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Moyen-Orient - Éclairage

Les Kurdes d’Irak doutent de l’arrivée des vaccins promis par Bagdad

Alors que le torchon brûle depuis 2017 entre Erbil et le gouvernement fédéral, les citoyens de la région autonome s’interrogent sur la sincérité des promesses sanitaires qui leur sont faites.

Les Kurdes d’Irak doutent de l’arrivée des vaccins promis par Bagdad

Parmi les vaccins commandés par Bagdad, dont une partie devrait revenir aux Kurdes, celui produit en Chine par Sinopharm. Arif Ali/AFP

Erbil recevra-t-elle sa part de vaccins anti-Covid ? Nombreux sont les habitants de la région autonome du Kurdistan à en douter, malgré les propos du ministre irakien de la Santé, Hassan al-Tamimi. Ce dernier a assuré, lundi dernier, que son pays allait recevoir entre 2,5 et 3 millions de doses de vaccin à la fin du mois de février, en marge d’accords conclus avec les laboratoires Pfizer-BioNTech, AstraZeneca-Oxford et Sinopharm. M. Tamimi avait précédemment indiqué que ces vaccins seraient administrés en priorité au personnel de santé, aux forces de sécurité, aux personnes âgées et aux personnes atteintes de maladies chroniques. Interrogé sur le nombre de doses que la région du Kurdistan recevrait, Saïf Badr, un porte-parole du ministère, avait insisté début janvier sur le fait que ces dernières seraient distribuées dans toutes les provinces irakiennes en fonction du pourcentage de la population. Les Kurdes d’Irak ont cependant des raisons d’en douter, alors qu’ils se sentent régulièrement utilisés par les autorités fédérales comme boucs émissaires pour régler leurs différends avec les autorités de la région. « Bagdad veut reprendre le contrôle sur plusieurs dossiers épineux laissés en suspens depuis des années et sur lesquels Erbil refuse de céder. Parmi ces sujets de discorde profonde, le statut des territoires disputés entre les deux entités, les frontières et les points de contrôle de la région avec les pays voisins, les peshmergas (NDLR : combattants kurdes d’Irak) ainsi que des ressources naturelles du Kurdistan », observe à L’Orient-Le Jour Adel Bakawan, directeur du département recherche de l’Institut de recherche et d’études Méditerranée Moyen-Orient (iReMMO).

Face à ces divergences, les autorités fédérales ont cessé de verser au Kurdistan sa part du budget et de payer les salaires des fonctionnaires de la région autonome. « Dans certaines catégories de métiers, les fonctionnaires observent plus de cinq mois de retard dans le versement de leurs salaires, comme c’est le cas pour les professeurs par exemple. Le manque de budget dans la région impacte également les retraités et les jeunes, ces derniers n’ayant aucune perspective sur le marché de l’emploi », ajoute le spécialiste. Une situation qui pousse les Kurdes d’Irak à douter des promesses de Bagdad selon lesquelles les vaccins seront livrés à la région.

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La propagation du Covid-19 semble aussi avoir montré les faiblesses du secteur de santé au Kurdistan, alors que les autorités régionales n’ont pas recouru à des mesures strictes, à l’instar d’un couvre-feu, pour empêcher les déplacements internes de la population. Selon le Global Health Security Index, l’Irak se situe au 176e rang sur 195 pays classés selon l’efficacité de leurs systèmes de santé, une liste qui prend en compte des données telles que la rareté des financements, la faible part accordée à la santé dans le budget du gouvernement, ainsi que la pénurie de médecins et d’infirmières. « Beaucoup d’habitants considèrent maintenant que le virus est passé, non pas grâce à l’arrivée du vaccin, mais grâce à l’immunité collective », note Adel Bakawan. Seuls 24 cas auraient été recensés au cours des dernières 24 heures.

Corruption

À cela s’ajoute la corruption systématisée dans le pays, mais également dans la province du Kurdistan, qui pousse les citoyens à se méfier toujours plus de la parole des autorités. « Les habitants de la région sont divisés sur qui blâmer. Nombreux sont ceux qui rejettent la responsabilité sur le KRG (Gouvernement régional du Kurdistan) en raison de sa mauvaise gestion des ressources naturelles et de la corruption dans laquelle l’élite politique trempe, considérée par beaucoup comme la cause principale des conditions économiques difficiles dans la région », estime Dara Salam, professeur au département politique et études internationales à l’Université SOAS de Londres, interrogé par L’Orient-Le jour. « Cela dit, les gens reprochent également au gouvernement central de Bagdad de pénaliser les citoyens ordinaires en raison des désaccords existants entre les deux gouvernements. Ce qui se joue véritablement est le manque de volonté politique des deux côtés, le gouvernement central et le GRK, de construire une relation politique façonnée par la reconnaissance mutuelle des demandes politiques et économiques légitimes », ajoute ce dernier.

Des manifestations contre le gouvernement du Kurdistan irakien et les deux principaux partis politiques de la région autonome avaient éclaté en décembre dernier pour protester contre cette situation. Les vaccins entreront-ils en compte dans la guerre interne entre les deux entités ? « Dans l’esprit des gens, leur distribution est incertaine au vu de la façon dont les ressources sont distribuées dans le pays. Ces derniers se demandent si elles seront distribuées de façon partisane ou sectaire », note Megan Connelly, spécialiste du Kurdistan irakien à l’Institut des études régionales et internationales (IRIS), basé dans la région autonome. « Il semble en tout cas, d’après mon échange avec un porte-parole de la région, que la part des doses qui sera allouée au Kurdistan est incertaine pour le moment », conclut-elle.


Erbil recevra-t-elle sa part de vaccins anti-Covid ? Nombreux sont les habitants de la région autonome du Kurdistan à en douter, malgré les propos du ministre irakien de la Santé, Hassan al-Tamimi. Ce dernier a assuré, lundi dernier, que son pays allait recevoir entre 2,5 et 3 millions de doses de vaccin à la fin du mois de février, en marge d’accords conclus avec les laboratoires...

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