Rechercher
Rechercher

Focus

En 2020, un florilège de découvertes archéologiques exceptionnelles

Le chat de Nazca, les momies de Saqqara, des reliefs datant de l’époque du roi Sargon II d’Assyrie... De belles et grandes fouilles archéologiques ont ponctué l’année passée.


En 2020, un florilège de découvertes archéologiques exceptionnelles

Une silhouette de chat longue de 37 mètres a été mise au jour sur une colline dans le désert de Nazca, au Pérou. Photo ministère péruvien de la Culture/AFP

Dire que 2020 fut une année difficile relève de l’euphémisme. La plupart des pays et secteurs ont été touchés par la pandémie de Covid-19 et ses conséquences. Le monde de l’archéologie en a également ressenti les effets puisque de nombreuses fouilles ont été annulées ou réduites en raison de la progression du coronavirus. Des excavations ont toutefois été maintenues dans certains pays et des découvertes particulièrement remarquables ont été faites, notamment un géoglyphe tentaculaire au Pérou, un trésor de cent momies intactes en Égypte, une structure préhistorique unique en son genre en Grande-Bretagne et plus encore.

Un chat de 37 mètres se prélasse à Nazca

Le désert de Nazca, situé à 400 kilomètres au sud de Lima, au Pérou, n’en finit pas de révéler ses géoglyphes, à savoir des motifs tracés au sol, sur de vastes superficies, qui ne sont appréciables que vus d’une certaine hauteur.

Lire aussi

Les « beads », ces perles précieuses d’un autre temps

Au bestiaire de ce site classé au patrimoine mondial de l’Unesco, vient s’ajouter un chat monumental de 37 mètres de long, gravé à même le sol entre 200 et 100 ans avant notre ère. « La figure était à peine visible et elle était sur le point de disparaître parce qu’elle est située sur une pente assez raide, sujette aux effets de l’érosion naturelle », a déclaré dans un communiqué le ministère péruvien de la Culture le 15 octobre dernier, notant qu’un minutieux travail entrepris a permis de redonner à ses traits toute leur clarté et de révéler « une silhouette féline avec le corps de profil et la tête de face ». L’épaisseur des lignes varie entre 30 et 40 centimètres. Le responsable péruvien de l’équipe d’archéologues, Johny Isla, affirme que ces dernières années, des dizaines de nouveaux dessins ont été révélés dans les vallées de Nazca et de Palpa grâce à l’usage de drones. Et « qu’il en reste d’autres à découvrir ».La figure du chat est plus ancienne que les représentations célèbres de l’araignée, de l’oiseau ou encore du singe, qui, vu du ciel, étale ses longues pattes et sa queue en tourbillon sur 93 mètres de long et 55 mètres de large. Johnny Isla estime que la figure du chat daterait d’une période antérieure à la culture nazca. Elle serait l’œuvre des Paracas, une civilisation ayant vécu entre 500 avant J.-C. et l’an 200 de notre ère. La colline était jusqu’ici utilisée comme point de vue naturel pour admirer les centaines de formes humaines, animales ou abstraites qui ornent les vallées de Nazca et de Palpa, mais dont la plupart ne sont visibles que du ciel. Leur signification est toujours incertaine. « Toutefois, une chose est sûre, elles étaient adressées à des divinités liées à l’eau et à la fertilité », estime l’archéologue Isla.


En Amazonie colombienne, la « chapelle Sixtine des anciens  », l’une des plus grandes collections d’art rupestre préhistorique découverte en Amérique du Sud. Diana Sanchez/AFP


L’éblouissante « chapelle Sixtine » de l’Amazonie

Une des plus vastes collections d’œuvres rupestres connues en Amérique du Sud a été découverte en Amazonie colombienne. Sur des collines surplombant trois abris sous roche est apparue une fresque spectaculaire qui s’étend sur 12,9 kilomètres. Elle remonte à environ 12 600 ans, en pleine période glaciaire. Réalisés sur des abris rocheux avec de l’ocre, des milliers de dessins représentent des mastodontes, des paresseux géants et des figures humaines, ainsi que des animaux et des scènes de chasse. Cette « chapelle Sixtine des anciens », comme la surnomment les archéologues, est l’une des plus grandes collections d’art rupestre préhistorique découverte en Amérique du Sud. Pour les chercheurs, « il est probable que l’art représentait une partie importante de la culture et une façon pour ces individus de se connecter socialement ». Selon le Guardian, José Iriarte, professeur à l’Exeter University et en charge de l’équipe d’archéologues, n’exclut pas que ces dessins desservent également une fonction sacrée. « Il est intéressant de voir que nombre de ces grands animaux sont entourés de petits hommes avec leurs bras dressés, presque comme s’ils vénéraient ces animaux ». Iriarte avance que bien d’autres peintures pourraient encore se cacher dans la forêt colombienne. Pour le moment, « nous ne faisons que gratter la surface ». Le professeur Iriarte prévoit de retourner sur place avec son équipe dès que la situation sanitaire le permettra. Par ailleurs, ces recherches ont fait l’objet d’un épisode de la série documentaire « Jungle Mystery : Lost Kingdoms of the Amazon » diffusée en décembre sur la chaîne britannique Channel 4.


Le 22 juin, l’université écossaise de St Andrews annonçait la découverte d’une structure préhistorique unique près du célèbre site mégalithique de Stonehenge, dans le sud-ouest de l’Angleterre. Adrian Dennis/AFP


Unique, le monument préhistorique du Royaume-Uni

Le 22 juin, l’université écossaise de St Andrews annonçait qu’une structure préhistorique unique, formant un cercle de plus de deux kilomètres de diamètre, avait été découverte près du célèbre site mégalithique de Stonehenge, dans le sud-ouest de l’Angleterre. La structure se compose de 20 trous géants creusés il y a environ 4 500 ans, pendant la période néolithique. Chacun des trous a un diamètre de 10 mètres et une profondeur de 5 mètres. L’ensemble forme un cercle de 2 km et couvre une superficie de plus de trois kilomètres carrés. Il est si grand qu’il a en son centre l’enceinte de Durrington Walls, un Henge massif (terme dérivé de Stonehenge servant à désigner ces structures circulaires ou ovales préhistoriques) qui regroupe le plus grand ensemble circulaire mégalithique au monde. Les archéologues ne savent pas encore pourquoi ce cercle géant ponctué de trous a été créé. « Il est possible que ces excavations aient marqué les limites d’une zone sacrée à l’époque néolithique, associée à l’apparition des premiers agriculteurs en Grande-Bretagne et parfois l’érection de très imposantes structures rituelles. Une autre possibilité est que les trous ont été utilisés pour retenir l’eau pendant la saison des pluies », disent-ils, ajoutant que cette structure est unique et n’a pas son pareil ailleurs. « Ces fouilles nous donnent un aperçu du passé qui montre une société encore plus complexe que nous ne pouvions jamais imaginer. Et, encore une fois, cette découverte a prouvé que dans le passé, nos ancêtres étaient des gens développés ou sophistiqués », note pour sa part Richard Bates, chercheur et professeur à la School of Earth and Environmental Sciences de l’université de St Andrews en Écosse.


Ouverture en fanfare d’un sarcophage découvert dans la nécropole de Saqqara le 3 octobre à Gizeh, près du Caire. Khaled Desouki/AFP


Le trésor de Saqqara

Depuis l’été 2020, les archéologues égyptiens fouillent le sous-sol de Saqqara qui abrite la nécropole de Memphis, capitale de l’Égypte ancienne. Là, à 12 mètres de profondeur, dès qu’on vide un puits funéraire de ses sarcophages, on en découvre un autre. Au 14 novembre, le décompte était de plus de 100 sarcophages scellés contenant les momies de hauts responsables de la Basse Époque (entre 700 et 300 ans av. J.-C.) et de la période ptolémaïque (323 à 30 ans avant J.-C.). De nombreux artefacts ont été également trouvés, dont 40 statues représentant des divinités et des masques funéraires. Devant la presse, les cercueils en bois scellés ont été dévoilés en fanfare par le ministre égyptien du Tourisme et des Antiquités, le Dr Khaled el-Enani. Les archéologues en ont ouvert un, à l’intérieur duquel reposait une momie enveloppée dans un linceul orné de hiéroglyphes colorés. Ce trésor découvert sera réparti dans différents établissements museaux, dont le Grand Musée égyptien qui doit ouvrir ses portes cette année en périphérie du Caire, près des pyramides du plateau de Guizeh, donc à une quinzaine de kilomètres du site de Saqqara. Celui-ci n’a pas encore révélé tout ce qu’il recèle. « Les fouilles sont toujours en cours », a affirmé le ministre Enani. Les archéologues espèrent découvrir prochainement un ancien atelier de fabrication de cercueils pour momies, selon le secrétaire général du Conseil supérieur des antiquités, Mostafa Waziri.

Panneaux assyriens rares

Récemment, une équipe d’archéologues italiens et kurdes d’Irak travaillant dans le nord de l’Irak, près de Mossoul, a mis au jour dix reliefs en pierre du VIIIe siècle avant notre ère, qui décoraient un réseau sophistiqué de canaux creusés dans la roche. Cette découverte surprenante de sculptures ravissantes, que l’on trouve rarement en dehors des palais, permet d’avoir un nouveau regard sur les impressionnants travaux publics financés par le roi Sargon II d’Assyrie qui a régné de 722 à 705 avant J.-C. Les reliefs représentent une procession de divinités, dont Assur, le principal dieu assyrien, chevauchant un dragon, et sa compagne Mullissu, assise sur un trône décoré soutenu par un lion. D’autres représentations incluent le dieu du Soleil Shamash sur un cheval et le dieu de la Lune, Sin, sur un lion à cornes. Toutes les divinités sont posées face à la direction de l’eau qui coulait dans le canal. Sargon II est même représenté au début et à la fin de la procession des divinités. Les travaux de découverte des panneaux ont commencé en 2012, mais lorsque l’organisation terroriste EI s’est approchée de la région, les archéologues ont enterré les panneaux pour empêcher leur destruction par les hommes de Daech. En conséquence, les panneaux n’ont été entièrement découverts que récemment.

Romulus mythe ou réalité ?

Un autel et un sarcophage vide de 1,4 mètre en tuf (pierre volcanique légère, extraite de la colline du Capitole) ont été mis au jour sous la maison du Sénat du Forum romain. Les deux éléments datent du VIe siècle avant J.-C. En février 2020, les archéologues annoncent la découverte de la tombe de Romulus, le fondateur de Rome selon la légende. Lui et son frère Remus auraient été abandonnés alors qu’ils étaient enfants et élevés par une louve. À l’âge adulte, les deux frères se sont disputés sur la colline sur laquelle Rome devrait être construite, et Romulus a tué Remus. Aujourd’hui, la plupart des historiens considèrent l’histoire comme mythologique et doutent que Romulus ait vraiment existé.

Lire aussi

Filles, sexe et lupanars au temps des Romains

C’est l’archéologue italien Giacomo Boni, au début du XXe siècle, qui avait émis l’hypothèse de la présence au Forum romain, à quelques mètres de la stèle du Lapis niger et de l’espace du Comitium, d’un monument érigé à la mémoire d’un personnage illustre pouvant être le fondateur de la ville. Pour autant, les responsables du parc archéologique ont tenu à préciser qu’il était impossible « d’affirmer scientifiquement » qu’il s’agit bien du tombeau de Romulus. « C’est seulement une suggestion basée sur des sources antiques qui, toutes, pour cette zone du forum, évoquent la présence du sépulcre de Romulus », a expliqué la responsable des fouilles, Patrizia Fortini.

L’existence des frères Romulus et Remus allaités par une louve – figure devenue le symbole de Rome – a toujours divisé les historiens. Popularisée par des auteurs antiques comme Tite-Live (-59-17), Ovide (-43-17) ou Plutarque (46-125), ou encore selon l’auteur antique Varron (au Ier siècle av J.-C.), la tombe de Romulus, premier des sept rois de Rome, se trouverait dans un lieu situé sur le Comitium. Mais cette tradition est réfutée par les modernes. « C’est à coup sûr un monument important, la forme de caisse fait penser à un mémorial, mais ce qu’il fut réellement, on ne peut pas le dire », a signalé la responsable des fouilles.

Les cousins polynésiens et colombiens

Enfin, la génétique vient de confirmer que les relations des populations amérindiennes et des habitants de la Polynésie remontent à 1150 après J.-C. ; bien avant que les Européens ne foulent le sol polynésien.

Selon une étude publiée le 8 juillet 2020 dans la revue Nature, l’analyse de l’ADN de 807 autochtones polynésiens et colombiens a révélé que ces deux peuples ont non seulement pris contact, mais se sont également reproduits vers 1150 après J.-C. On ne sait pas comment les groupes se sont rencontrés ; les Polynésiens peuvent avoir navigué en Amérique du Sud, ou vice versa. Quoi qu’il en soit, leurs descendants ont vécu dans les îles Marquises – à environ 7 000 km de la côte colombienne – en 1200 après J.-C., et se sont progressivement diversifiés vers d’autres îles de Polynésie, comme l’île de Pâques et de Mangaréva.

Joint par le magazine Sciences et avenir, l’archéologue spécialiste du monde océanien, Jean-Christophe Galipaud, chargé de recherche au Musée national d’histoire naturelle de Paris, souligne que « les Polynésiens orientaux étaient à l’époque de grands navigateurs, et ils avaient sans doute une maîtrise de la navigation et de la construction de pirogues de haute mer supérieure à celle des peuples colombiens côtiers de l’époque. Ils n’avaient aucune raison dans leur quête de nouvelles terres d’interrompre leur recherche une fois les îles polynésiennes découvertes, et ce sont eux qui, pour moi, ont atteint les côtes américaines ». Faisant référence aux résultats de l’étude, Lars Fehren-Schmitz, généticien à l’Université de Californie à Santa Cruz (États-Unis), a déclaré au New York Times que cette nouvelle étude « était la preuve la plus convaincante » qu’il ait vue jusque-là.


Dire que 2020 fut une année difficile relève de l’euphémisme. La plupart des pays et secteurs ont été touchés par la pandémie de Covid-19 et ses conséquences. Le monde de l’archéologie en a également ressenti les effets puisque de nombreuses fouilles ont été annulées ou réduites en raison de la progression du coronavirus. Des excavations ont toutefois été maintenues dans...

commentaires (0)

Commentaires (0)