Un moine bouddhiste exprime son opposition au coup d’État militaire, devant un char de l’armée dans une rue de Rangoun, hier. Stringer/Reuters
Sourde aux critiques croissantes et face à une mobilisation qui ne faiblit pas, la junte au pouvoir en Birmanie accroît au contraire sa répression contre les manifestations massives organisées contre son coup d’État, en multipliant les arrestations nocturnes et en menaçant de poursuites quiconque hébergera des militants recherchés.
L’expérience démocratique de 10 ans a brusquement pris fin il y a bientôt deux semaines avec la prise de pouvoir des militaires, qui ont renversé et arrêté la chef de facto du gouvernement Aung San Suu Kyi. Hier, pour le 9e jour consécutif, les Birmans sont descendus par dizaines de milliers dans les rues de plusieurs villes, dont la capitale Naypyidaw. À Rangoun, la principale ville du pays, ils se sont réunis à divers endroits, dont près de la célèbre pagode Shwedagon, pour réclamer le retour de la démocratie et la libération de leur leader. Près de la gare centrale, des habitants ont bloqué une rue à l’aide de troncs d’arbres pour empêcher la police de pénétrer dans le quartier et ont reconduit des policiers venus chercher des employés des chemins de fer grévistes afin qu’ils reprennent le travail. Dans ce qui semblait être une démonstration de force, des véhicules militaires blindés ont été vus brièvement défilant dans les rues de la ville. L’ambassade des États-Unis a fait état dimanche soir de mouvements de troupes à Rangoun, mettant par ailleurs en garde contre de possibles coupures dans les télécommunications.
Sept militants recherchés
La junte menée par le général Min Aung Hlaing a quant à elle publié une liste de sept militants, parmi les plus renommés du pays, qu’elle recherche activement pour avoir encouragé les manifestations. « Si vous trouvez des fugitifs mentionnés ci-dessus ou si vous avez des informations à leur sujet, signalez-vous au poste de police le plus proche », a indiqué un communiqué dans les médias d’État. « Ceux qui les hébergent seront (confrontés) à des actions conformément à la loi. »
Depuis le début du mouvement, les militaires ont déjà placé en détention environ 400 responsables politiques, militants et membres de la société civile, y compris des journalistes, des médecins ou des étudiants. Parmi la liste des sept « fugitifs » figure Min Ko Naing, une figure du mouvement étudiant de 1988, qui a passé plus de 10 ans en prison pour son rôle dans des manifestations contre la dictature de l’époque. Les manifestations de 1988 avaient fait d’Aung San Suu Kyi la principale figure démocratique de Birmanie et la Prix Nobel de la paix 1991 avait passé des années en résidence surveillée, prisonnière des généraux, avant d’accéder au pouvoir en 2015.
Pouvoirs d’exception aux forces de l’ordre
De nouveau arrêtée le 1er février, celle qui dirigeait de facto le gouvernement n’a pas été vue depuis, même si son parti a informé qu’elle était « en bonne santé », tenue au secret dans une résidence de Naypyidaw.
Min Aung Hlaing a donné samedi des pouvoirs d’exception aux forces de l’ordre, qui peuvent mener des perquisitions à domicile sans mandat ou détenir des personnes pour une courte période sans autorisation d’un juge.
À Dawei (Sud), sept policiers ont annoncé faire défection, dans la lignée d’informations de la presse locale faisant état de défections isolées dans les rangs de la police ces derniers jours.
Depuis vendredi soir, des comités de vigilance citoyenne ont vu spontanément le jour à travers la Birmanie, chargés de surveiller leur voisinage en cas d’opérations menées par les autorités pour arrêter des opposants.
Une vidéo filmée dans un quartier de Rangoun, la capitale économique, montrait de nombreux habitants envahissant la rue, défiant le couvre-feu instauré à 20 heures, après des rumeurs d’une descente de la police venue arrêter des dissidents.
Avertissement aux médias
La situation en Birmanie a fait l’objet de nombreuses condamnations internationales depuis deux semaines, mais rien de nature à faire bouger les militaires. La junte affirme avoir pris le pouvoir en respectant la Constitution et a ordonné aux journalistes du pays d’arrêter de parler d’elle comme d’un « gouvernement de coup d’État ». « Nous informons (...) les journalistes et les organes de presse de ne pas écrire dans le but de provoquer des troubles publics », est-il écrit dans un communiqué envoyé samedi par le ministère de l’Information au club des correspondants étrangers.
Source : AFP


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine