C’est le temps de Noël, le temps des retrouvailles, des communions, des réunions, des réconciliations. Des rassemblements, des rattachements, des accolements, c’est le temps de l’amour tout court.
Après avoir cavalé toute cette année, je marque une pause, comme une trêve ou un arrêt. Noël me revient, mais avec lui des souvenirs, la mémoire de ceux qui m’ont quittée. On a beau me dire qu’ils sont présents différemment, ils demeureront inscrits sur la liste des abonnés absents. Leur souvenir me hante, m’habite, m’obsède pour me posséder.
Je pense à eux le temps de Noël, le temps où ils étaient là, mais moi, je ne le voyais pas. Des images se bousculent dans ma tête, de la naissance à mon enfance, aux avènements, aux achèvements. C’est fou comment Noël revient ranimer des flammes que je croyais annihilées, des souvenirs que je pensais oubliés ! C’est beaucoup d’un coup Noël avec des réminiscences plein les bras. La veillée de Noël sera différente cette année : papa, il y a bien longtemps que tu n’es plus là, bien longtemps que tu ne rentres plus avec ton beau sapin. Mais cette année, c’est maman non plus qui n’y sera pas. Avec elle, Noël, c’était différent. Bon, on se faisait tout un plat pour la veillée et le repas de Noël, pour l’emballage des cadeaux qu’elle voulait parfait, pour la décoration de la crèche et du sapin, pour la liste des invités, leur place autour de la table, cette tension qui poussait haut mon taux d’adrénaline, mais qui cette année sera à son plus bas.
Maman, c’était beaucoup de choses à la fois. Mais Maman n’est plus là. Et lorsque ni papa ni maman ne sont là pour Noël, Noël est orphelin. Alors je ferai semblant que tout va bien, mais au fond de moi-même, je sais que papa et maman vont me manquer, je sais que ça ne va pas très bien.
Il y a aussi les autres, les autres qu’on a pris l’habitude de recevoir seulement pour Noël, comme si on ne pouvait pas les recevoir autrement, dans d’autres moments. Ils ne seront pas là non plus. Le Covid-19 les retiendra chez eux comme des prisonniers condamnés. Il y a nos chers revenants, on n’ira pas à l’aéroport pour les ramener. Nos bras ouverts resteront vides d’enlacements, on ne leur fera pas de baisers, ni d’étreintes envolées. Ils ne viendront pas… Leur avion restera cloué et eux privés de liberté.
Il y a les endeuillés, ceux qui ont perdu des êtres chers, qui sont devenus en l’espace de quelques secondes séparés, délaissés, abandonnés. Ceux qui n’ont plus de toit, qui sont dépouillés, dépossédés, déménagés, émigrés. Il y a les affligés, les consternés, les ennuyés, les mortifiés, les tracassés, les navrés, les désolés. Il y a les abîmés, les endommagés, les gâchés, les cassés, ceux qui gardent en eux une blessure jamais cicatrisée. Il y a les déshonorés, les égarés, les dépossédés, les déconsidérés, ceux qui, la nuit de Noël tombée, se cacheront pour pleurer.
Il y a les conservés, les constipés, les contractés, les coincés, à ceux-là, Noël 2020 n’apportera rien de nouveau dans leur panier. Ils ont toujours été ainsi, un Noël de plus ou de moins, ils n’entendent pas changer. Ils brilleront de mille et une lumières, certes, mais la sincérité, l’authenticité et la véracité manqueront à leur triste banalité.
Et il y aura toujours et surtout ceux qui nous ont quittés !
Noël cette année, c’est un Noël d’une autre époque et d’une autre réalité.
Il est triste, notre Noël, cette année. Tellement triste que l’on sera gêné de le fêter, un Noël de la honte habillé. Il est nostalgique, notre Noël, cette année, tellement nostalgique que nous aurons envie de voir le temps reculer pour ressusciter nos décédés. Il est amer, notre Noël, tellement amer que toutes les douceurs ne pourront le sucrer… Il est accablé, notre Noël, tellement accablé qu’on peine à nous relever.
Malgré nos deuils et notre misère, cette année, Noël apportera de la fraternité dans la souffrance, de l’empathie dans la peine, de la compassion dans la douleur, de la naissance dans le déchirement. Il y aura de l’amour, beaucoup d’amour, et l’Amour de Noël, il est différent, il est grand, il est vaste, il est majestueux, il est glorieux, c’est pour cela que Noël est joyeux.
Non, nos boîtes à cadeaux ne seront pas vides cette année, elles seront remplies de merveilleux présents : la naissance, l’espérance et l’amour de Noël, et ça sera suffisant.
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