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Éclairage

La nomination d’un proche d’Erdogan à la tête d’une université indépendante suscite l’indignation

Melih Bulu prend la tête de l’établissement souvent qualifié de Harvard turque.

La nomination d’un proche d’Erdogan à la tête d’une université indépendante suscite l’indignation

Une partie du campus de l’Université Bogazici à Istanbul, en Turquie. Photo d’archives AFP

C’est une nomination qui n’a pas manqué de faire grandement réagir la presse turque, le milieu universitaire et culturel ainsi qu’une partie de l’opinion publique du pays. Recep Tayyip Erdogan a désigné, vendredi 1er janvier, au soir par décret présidentiel, une personnalité ayant occupé de nombreux postes au sein de l’AKP et ayant même fondé une branche de district de ce même parti politique, comme recteur de la prestigieuse Université de Boğaziçi, située à Istanbul. L’université, fondée en 1863, n’est autre que le premier établissement d’enseignement supérieur américain à être établi en dehors des États-Unis. Souvent qualifiée de Harvard turque, la faculté y dispense un enseignement en anglais. Le nouveau président, Melih Bulu, était notamment candidat du Parti de la justice et du développement aux précédentes élections générales et locales turques, qui se sont respectivement tenues en 2019 et 2018. Les critiques émises par de nombreux étudiants et membres du corps enseignant de la faculté se sont d’abord attardées sur le mode de désignation à l’œuvre. « Jusqu’en 2016, les recteurs étaient élus dans une certaine mesure par le personnel académique. Le président de la République nommait le recteur parmi les trois candidats les mieux notés. Mais les élections universitaires ont été abolies par décret et le président est depuis lors le seul décideur en matière d’administration universitaire », s’indigne Ozgun Emre Koç, étudiant au sein de l’Université de Boğaziçi, contacté par L’Orient-Le Jour. « Le président choisissait traditionnellement le candidat ayant récolté le plus de voix à la suite des élections. Lorsqu’il a commencé à choisir le 3e, on a commencé à murmurer dans les universités. Aujourd’hui, c’est autre chose, il n’y a plus de consultation interne, l’élection est devenue une nomination », commente pour sa part Nora Seni, professeure à l’Institut de géopolitique de l’Université Paris-VIII.

Mainmise du pouvoir

La décision du président a été suivie de vives protestations au sein de l’université. Sur Twitter, de nombreux étudiants ont fait part de leur colère sous le hashtag #KayyumRektorIstemiyoruz (nous ne voulons pas d’un recteur fiduciaire). « Des réunions d’urgence ont eu lieu dans divers départements, des pétitions sont lancées, des étudiants et des universitaires ont publié plusieurs déclarations pour protester contre la nouvelle nomination. Boğaziçi est en train de devenir l’un des symboles de la lutte contre le statu quo en Turquie », ajoute Ozgun Emre Koç.

Pour mémoire

La disgrâce du gendre d’Erdogan

Cette décision inquiète d’autant plus que le président turc avait ciblé une partie des étudiants de la fameuse université. Plusieurs d’entre eux avaient été arrêtés par la police, en 2018, pour avoir organisé une manifestation pacifique sur le campus en opposition aux opérations militaires turques en Syrie. Recep Tayyip Erdogan avait alors déclaré que ces étudiants appartenaient à une « jeunesse communiste et terroriste » dans un discours public. Plusieurs personnalités politiques ont également critiqué la décision du président. « Notre pays a besoin d’universitaires libres, de scientifiques libres et d’étudiants productifs. Cette liberté et cette productivité ne peuvent être obtenues en nommant des administrateurs », a dénoncé sur Twitter Ali Babacan, le chef du Parti pour le développement et le progrès (DEVA), qui a quitté l’AKP en 2019 en raison de profondes divergences, pour fonder son propre parti. La nomination de Melih Bulu est vue comme un moyen de renforcer la mainmise du pouvoir sur le milieu universitaire et intellectuel pour faire taire les voix critiques au régime. « L’Université de Boğaziçi n’est pas seulement l’une des meilleures universités du pays. Elle est aussi un lieu symbolique pour la haute classe intellectuelle, les connaissances académiques approfondies et l’intégration dans le monde. L’ambition d’Erdogan de nommer quelqu’un qui n’est manifestement pas au niveau en termes d’ancienneté et de connaissances académiques comme recteur de l’université, est un signe politique qui dit “Vous pouvez avoir la sagesse, mais j’ai le pouvoir” », observe Sedef Kabaş, politologue turque et enseignante en communication et journalisme, ayant étudié à l’Université de Boğaziçi, également contactée par L’OLJ.

Plagiat

Le personnage désigné par le reis turc est vivement contesté sur les réseaux sociaux. Traditionnellement, le recteur de l’Université de Boğaziçi exerce au sein de cette dernière avant d’être nommé à ce poste. Or pour la première fois, le président de la fameuse université ne fait pas partie du personnel. Melih Bulu est toutefois passé par l’Université de Boğaziçi, où il a obtenu sa maîtrise et son doctorat en administration des affaires. Il a débuté une carrière universitaire en 2009 et était notamment recteur à l’université de Haliç avant sa nomination. Mais l’authenticité de ses diplômes est également remise en cause depuis vendredi dernier alors que Melih Bulu est accusé de plagiat sur les réseaux sociaux. « Des preuves solides de plagiat ont été détectées dans son doctorat, son mémoire et quelques autres textes », soutient Ozgun Emre Koç à propos du proche du président. « Compte tenu de la position idéologique du parti au pouvoir contre la liberté académique, son engagement politique inquiète les étudiants et le personnel académique », conclut ce dernier.


C’est une nomination qui n’a pas manqué de faire grandement réagir la presse turque, le milieu universitaire et culturel ainsi qu’une partie de l’opinion publique du pays. Recep Tayyip Erdogan a désigné, vendredi 1er janvier, au soir par décret présidentiel, une personnalité ayant occupé de nombreux postes au sein de l’AKP et ayant même fondé une branche de district de ce...

commentaires (2)

Cette nomination suscite l'indignation...ah bon?, Quelle partie du mot dictateur n'est pas claire?

Wlek Sanferlou

17 h 37, le 04 janvier 2021

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Commentaires (2)

  • Cette nomination suscite l'indignation...ah bon?, Quelle partie du mot dictateur n'est pas claire?

    Wlek Sanferlou

    17 h 37, le 04 janvier 2021

  • Bravo Erdogan meme dans l'université , grr

    Eleni Caridopoulou

    17 h 21, le 04 janvier 2021