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Société - Enquête sur les explosions du port

« Ce n’est pas à chaque fois qu’on convoque un responsable politique qu’on va tout reprendre à zéro ! »

Devant le Palais de justice de Beyrouth, les proches des victimes ont été rejoints hier par plusieurs formations de l’opposition.

« Ce n’est pas à chaque fois qu’on convoque un responsable politique qu’on va tout reprendre à zéro ! »

Des protestataires brandissent des photos de leurs proches qui ont péri dans les explosions du port de Beyrouth, le 4 août 2020, lors d’une manifestation hier. Mohamed Azakir/Reuters

La colère des proches des victimes de la double explosion au port de Beyrouth n’est pas près de retomber. Au lendemain du dessaisissement du juge Fadi Sawan, une centaine de personnes ont manifesté hier, pour le second jour consécutif, devant le Palais de justice de Beyrouth et brûlé des pneus, dans une tentative de faire pression sur les autorités et de dénoncer les atermoiements dans l’enquête. Quelques-uns d’entre eux ont été reçus dans la matinée par le président du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), Souheil Abboud, qui leur a assuré que le remplaçant du juge Sawan mènerait avec « sérieux et courage » sa mission. Mais les proches des victimes craignent que le départ du juge Sawan ne sonne le glas de l’enquête.

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« Nous avons été reçus par le juge Abboud, et il nous a promis de nommer un nouveau juge cette semaine, racontait à L’Orient-Le Jour, quelques heures avant la nomination du juge Tarek Bitar pour remplacer Fadi Sawan (voir par ailleurs), Youssef Maoula, dont le fils Kassem a été tué le 4 août dernier alors qu’il se trouvait sur son lieu de travail, au port de Beyrouth. « Si nous ne sommes pas satisfaits du déroulement de l’enquête, nous sommes prêts à obtenir réparation par nos propres moyens », a menacé Youssef, avant d’ajouter : « Nous n’hésiterons pas à paralyser le pays entier pour connaître la vérité, nous accusons tout le monde, du président Aoun jusqu’au plus petit fonctionnaire. »

Des proches de victimes effondrées lors du rassemblement d’hier. Mohamed Azakir / Reuters

« Ils nous ont tués une seconde fois « 

Devant le Palais de justice, les familles des victimes n’hésitent pas à exprimer leur lassitude et leur frustration face au revers que constitue le départ du juge Sawan. « Si cette enquête n’aboutit pas, je pense qu’on pourra dire adieu au Liban », soupire Rima Zahed qui faisait partie de la délégation qui a rencontré Souheil Abboud. Son frère Amine, un père de famille de 43 ans, a été tué dans la double déflagration du 4 août. Jeudi soir, une dizaine de familles s’étaient déjà rassemblées devant le Palais de justice de Beyrouth pour appeler au maintien de Sawan à son poste, quelques heures après l’annonce de son dessaisissement par la Cour de cassation.

Tharwat Noureddine, dont le frère Ayman, un militaire de 27 ans, a péri le 4 août dernier, explique être fatiguée par la lenteur de l’enquête et les remous qui l’accompagnent. « On nous a promis qu’un nouveau juge sera chargé du dossier dès demain. Mais ce n’est pas à chaque fois qu’on convoque un responsable politique qu’on va tout reprendre à zéro », lance-t-elle, un portrait de son jeune frère serré sur sa poitrine. « Nous étions choqués hier (jeudi) en apprenant le retrait du juge Sawan. Nous étions déjà morts de l’intérieur, ils nous ont tués une seconde fois. Pourquoi sommes-nous obligés de vivre tout cela ? Juste parce qu’ils ont convoqué des ministres et des députés ? » s’insurge-t-elle.

Soutien des formations de l’opposition

Les proches des victimes ont été rejoints hier par plusieurs formations de l’opposition. Le Bloc national, Beyrouth madinati, Menteshrine, la Coalition nationale, Li haqqi, l’Observatoire populaire pour la lutte contre la corruption et l’organisation Mada, qui regroupe les étudiants des amicales laïques de diverses universités, sont ainsi venus les soutenir face aux tentatives de blocage de l’enquête. Ces organisations avaient dénoncé, dans un communiqué commun, une décision « politique par excellence » et estimé que les raisons invoquées par la justice pour démettre Fadi Sawan de l’enquête constituent de « faux prétextes » et sont « peu convaincantes «. Des jeunes du Parti communiste, de la formation Drabzine et de jeunes militants de la région de Bar Élias (Békaa) étaient également présents.

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« Nous avons commencé à travailler ensemble », confie à L’OLJ Pierre Issa, secrétaire général du Bloc national, qui laisse entendre que les formations de l’opposition ont décidé de s’unir concernant le dossier du port. « Nous sommes en train d’explorer plusieurs pistes par rapport à l’enquête locale et à la possibilité d’une enquête internationale, mais cette démarche-là est compliquée », indique M. Issa. Il dénonce par ailleurs la « mainmise des partis sur les institutions, qui empêche toute séparation des pouvoirs ». « Nous faisons face à une dictature polymorphe et pernicieuse. Mais son dernier quart d’heure est arrivé », avance-t-il.

Camille Mourani, militant au sein de Beyrouth Madinati, confirme également l’existence de contacts permanents entre les différents groupes antipouvoir « pour faire bouger les choses ». « Nous suivons l’aspect judiciaire des explosions du port avec l’ONG Legal Agenda », révèle M. Mourani. « Nous accusons l’ensemble de la classe politique d’être responsable du drame jusqu’à preuve du contraire », ajoute-t-il.


La colère des proches des victimes de la double explosion au port de Beyrouth n’est pas près de retomber. Au lendemain du dessaisissement du juge Fadi Sawan, une centaine de personnes ont manifesté hier, pour le second jour consécutif, devant le Palais de justice de Beyrouth et brûlé des pneus, dans une tentative de faire pression sur les autorités et de dénoncer les atermoiements dans...

commentaires (3)

Tape l’eau, eau , dek el maille,maille .

Le Point du Jour.

22 h 38, le 20 février 2021

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Commentaires (3)

  • Tape l’eau, eau , dek el maille,maille .

    Le Point du Jour.

    22 h 38, le 20 février 2021

  • Ils sont rodés et sont devenus expert en matière de camouflage de tous leurs crimes et forfaits et rien ni personne ne les arrête, alors pourquoi s’arrêter en si bonnes conditions. Nous sommes tous coupables, voilà tout.

    Sissi zayyat

    13 h 53, le 20 février 2021

  • "Ce n’est pas à chaque fois qu’on convoque un responsable politique qu’on va tout reprendre à zéro !" Mais si, bien sûr! Quand le peuple a réclamé une enquête objective et transparente, donc, forcément internationale, Nasrallah a dit Non! Jreissati l'a répété et Aoun l'a refit en écho. A-t-on jamais vu au Liban une enquête criminelle touchant au domaine politique aboutir?

    Yves Prevost

    07 h 42, le 20 février 2021

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