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Des vœux ? Mais si, mais si !

Si, en ce début d’an nouveau, on devait absolument céder à un bon mouvement et se plier au rituel des vœux de saison, que pourrait-on souhaiter de pas trop rosse à ces dirigeants indignes que les foules en révolte ont copieusement voués aux enfers ? Ce serait tout bêtement qu’ils puissent, par quelque prodige survenant avant l’effondrement total du pays, retrouver leurs sens, au propre aussi bien qu’au figuré.


Car cette curieuse espèce de gouvernants n’a même pas été fichue d’utiliser à bon escient les précieux cadeaux que la nature fait généralement aux humains pour les aider à percevoir le monde environnant. Ils sont ainsi désespérément sourds aux cris de détresse d’une population dépossédée et puis abandonnée à son sort; sourds, de même, aux objurgations des puissances amies qui les pressent, mais en vain, de mettre fin à leurs mesquines luttes d’influence et de s’atteler enfin à ces réformes structurelles, seules capables de sauver, in extremis, le pays.


L’odorat et le toucher, ces gens-là ont trouvé moyen, depuis des décennies, de les associer. Ils sont passés maîtres dans l’art de flairer la bonne affaire, de capter les capiteux effluves de cet argent dont seuls les naïfs assurent qu’il n’a pas d’odeur, de repérer, tels de performants chasseurs de truffes, les ministères les plus juteux, offrant le plus d’occasions à adjudications ou contrats de gré à gré; et c’est sans trop se soucier du scandale qu’ils palpent leurs commissions, ristournes et autres dessous-de-table. Comme manque de goût, difficile de faire mieux, n’est-ce pas ; voilà toujours qui ne laisse plus en lice que la vue.


La vue, oui, ne serait-ce que pour les décider à graver dans leurs pauvres cervelles tous ces chiffres affolants qui, eux, ne mentent pas : statistiques fixant l’indice de pauvreté dans un pays qui fut la Suisse du Proche-Orient ; décompte de l’hémorragie démographique qu’est l’exode massif de citoyens, et aussi de la saignée de devises due à la contrebande à grande échelle, et en toute impunité, de carburants et de farine soutenus par l’État libanais ; et pour comble, le score prévisible, et même annoncé, que marque le Covid-19, à l’ombre d’une erratique gestion de la crise sanitaire.


La vue, une fois de plus, pour prendre conscience de ce qui se passe aussi autour de nous. Suite à leurs ouvertures en direction d’Israël, les monarchies pétrolières du Golfe retrouvent leur unité, avec le retour au bercail de Qatar. En même temps et comme de tradition, on voit les grandes manœuvres militaires précéder, en Irak et ailleurs, le bazar attendu entre l’Amérique de Joe Biden et l’Iran; tout cela survenant – et là est le plus grave – à l’heure où l’État libanais fait étalage de sa totale passivité face au cours des évènements. Pas plus qu’en matière de finances, d’économie, de pandémie ou même d’industrie et d’agriculture, les responsables ne sont animés d’une quelconque vision, d’un plan d’action, d’un projet, d’un dessein quant à l’identité, à la place et au rôle du Liban dans cette partie du globe. Tel n’est certes pas le cas d’un Hezbollah qui ne cesse, depuis des décennies, d’appliquer, étape par étape, un programme qui lui a permis d’arraisonner plus d’une prérogative essentielle de l’État. En tête de celles-ci figure la prétention à assurer la défense du territoire, dont découle naturellement la décision de guerre ou de paix. Rien ne pouvait mieux illustrer cette mortelle aberration que les remous causés par la tapageuse commémoration, au Liban, de la mort du chef des pasdaran, le général Soleimani, tué il y a un an par un missile américain. Les portraits géants du disparu ont inondé certaines régions du pays, et un buste a même été érigé en grande pompe sur une place publique. Plus choquantes cependant sont les déclarations faisant du Liban et de Gaza deux sites avancés de missiles face à Israël ; si choquantes, en fait, que le président de la République n’a pu faire autrement qu’y réagir, mais bien mal hélas… Rien que quelques lignes sur Twitter, adressées à inconnu et dénuées de toute exigence d’explications : de la timide et fragmentaire formulation de Michel Aoun, selon laquelle le Liban n’a nul besoin de partenaire pour protéger sa souveraineté et son indépendance, tout a été dit. Restait à déplorer le recours, incroyablement maladroit, à ce mot précis de partenaire, auquel s’est risqué le président. Car c’est bien à son partenariat avec la milice, conclu au terme d’un vertigineux revirement politique, qu’il doit son élection à la magistrature suprême ; et par un inévitable retour des choses, ce même partenariat ne pouvait que finir par miner, plomber, phagocyter la présidence forte dont rêvait le général.


L’épilogue était couru d’avance. Encore eût-il fallu se donner la peine de voir.


Issa GORAIEB
[email protected]


Si, en ce début d’an nouveau, on devait absolument céder à un bon mouvement et se plier au rituel des vœux de saison, que pourrait-on souhaiter de pas trop rosse à ces dirigeants indignes que les foules en révolte ont copieusement voués aux enfers ? Ce serait tout bêtement qu’ils puissent, par quelque prodige survenant avant l’effondrement total du pays, retrouver leurs sens, au...