La cérémonie interreligieuse islamo-chrétienne organisée pour Lokman Slim a suscité une polémique sur les réseaux sociaux, sachant que l’activiste est issu d’une famille mixte, islamo-chrétienne, et qu’il est marié à une chrétienne. Plus encore, son parcours et son discours transcendaient les clivages communautaires et confessionnels, ce que la dimension pluraliste donnée à l’hommage qui lui a été rendu devait surtout refléter.
Les réflexes sectaires de certains étaient cependant plus forts. Des internautes chrétiens et musulmans ont ainsi critiqué avec virulence la cérémonie, au cours de laquelle des passages du Coran ont été lus parallèlement au récit du martyre du Hussein. Des hymnes chrétiens, dont un cantique dédié à la Vierge le vendredi saint, ont été entonnés par un prêtre maronite et une jeune fille.
Si de nombreux Libanais ont salué cette cérémonie comme une expression de la coexistence interreligieuse, les partisans chrétiens et musulmans du Hezbollah et de son allié, le Courant patriotique libre, l’ont jugée inopportune.
Ali el-Khalil, un récitateur du Coran choisi par le cheikh Mohammad al-Aamili pour prendre part à la cérémonie, a lu des passages du livre saint et relaté le martyre de l’imam al-Hussein, petit-fils du prophète Mahomet, que les chiites commémorent durant Achoura.
M. Khalil s’est vu cependant contraint de s’excuser publiquement après la cérémonie, à cause d’une levée de boucliers chiite contre lui sur les réseaux sociaux. « Je m’excuse auprès de tous mes frères et sœurs », a-t-il déclaré dans une vidéo largement diffusée sur les réseaux sociaux. « Je n’aurais pas dû (...) me mettre dans une situation qui suscite la suspicion. Mon orientation (politique) est connue », a-t-il dit en référence à son soutien au Hezbollah, avant de préciser que lorsqu’on lui avait demandé de se rendre à la cérémonie, il ignorait tout de l’identité du défunt.
Des militants ont vu dans ses excuses une preuve supplémentaire de la pression exercée par le parti chiite sur ses dissidents, mais aussi sur ses sympathisants. « Ils (le Hezbollah) l’ont obligé à s’excuser parce qu’il avait prié pour Lokman Slim », a déploré la page Facebook du site BlogBaladi.
« Même le lecteur du Coran pour le repos de l’âme de Lokman Slim a été menacé et accusé de trahison et s’est alors excusé ! » a de son côté dénoncé la journaliste de Sky News Arabia Larissa Aoun sur son compte Twitter.
L’Orient-Le Jour a bien essayé d’entrer en contact avec Ali el-Khalil, ainsi qu’avec le cheikh qui l’a dépêché à la cérémonie, mais leurs téléphones étaient jusque tard en soirée hors réseau. Selon des proches de M. Khalil, ce qui aurait notamment irrité les partisans du Hezbollah, c’est le fait que la cérémonie correspondait à un « Majlis Aaza », une cérémonie au cours de laquelle le récit du martyre de l’imam al-Hussein est relaté et qui est strictement réservé à la commémoration de Achoura ou aux obsèques de personnalités de haut rang de la communauté chiite.
Les partisans du CPL sont également montés au créneau pour dénoncer le choix des cantiques chrétiens. « C’est une hérésie claire et une insulte au sacré », a lancé sur Twitter un homme se présentant comme un partisan du CPL. « Les rituels chrétiens dictent que les chants du vendredi saint soient entonnés exclusivement lors de funérailles pour des chrétiens », a-t-il argué.
L’archevêché maronite de Beyrouth a également réagi à cette polémique en affirmant que le prêtre qui a entonné les cantiques chrétiens aux funérailles ne lui était pas affilié. « Après avoir reçu plusieurs appels condamnant le chant religieux par un prêtre lors des obsèques du militant et intellectuel Lokman Slim, l’archevêché tient à préciser que ce prêtre ne lui est pas affilié et que l’évêque Boulos Abdel Sater ne l’a pas chargé de le représenter à la cérémonie », souligne son communiqué publié dans la soirée.


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Quelle honte soit des chiites et des maronites du CPL ???
19 h 47, le 12 février 2021