La déconnection entre Wall Street et l’économie réelle ne pose pas de problèmes aux financiers, mais inquiète les écnomistes. Photo d’archives Stan Honda/AFP
« Sur le plan financier, nous ne voyons pas de bulle en tant que telle », affirme Aymeric Poizot, directeur général pour la France de l’agence de notation Fitch. « La déconnexion entre Wall Street et ‘‘Main Street’’ (l’économie réelle, NDLR) ne pose pas de problème tant que les banques centrales interviennent », ajoute-t-il. À l’origine de cet afflux démesuré de liquidités, la décision des banques centrales, en mars 2020, de porter leur soutien aux États à un niveau inégalé, en rachetant massivement leurs obligations. Cette politique a eu pour effet de réduire à zéro les taux d’intérêt et de nourrir par conséquent la hausse des cours boursiers, les investisseurs se ruant sur les placements rentables.
« À la lecture d’un grand nombre d’indicateurs, il est difficile de ne pas voir un certain décalage entre les prix des actifs risqués et les perspectives économiques », reconnaissait toutefois en décembre Claudio Borio, chef du département monétaire et économique de la Banque des réglements internationaux (BRI), dont les avis sont très écoutés.
De son côté, l’économiste Thomas Piketty ne cesse d’alerter sur les méfaits de cette « orgie de création monétaire » qui « contribue à enrichir les plus riches » en dopant les « cours boursiers et immobiliers » depuis dix ans. Rappelant, sur son blog, que « les 500 plus grandes fortunes françaises sont passées de 210 à 730 milliards d’euros entre 2010 et 2020 », il conclut : « Une telle évolution est socialement et politiquement insoutenable. »
Eve SZEFTEL et Ali BEKHTAOUI/AFP

