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Nos Lecteurs ont la Parole

Elle aurait eu 4 ans... aujourd’hui

Elle aurait eu 4 ans... aujourd’hui

Le portrait d’Alexandra Naggear brandi au cours d’un rassemblement dans le centre-ville. Patrick Baz/AFP

Alexandra Naggear, ma Lexou, ma petite-fille tant aimée, a été assassinée suite à l’entreposage au port de Beyrouth d’une matière hautement explosive de nitrate d’ammonium.

Elle aurait eu 4 ans aujourd’hui.

Les responsables politiques, qui ont fait main basse sur le pays depuis trois décennies, nous ont empêchés de célébrer son anniversaire.

On ne le leur oubliera jamais.

Ces politiciens, des plus hauts responsables de l’État jusqu’à tous les services administratifs et sécuritaires, ont failli à tous les niveaux.

Ces responsables irresponsables ont, par leurs agissements injustifiés, tué Alexandra et plus de 200 autres victimes innocentes. Sans oublier la destruction de la capitale et les quelque 6 000 blessés, dont les mutilés, les traumatisés et les sans-abri.

Les responsables présumés tentent de camoufler la vérité.

Le juge d’instruction, Fadi Sawan, a inculpé certains pour négligence. Ils ont refusé d’être auditionnés sous prétexte d’immunité, ont suspendu le cours de l’enquête et demandé la révocation du magistrat.

Honte à eux !

Ils ont tué les victimes une seconde fois.

Ces inculpés détiennent probablement des informations sensibles sur la vérité qu’ils craignent de divulguer pour ne pas embarrasser les personnes impliquées dans l’importation et l’utilisation du nitrate.

Ce crime ne restera pas impuni. La vérité sera dévoilée.

On compte pour cela sur une justice indépendante.

Les responsables de ce crime étaient informés il y a sept ans de la dangerosité des 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium entreposées au port.

Ils n’ont pas agi.

Ce n’était ni de la négligence, ni de l’incompétence, ni un mauvais jugement, mais de la collusion envers une organisation, un parti, un État. Ils ont laissé faire, et pris le risque de massacrer, de saccager et de détruire.

À la mémoire de nos victimes, nous devons nous poser les questions suivantes :

Qui est intervenu dans le choix du navire-poubelle Rhosus, déjà surchargé de 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium ? Ce navire devait se rendre au Mozambique via le canal de Suez. On lui a fait dévier sa route pour accoster au port de Beyrouth où il a chargé des équipements sismiques que le ministère de l’Énergie devait retourner en Jordanie.

Complaisance, coïncidence ou acte délibéré ?

Pourquoi le Rhosus et son chargement de nitrate ont-ils été abandonnés au Liban sans demande de contrepartie, ni de l’armateur ni du destinataire de cette matière hautement explosive ?

Complaisance, coïncidence ou acte délibéré ?

Pourquoi ne connaît-on pas l’organisation qui se cache derrière la société Savaro ni les noms des personnes qui ont expédié la marchandise au Liban ?

Complaisance, coïncidence ou acte délibéré ?

Pourquoi cette marchandise stockée durant sept ans n’a-t-elle pas été vendue aux enchères comme le prévoit la loi ?

Complaisance, coïncidence ou acte délibéré ?

Pourquoi les autorités compétentes, connaissant la dangerosité explosive du nitrate d’ammonium et son risque d’utilisation à des fins terroristes, n’ont-elles pas procédé à la destruction de la cargaison ? Sa destruction d’après les experts est un procédé facile et peu coûteux.

Complaisance, coïncidence ou acte délibéré ?

Complaisance, coïncidence ou acte délibéré ?

Pourquoi a-t-on convaincu le Premier ministre de ne pas se rendre au port de Beyrouth ?

Complaisance, coïncidence ou acte délibéré ?

Pourquoi et comment ne sait-on toujours pas comment l’incendie s’est déclaré alors que l’enquête aurait dû se terminer en cinq jours d’après les officiels ? Où sont les images des caméras de surveillance du port de Beyrouth ?

Complaisance, coïncidence ou acte délibéré ?

Pourquoi le Premier ministre, qui s’est retranché derrière sa position pour ne pas recevoir le juge Sawan qui l’a inculpé, n’a pas reçu de réponses à sa question pertinente : où ont disparu les 2 250 tonnes de nitrate d’ammonium ?

Complaisance, coïncidence ou acte délibéré ?

Pourquoi les administrations portuaires et douanières ne divulguent-elles pas le nom du véritable propriétaire du nitrate d’ammonium ?

Complaisance, coïncidence ou acte délibéré ?

Pourquoi ces mêmes administrations nous gardent-elles dans l’ignorance de savoir qui leur a donné les instructions pour exporter ou disposer des 2 250 tonnes de nitrate manquantes ? Où sont donc les bons de livraison et les documents de transport censés indiquer les noms de l’expéditeur et de l’acheteur, ainsi que la destination finale de la marchandise ?

Complaisance, coïncidence ou acte délibéré ?

Pourquoi le Conseil supérieur de défense n’a-t-il pas agi lorsqu’il a été alerté le 20 juillet 2020 de la bombe à retardement entreposée au port de Beyrouth et qui présentait un danger imminent d’explosion ?

Complaisance, coïncidence ou acte délibéré ?

À la lumière du reportage intitulé « Le bateau de la mort » réalisé par M. Firas Hatoum, on peut constater que les coïncidences ne tiennent pas la route. Ce reportage laisse supposer que la destination finale de la cargaison du Rhosus n’était pas le Mozambique, mais le Liban. Les 2 750 tonnes de nitrate ont été débarquées et stockées au port de Beyrouth pour être réexpédiées vers des destinations que l’enquête déterminera.

On ne doit donc retenir que la complaisance de nos responsables envers le destinataire final de cette cargaison de la mort. Cette complaisance a conduit tous les responsables concernés à agir de manière délibérée.

Ils ont conduit le pays à une catastrophe causant morts, handicapés, blessés, traumatisés à vie, sans-abri et destructions massives.

Tous les responsables impliqués dans la double explosion du 4 août ne doivent pas être jugés pour négligence ou incompétence.

Ce sont des criminels sanguinaires sans foi ni loi, coupables d’infanticides, d’homicides et de crimes contre tous les citoyens libanais et les ressortissants étrangers qui ont été atteints dans leur chair et dans leurs biens à cause de leur forfaiture. Ils doivent être jugés en tant que tels.

En ce fatidique 4 août, le gouvernement, le Conseil supérieur de défense et tous les services concernés ont failli à leurs obligations. Ils avaient 40 minutes, entre le début de l’incendie qui se propageait et la première explosion, pour alerter les habitants et les passants des rues avoisinantes, et leur demander de se cacher dans les abris et les sous-sols.

Ils n’ont rien fait, et le contraire aurait été étonnant. C’est de la non-assistance à personne en danger. C’est un délit qui doit être sanctionné.

Alexandra, ton anniversaire et celui des 200 autres victimes ne seront pas comme les précédents.

On vous promet à toutes :

- de penser tout le temps à vous ;

- de ne jamais oublier votre visage, vos rires, vos pleurs, vos espiègleries, vos joies, vos habitudes, votre affection, votre tendresse et les moments heureux passés ensemble ;

- de faire éclater la vérité ;

- de faire triompher la justice ;

- de voir les criminels condamnés ;

- de refuser que des boucs émissaires soient accusés de crimes que les hauts responsables ont commis ou laissé commettre.

Lexou, ta présence parmi nous était un cadeau du ciel.

Tu nous as donné beaucoup de bonheur.

Ce bonheur a été éphémère.

Ta perte nous a causé beaucoup de peine, et cette peine restera indélébile.

Nous avons choisi d’aller de l’avant et de ne jamais abandonner.

Tu restes parmi nous, nous puisons la force et l’envie de vivre grâce au souvenir que tu gardes en nous et qui continuera à illuminer nos vies.


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.


Alexandra Naggear, ma Lexou, ma petite-fille tant aimée, a été assassinée suite à l’entreposage au port de Beyrouth d’une matière hautement explosive de nitrate d’ammonium.Elle aurait eu 4 ans aujourd’hui.Les responsables politiques, qui ont fait main basse sur le pays depuis trois décennies, nous ont empêchés de célébrer son anniversaire.On ne le leur oubliera jamais.Ces...

commentaires (2)

Cher Pierre, je t’adresse ces quelques mots pour te réconforter et souhaite qu’ils t’aiderons à surmonter ta souffrance et celle te ta famille. «  Ce qui est important, ça ne se voit pas... Si tu aimes une fleur qui se trouve dans une étoile, c'est doux, la nuit, de regarder le ciel. Toutes les étoiles sont fleuries... Lorsque je serai parti, tu regarderas, la nuit, les étoiles. Mon étoile, ça sera pour toi, une des étoiles du ciel. Alors, toutes les étoiles, tu aimeras les regarder... Elles seront toutes tes amies. Quand tu regarderas le ciel, la nuit, puisque j'habiterai dans l'une des étoiles, puisque je rirai dans l'une d'elles, alors ce sera comme si riaient toutes les étoiles. Tu auras des étoiles qui savent rire! Et quand tu seras consolé, tu seras content de m'avoir connu. Tu seras toujours mon ami. Tu auras envie de rire avec moi. Et tu ouvriras parfois la fenêtre, comme ça, pour le plaisir... Et tu riras en regardant le ciel Cette nuit... tu sais... ne viens pas. J'aurai l'air d'avoir mal... J'aurai un peu l'air de mourir... Tu auras de la peine... J'aurai l'air d'être mort et ce ne sera pas vrai... Tu comprends. Là où je vais, c'est trop loin. Je ne peux pas emporter ce corps-là. C'est trop lourd. Mais ce sera comme une vieille écorce abandonnée. " Ce n'est pas triste les vieilles écorces... » Le Petit Prince

Evariste

23 h 14, le 27 janvier 2021

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Commentaires (2)

  • Cher Pierre, je t’adresse ces quelques mots pour te réconforter et souhaite qu’ils t’aiderons à surmonter ta souffrance et celle te ta famille. «  Ce qui est important, ça ne se voit pas... Si tu aimes une fleur qui se trouve dans une étoile, c'est doux, la nuit, de regarder le ciel. Toutes les étoiles sont fleuries... Lorsque je serai parti, tu regarderas, la nuit, les étoiles. Mon étoile, ça sera pour toi, une des étoiles du ciel. Alors, toutes les étoiles, tu aimeras les regarder... Elles seront toutes tes amies. Quand tu regarderas le ciel, la nuit, puisque j'habiterai dans l'une des étoiles, puisque je rirai dans l'une d'elles, alors ce sera comme si riaient toutes les étoiles. Tu auras des étoiles qui savent rire! Et quand tu seras consolé, tu seras content de m'avoir connu. Tu seras toujours mon ami. Tu auras envie de rire avec moi. Et tu ouvriras parfois la fenêtre, comme ça, pour le plaisir... Et tu riras en regardant le ciel Cette nuit... tu sais... ne viens pas. J'aurai l'air d'avoir mal... J'aurai un peu l'air de mourir... Tu auras de la peine... J'aurai l'air d'être mort et ce ne sera pas vrai... Tu comprends. Là où je vais, c'est trop loin. Je ne peux pas emporter ce corps-là. C'est trop lourd. Mais ce sera comme une vieille écorce abandonnée. " Ce n'est pas triste les vieilles écorces... » Le Petit Prince

    Evariste

    23 h 14, le 27 janvier 2021

  • Que le seigneur tout puissant vous vienne en aide, nos prières vous accompagnent du Canada .

    Robert Moumdjian

    03 h 35, le 27 janvier 2021

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