Le président américain lors de son discours après avoir prêté serment hier, devant le Capitole à Washington. Andrew Caballero-Reynolds/AFP
« La démocratie l’a emporté » : Joe Biden est devenu hier le 46e président des États-Unis, appelant à « l’unité » un pays traversé par des crises profondes au terme du mandat de Donald Trump qui aura déchiré les Américains et bousculé le monde.
« Moi Joseph Robinette Biden Jr, je jure solennellement que j’accomplirai loyalement les fonctions de président des États-Unis et que je ferai de mon mieux pour préserver, protéger et défendre la Constitution des États-Unis », a-t-il déclaré, selon la formule consacrée de la prestation de serment, la main posée sur la bible familiale, face au président de la Cour suprême, John Roberts.
Dans un discours grave d’une vingtaine de minutes, celui qui est devenu à 78 ans le président le plus âgé en début de mandat a salué un « jour d’histoire et d’espoir » pour l’Amérique, quelques heures après le départ de Donald Trump, qui a quitté Washington sans assister à ce moment historique. « Je sais que les forces qui nous divisent sont profondes et réelles », a-t-il lancé, sous les applaudissements des invités triés sur le volet en raison de la pandémie. Le démocrate a multiplié les appels à « l’unité » dans cette allocution contrastant singulièrement avec celle, sombre et offensive, prononcée par son prédécesseur républicain au même endroit, sur les marches du Capitole, il y a quatre ans.
Quelques minutes plus tard, le pape François a appelé le nouveau locataire de la Maison-Blanche à œuvrer pour la réconciliation et la paix, aux États-Unis « et entre les nations du monde ». « Welcome back » dans l’Accord de Paris sur le climat, lui a lancé de son côté le président français Emmanuel Macron.
La journée restera dans les livres d’histoire aussi en raison de l’accession, pour la première fois, d’une femme à la vice-présidence de la première puissance mondiale. L’ex-sénatrice noire et d’origine indienne Kamala Harris, 56 ans, a prêté serment juste avant Joe Biden en présence de leurs conjoints, Jill Biden et Doug Emhoff.
Fait sans précédent depuis 150 ans, le président sortant a donc boudé la cérémonie d’investiture de son successeur, quittant la Maison-Blanche sans avoir rencontré Joe Biden.
« Rassemblement » et « réconciliation »
Contrairement à Donald Trump, son vice-président Mike Pence et les ex-présidents Barack Obama, George W. Bush et Bill Clinton étaient, eux, aux premières loges durant ce moment fort de la démocratie américaine, avec un dispositif de très haute sécurité rendant la capitale fédérale américaine méconnaissable.
Joe Biden, costume sombre et cravate bleu ciel, masqué à son arrivée comme tous les invités, a échangé un salut poing contre poing avec Barack Obama, dont il fut le vice-président.
La star de la pop Lady Gaga a entonné l’hymne national, vêtue d’une robe rouge et noir bouffante et arborant une grande broche dorée représentant la colombe de la paix. Puis Jennifer Lopez a chanté This land is your land (Ce pays est ton pays).
Le démocrate accède à la présidence après un demi-siècle de présence en politique, avec l’intention de marquer dès le premier jour le contraste – sur le fond comme sur la forme – avec l’ex-homme d’affaires de New York.
Image symbolique pour la « réconciliation » et le « rassemblement » qu’il entend incarner, il a assisté mercredi matin à une messe à la cathédrale Saint-Matthieu de Washington accompagné des chefs démocrate et républicain du Congrès.
Joe Biden, qui s’est posé en « président de tous les Américains », a prévenu que les États-Unis, déjà endeuillés par plus de 400 000 morts en raison de la pandémie, allaient entrer dans « la phase la plus mortelle du virus ». « Il n’y a pas de temps à perdre », a-t-il lancé dans son premier tweet présidentiel à la tonalité tranchant singulièrement avec celle de son prédécesseur, qui a été suspendu du réseau à l’oiseau bleu à la fin de son mandat.
Dès mercredi, il devait prendre 17 décisions présidentielles pour revenir sur les mesures-phares de l’ère Trump, en engageant notamment le retour des États-Unis dans l’accord de Paris sur le climat et au sein de l’Organisation mondiale de la santé.
Pas de foule mais des drapeaux
Cette journée de consécration pour Joe Biden s’est déroulée dans un climat très particulier, sous l’effet combiné de la pandémie et du traumatisme encore frais des violences du Capitole qui ont fait cinq morts. Les mesures de sécurité sont exceptionnelles. Quelque 25 000 soldats de la Garde nationale et des milliers de policiers venus de tout le pays sont déployés. Preuve de la tension qui règne : douze d’entre eux ont été écartés du dispositif de sécurité dans le cadre d’une procédure de recherche d’éventuels liens avec des groupes extrémistes, a indiqué mardi le Pentagone.
Loin des foules immenses qui se pressent traditionnellement sur l’immense esplanade du « National Mall » pour voir leur nouveau président, Joe Biden a parlé face à plus de 190 000 drapeaux plantés pour représenter ce public absent.
De hautes grilles, parfois surmontées de barbelés, protégeaient la « zone rouge » entre la colline du Capitole et la Maison-Blanche.
Émotions
Mardi soir, peu après son arrivée à Washington, il avait rendu un hommage solennel aux victimes du Covid-19, prenant le contrepied de Donald Trump qui a depuis des mois tenté de minimiser l’impact d’une pandémie ayant fait plus de 400 000 morts aux États-Unis. « Pour guérir, nous devons nous souvenir. Il est difficile parfois de se souvenir mais c’est ainsi que nous guérissons », a-t-il déclaré devant l’imposant monument Abraham Lincoln. L’ancien bras droit de Barack Obama s’est ensuite recueilli, au son de la chanson Hallelujah de Leonard Cohen, face aux 400 lumières allumées autour du bassin rectangulaire dans lequel se reflétait le Washington Monument.
Quelques heures plus tôt, au moment de quitter son fief du Delaware, il s’était montré très ému, des larmes coulant sur son visage. « Excusez mon émotion, lorsque je mourrai, Delaware sera écrit dans mon cœur », a déclaré le démocrate en écho aux paroles de l’auteur irlandais James Joyce.
En attendant, le processus de confirmation par le Sénat des ministres désignés par le président élu a commencé mardi, afin que le gouvernement soit au plus tôt en ordre de marche face aux nombreuses crises.
Source : AFP


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