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Politique - Focus

Pourquoi le maintien de Salamé ne tient plus qu’à quelques fils

Les divisions internes autour du départ du gouverneur de la BDL et les calculs des acteurs internationaux lui permettent pour l’instant de conserver son poste, mais pour combien de temps ?

Pourquoi le maintien de Salamé ne tient plus qu’à quelques fils

Le gouverneur de la Banque du Liban Riad Salamé. Joseph Eid/AFP

En poste depuis 1993 et longtemps considéré comme l’un des rouages essentiels du système politico-économique libanais, le gouverneur de la Banque du Liban Riad Salamé semble être sur un siège éjectable depuis déjà quelques mois. Son sort est au cœur d’un bras de fer politique sur la scène locale, qui se joue dans un contexte où il est conspué par une partie de la rue et semble lâché par ses alliés internationaux. Alors que la formation du gouvernement bute depuis presque quatre mois sur une bataille de prérogatives entre les deux pôles de l’exécutif, Michel Aoun serait prêt, selon un de ses proches, à renoncer à détenir le tiers de blocage dans le futur cabinet en échange d’une éviction du gouverneur de la BDL. La question de sa démission a été évoquée lors du premier entretien entre le président de la République et le Premier ministre désigné Saad Hariri après la nomination de ce dernier le 22 octobre dernier.

L’hostilité de Michel Aoun et de son gendre Gebran Bassil, chef du Courant patriotique libre, envers Riad Salamé s’est renforcée depuis le soulèvement du 17 octobre 2019 et la chute vertigineuse de la livre. Celui qui se présentait comme le garant de la stabilité monétaire est accusé notamment par les aounistes d’être responsable de la dévaluation de la monnaie nationale et de la crise du système bancaire qui l’accompagne. Le CPL se veut en outre le fer de lance politique de la bataille pour parvenir à l’audit juricomptable de la Banque centrale – une condition de la communauté internationale pour débloquer des aides au Liban – et accuse le gouverneur d’avoir bloqué tout le processus. Le cabinet en charge de l’audit, Alvarez & Marsal, avait annoncé la résiliation de son contrat avec le Liban en novembre dernier en raison de l’absence de coopération de la Banque centrale et du ministère des Finances, qui dépend du président du Parlement Nabih Berry, à fournir les documents demandés. Les aounistes considèrent que Riad Salamé protège et fait même partie de la classe corrompue à laquelle ils veulent demander des comptes. Leurs adversaires les accusent toutefois de ne pas vouloir sérieusement mener l’audit de la BDL ou lutter contre la corruption mais simplement de vouloir obtenir la tête du gouverneur, considéré comme un allié de la troïka (Saad Hariri, Nabih Berry, Walid Joumblatt) que les aounistes vouent aux gémonies et accusent d’être derrière tous les maux du pays depuis la fin de la guerre civile. À noter que le CPL est lui-même divisé sur cette question puisque le député Ibrahim Kanaan, président de la commission parlementaire des Finances et du Budget, est considéré comme plus proche de la ligne défendue par Riad Salamé.

L’appui de Hariri, Berry et Joumblatt
Sous le gouvernement de Hassane Diab, Michel Aoun a tenté d’obtenir la démission de Riad Salamé à plusieurs reprises. Le président de la République avait pourtant lui-même suggéré, au cours de l’un des Conseils des ministres en 2017, que soit renouvelé le mandat du gouverneur, dans le cadre du compromis présidentiel qu’il avait conclu avec Saad Hariri. « Tant que Salamé faisait les affaires de Aoun, il n’avait aucun problème avec lui », soutient un proche du gouverneur, en référence au fait que toute la classe politique avait soutenu Riad Salamé lors de ses ingénieries financières – qui lui valent aujourd’hui toutes les critiques – qui avaient profité aux banques, détenues en grande partie par des hommes politiques. Selon cette source, le président souhaite aujourd’hui remplacer le gouverneur par l’ancien ministre Mansour Bteiche, dépêché la semaine dernière à la tête d’une délégation du CPL à Bkerké pour s’entretenir de l’audit juricomptable avec le patriarche maronite Béchara Raï, sachant que le prélat avait précédemment apporté son soutien au gouverneur de la BDL.

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Les tentatives présidentielles n’ont toutefois pas abouti. Et pour cause : le gouverneur bénéficie toujours de l’appui de Saad Hariri, de Nabih Berry et de Walid Joumblatt, qui refusent de le voir partir sans qu’il n’y ait au préalable un consensus autour de l’identité de son successeur. Le Hezbollah ne va pas non plus dans le sens de son allié chrétien et ne critique jamais directement le gouverneur de la BDL, même s’il envoie souvent son public le conspuer dans la rue. L’appui du parti chiite à Riad Salamé date de l’été 2016, au cours duquel les États-Unis avaient imposé des sanctions contre ce parti et que le Trésor américain avait demandé aux banques libanaises de fermer les comptes des partisans du Hezbollah. « Riad Salamé avait trouvé un moyen de contourner les sanctions qui avaient protégé les banques d’éventuelles mesures américaines, tout en permettant au Hezb de respirer un peu », estime une source au sein de la BDL, qui prétend que le « gouverneur n’est pas ébranlé par cette campagne politique ».

Négociations avec les Français
La situation de celui qui a été élu à plusieurs reprises meilleur gouverneur du monde et du Moyen-Orient s’est en tout cas largement dégradée sur la scène internationale. La Suisse a annoncé au mois de janvier l’ouverture d’une enquête basée sur des soupçons de « blanchiment d’argent aggravé en lien avec de possibles détournements de fonds au préjudice de la Banque du Liban », et adressé une demande d’entraide à la justice libanaise. Dans le cadre de cette affaire, les avoirs du gouverneur en Suisse auraient été gelés, selon toute vraisemblance.

Du côté de Baabda, on est convaincu que les poursuites contre Riad Salamé ne s’arrêteront pas aux frontières de la Suisse, mais gagneront d’autres pays européens, dans le cadre d’une campagne globale contre lui en raison de sa responsabilité dans l’effondrement du pays. C’est la preuve, selon le camp aouniste, qu’il ne bénéficie plus d’une couverture internationale, alors que le gouverneur a longtemps été considéré comme un allié des Occidentaux au Liban. L’entourage du président considère en outre que Paris a cessé d’appuyer le gouverneur et a apporté son soutien à un autre candidat à ce poste, Samir Assaf, PDG de la banque HSBC en France. Celui-ci avait même accompagné le président français Emmanuel Macron lors de l’une de ses visites au Liban. Des informations confirmées par plusieurs sources politiques concordantes font état de négociations qui se sont déroulées entre Michel Aoun et les Français concernant la démission de Riad Salamé. Mais face à l’intransigeance du président, qui a refusé de présenter une quelconque concession en échange du départ du gouverneur, les pressions françaises contre ce dernier ont baissé. Son dossier reste cependant ouvert pour la suite.

L’ancien représentant du secrétaire général de l’ONU au Liban, Jan Kubis, ne s’est pas privé pour sa part de pointer du doigt à plus d’une reprise le rôle joué par Riad Salamé dans le dossier de l’audit juricomptable. Or, ce point de vue reflète la position des Nations unies, souligne un diplomate de l’organisation. Les États-Unis seraient, eux aussi, plus ou moins sur la même ligne. « Washington est particulièrement attentif à deux postes au Liban, celui du gouverneur de la Banque centrale et celui du commandant en chef de l’armée », assure un diplomate occidental. Ils seraient ainsi prêts à lâcher Riad Salamé, à condition que sa succession soit tranchée afin que le poste vacant ne soit pas occupé par le vice-gouverneur, traditionnellement de confession chiite.

Le temps du départ de Riad Salamé ne semble pas encore tout à fait venu. Cette démission serait considérée par les acteurs internationaux comme un objectif à long terme, étant donné qu’elle représenterait le début d’un grand changement sur la scène politique libanaise. Un changement futur dont feront les frais les forces politiques qui ne prennent pas au sérieux les directives internationales et qui ne réagissent qu’à ce qui menace leurs intérêts et leurs fortunes.


En poste depuis 1993 et longtemps considéré comme l’un des rouages essentiels du système politico-économique libanais, le gouverneur de la Banque du Liban Riad Salamé semble être sur un siège éjectable depuis déjà quelques mois. Son sort est au cœur d’un bras de fer politique sur la scène locale, qui se joue dans un contexte où il est conspué par une partie de la rue et semble...

commentaires (10)

salamé est indeboulenable c est simple il les tient tous par la barbichette, s il est viré il deviendra le 2eme carlos , il va se barer à l étranger pour les dénoncer tous ou il sera éliminé comme d autres avant lui , il ne risque rien il est meme soutenu par Mgr donc allah est avec lui .

youssef barada

19 h 07, le 16 février 2021

Tous les commentaires

Commentaires (10)

  • salamé est indeboulenable c est simple il les tient tous par la barbichette, s il est viré il deviendra le 2eme carlos , il va se barer à l étranger pour les dénoncer tous ou il sera éliminé comme d autres avant lui , il ne risque rien il est meme soutenu par Mgr donc allah est avec lui .

    youssef barada

    19 h 07, le 16 février 2021

  • "... le maintien de Salamé ne tient plus qu’à quelques fils ..." et un beau-fils

    Gros Gnon

    16 h 30, le 15 février 2021

  • Mon Liban se fait mitrailler de 1000 balles et sauter sur une mine et l'on commence à chercher les raisons de son trépas!! Salameh n'est qu'une de ces balles et probablement l'une des moims meurtrières...

    Wlek Sanferlou

    14 h 30, le 15 février 2021

  • Nous sommes étonnés par le mutisme de Salamé. Malgré l’avalanche d’accusations de corruptions par les corrompus avérés, il reste muet. A croire que ces derniers veulent l’éjecter parce qu’il a réussi à s’accaparer de plus grosses sommes qu’il ne lui a été permis et les a dépassé en fortune mal acquise. Il est sidérant de voir ces accusations provenant du même camps dont la réputation de voleurs, vendus n’est plus à faire et que Salamé se contente de subir sans broncher alors qu’il est au courant de chaque centime volé et transféré par ces derniers grace à sa fonction. Jusqu’à quand tiendrait il avant de passer à l’offensive et de balancer tous ces prétendus vertueux qui avec son aide ont pillé le pays? Il est le seul a pouvoir les démasquer et on se demande ce qui le retient.

    Sissi zayyat

    11 h 47, le 15 février 2021

  • ces KELLON ne veulent pas encore croire que personne ne leur fait plus confiance. PERSONNE, libanais, arabes et autres occidentaux, chinois, africains. ca implique quoi alors? ca implique un vide effroyable au niveau de la sante morale du pays, pernicieux autant sinon plus que covid-19.

    gaby sioufi

    10 h 39, le 15 février 2021

  • Je ne retiens qu’une chose c’est sans vergogne vous continuez à utiliser l’argent des immigrés pour subventionner des produits dont les trois quarts profitent à des voyous et à la Syrie.Qu’avez vous produits depuis deux décennies pour vous permettre de vivre au dessus de vos moyens ? Le vérité est là et tous les Libanais sont concernés par cette question ! que produisez vous tous ?Vous tous yehni vous tous!

    PHENICIA

    09 h 49, le 15 février 2021

  • Sa démission ne sert à rien en ce moment. D’ailleurs personne n’acceptera ce poste avant qu’il y n’ait un plan de sauvetage économique crédible. Mais cela c’est pour quand?

    PPZZ58

    08 h 55, le 15 février 2021

  • Tous les membres du conseil central de la BDL, sont autant responsables que le gouverneur, et surtout les représentants des finances, et du gouvernement dans ce conseil. Le changement doit concerner tous ceux là, en plus de leur demander la reddition des comptes.

    Esber

    08 h 52, le 15 février 2021

  • Es ce que Alverez et Marsal ont repris l'enquete selon ce qui nous avait ete dit ? Ce point est important pour savoir qui est implique' dans ce blocage tellement important pour tous les libanais. Qui a detourne' les fonds de nous tous ? Ivana

    Ivana Mascico

    07 h 52, le 15 février 2021

  • "... Riad Salamé est accusé par les aounistes d’être responsable de la dévaluation de la monnaie nationale et de la crise du système bancaire qui l’accompagne ..." - Ah oui? La faute de Salamé a été incontestablement de ne pas avoir sonné l’alarme quand il en était encore temps. Sinon la chute de la livre et la crise sont la cause directe du gaspillage des ressources publiques par le gouvernement depuis des années, notamment le secteur de l’électricité qui compte pour plus de la moitié de la dette du pays. Secteur tenu par ... par qui déjà? Ah oui, celui qui voulait donner au monde occidental des leçons de gestion d’un pays sans budget. Hilarant!

    Gros Gnon

    01 h 19, le 15 février 2021

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