniora et la démarche du gouvernement Hariri.

Toutefois, avant d’adopter la loi, le gouvernement Mikati avait fait appel à une société britannique spécialisée dans les hydrographies, le cabinet Le Bœuf. C’était d’ailleurs un des plus grands cabinets internationaux spécialisés dans le tracé des frontières maritimes. Ce cabinet a envoyé son rapport au gouvernement libanais le 17 août 2011, c’est-à-dire un jour avant l’adoption de la loi. Dans son rapport, le cabinet Le Bœuf affirme que la ligne 23 retenue par le Liban est fausse, il y en a deux autres plus exactes et il propose de procéder à une étude plus approfondie. Le cabinet Le Bœuf s’est basé dans ses conclusions sur les données fournies par le UKHGO (United Kingdom Hydro Graphic Office), l’institut hydrographique britannique qui fournit les données aux marins et organisations maritimes du monde entier. Mais le Liban n’a pas donné suite à cette demande. Le rapport a-t-il été soumis au Conseil des ministres ? Nul ne répond à cette question, mais, si c’est le cas, il devrait y avoir un procès-verbal de cette réunion.

L’armée en tout cas n’a eu vent de l’existence de ce rapport que quelques mois plus tard, après l’adoption de la loi et du décret d’application.

En 2014, l’armée libanaise a créé son propre bureau hydrographique et au bout de quatre ans de préparation, il entrait officiellement en fonction à partir de 2018. Il a d’ailleurs rejoint l’Organisation hydrographique internationale (OHI). Ce bureau commence à constituer un dossier sur les frontières maritimes qui est achevé en 2019 et dans lequel les conclusions du rapport du cabinet Le Bœuf sont reprises. Une fois le dossier achevé, l’armée l’a remis au Conseil des ministres. Ce qui signifie que les responsables ne peuvent pas prétendre avoir été surpris par la revendication de la délégation libanaise, qui permet au Liban de réclamer 1 430 km2 supplémentaires.

D’ailleurs, la délégation libanaise regroupe, outre les officiers, l’expert Nagib Massihi qui a longtemps travaillé auprès de la Cour internationale de justice sur le dossier des frontières maritimes. Il avait même fait gagner au Costa Rica ses revendications dans un dossier similaire.

Pourquoi, au lieu de serrer les rangs autour de la délégation libanaise, certaines voix s’élèvent-elles pour critiquer sa position ? La question mérite d’être posée, car il suffirait que le Liban amende le décret publié en 2011 et l’envoie aux Nations unies pour que sa position soit plus solide. Selon les sources précitées, auprès de l’ONU, tout document envoyé unilatéralement (ce qui est le cas du décret de 2011) peut être retiré et remplacé. Le Liban devrait donc agir rapidement et pour cela il faudrait soit une réunion du Conseil des ministres démissionnaire pour amender le décret, soit que le décret amendé soit signé par les ministres concernés, le président du Conseil et le chef de l’État avant d’être envoyé à l’ONU.

À la question de savoir pourquoi les différentes parties politiques n’appuient pas la position de la délégation libanaise, les sources qui suivent le dossier présentent différentes explications. Il se pourrait ainsi que pour certaines d’entre elles, le souci principal soit de ne pas reconnaître l’erreur commise dans le passé et d’essayer de la couvrir. Une autre explication serait qu’il s’agit essentiellement de régler de petits comptes politiques, comme c’est souvent le cas au Liban, ou encore le souci de ne pas vouloir braquer les Américains, qui jusqu’à présent appuient la position des Israéliens.

Toujours selon les sources précitées, les Israéliens ont pu convaincre les Américains que le Liban compte négocier au sujet des 860 km2 conflictuels pour finalement revenir à la ligne Hoffe qui donne au Liban près de 60 % de ces 860 km2 laissant aux Israéliens les 40 % restants. En présentant cette nouvelle ligne réclamant pour le Liban 1 430 km2 supplémentaires, et qui existe depuis 2011 dans ses tiroirs, le Liban a renversé l’équation : il considère que les 860 km2 litigieux sont acquis et négocie une superficie en plus. C’est désormais aux Israéliens de prouver que cette revendication n’est pas justifiée...

Pour la délégation libanaise, il s’agit en tout cas d’une question de droits nationaux qui doit être dissociée des questions politiques et, par conséquent, faire l’objet d’un consensus national...


Alors que les Libanais sont plongés dans les crises du quotidien, un dossier reste en suspens et attend un déblocage : celui des négociations sur le tracé des frontières maritimes. Celles-ci avaient commencé en force l’an dernier, après l’annonce par le président de la Chambre Nabih Berry de l’accord-cadre en octobre 2020. À cette époque, il avait été dit que le processus...

commentaires (7)

LE RESULTAT C,EST QUE IL N,Y AURA PAS D,ACCORD. LE LIBAN PERD CAR IL NE PEUT PAS FAIRE APPEL A DES SOCIETES DE FORAGE DANS DES LOTS NON CONFIRMES PAR LES VOISINS. TANDIS QU,ISRAEL EXPLOITE SES LOTS DEPUIS DES ANS. ET LE LIBAN NE PEUT PAS AVANCER. FALLAIT PAS COMMENCER DES NEGOCIATIONS SUR LES 860 KM2 NI AVOIR AGREE AVEC CHYPRE SUR LA LIGNE 23. BERRY JUSQU,AUJOURD,HUI EST PARTISAN DES 860KM2.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

12 h 39, le 24 février 2021

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Commentaires (7)

  • LE RESULTAT C,EST QUE IL N,Y AURA PAS D,ACCORD. LE LIBAN PERD CAR IL NE PEUT PAS FAIRE APPEL A DES SOCIETES DE FORAGE DANS DES LOTS NON CONFIRMES PAR LES VOISINS. TANDIS QU,ISRAEL EXPLOITE SES LOTS DEPUIS DES ANS. ET LE LIBAN NE PEUT PAS AVANCER. FALLAIT PAS COMMENCER DES NEGOCIATIONS SUR LES 860 KM2 NI AVOIR AGREE AVEC CHYPRE SUR LA LIGNE 23. BERRY JUSQU,AUJOURD,HUI EST PARTISAN DES 860KM2.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    12 h 39, le 24 février 2021

  • Très intéressant, mais le hic dans l’histoire comme dans chaque projet qui tend à sauver notre pays, HB et Berry sont la pour le torpiller. Ils savaient à l’avance qu’ils sortiraient ces km supplémentaires comme élément de blocage et ont attendu leur moment pour semer le doute et agacer pour que toute négociation soit bloquée. Ils ne sont pas à leur première tentative de saper toutes les solutions. Le pire c’est que certains négociateurs marchent dans leur combine et croient pouvoir extorquer des Km supplémentaires alors que les 860km n’étaient déjà pas garantis. En fin de compte le Liban n’aura rien et continuera à dépendre des pays étrangers en mendiant et ces pays se donneront le droit d’interférer dans ces affaires intérieures puisque mécènes et lui toujours mendiant. C’est ça le but des vendus.

    Sissi zayyat

    11 h 40, le 24 février 2021

  • TYPIQUE ! comme pour le drame du 4 aout,nous faisons face a 2 volets distincts , l'un tres clair confirme le manque de responsabilite, la nonchanlance,l'ignorance de tous ceux qui avaient "travaille ce dossier", l'autre politique peut etre? qui devra expliquer si il y avait une decision precise qui voulait que nous en arrivions a cette situation !

    gaby sioufi

    11 h 37, le 24 février 2021

  • Les différentes parties politiques n’appuient pas la position de la délégation libanaise, car elle n'est pas convaincante. Il y a grande dose de mauvaises foi. Vous auriez dû consacrer une partie de votre article à énumérer les répercussions néfastes sur le Liban en repoussant l'extraction du gas indéfiniment.

    Zovighian Michel

    09 h 08, le 24 février 2021

  • Très intéressant avec beaucoup de détails illuminant notre manque de connaissances dans le domaine du droit maritime entre les nations. Ce qui est dommage c'est que, comme vous le soulignez si bien, les politiciens Libanais ne pensent qu'a leur petite personne et rares sont ceux qui mettent l’intérêt du pays en avant. Vous verrez qu'ils préféreront perdre les 860 km parce que les parties adverses en auront marre d'attendre que ces messieurs décident. De plus, si je comprends bien, Israël a déjà octroyé certaines concessions a une société Grecque dans la région basé sur les précédentes déclarations et accords déjà signé par le Liban. Il se peux que la aussi nous tombons sur un os car il nous faudra compenser tous les frais déjà déboursés et ça chiffre a coûts de centaines de millions que le Liban n'a pas... Erreurs sur erreurs et c'est au final le peuple qui en pâtit.

    Pierre Hadjigeorgiou

    08 h 48, le 24 février 2021

  • Même si la nouvelle carte traînait dans les tiroirs depuis 2011, c'est surla base des 860km2 que les négociations ont été entreprises. Voir les négociateurs libanais sortir un lapin de leur chapeau a pu légitimement surprendre les américains et israéliens. Aux explications donnés ici pour le retard, il en existe une autre qui me semble probable. Exactement comme pour celles avec le FMI, le Hezbollah a donné son accord pour les négociations, à condition qu'elles n'aboutissent JAMAIS.

    Yves Prevost

    07 h 51, le 24 février 2021

  • Intéressante cette carte. Vu comme ça c'est vrai que le point 1 revendiqué par Israël est un peu élevé. En ce qui concerne Chypre, c'est peut-être un effet d'optique mais j'ai l'impression que les lignes délimitant la zone chypriote sont assez proches du littoral du Liban et d'Israël par rapport à la position géographique de Chypre. Ce serait bien d'avoir une carte plus large de tout ce côté oriental de la Méditerranée.

    Robert Malek

    02 h 18, le 24 février 2021

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