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« AA Essmak », ou plutôt au nom de l’amour, du droit à la maternité, au bonheur et à la vie


« AA Essmak », ou plutôt au nom de l’amour, du droit à la maternité, au bonheur et à la vie

Un nouveau feuilleton, signé Claudia Marchalian et dirigé par Philippe Asmar, vient meubler les soirées des téléspectateurs sur la MTV chaque soir, à part jeudi et samedi, après les nouvelles. Des sujets pour la plupart tabous pour la société libanaise sont brillamment racontés dans une histoire dont les ramifications sont tout aussi cruciales que le fil conducteur. Jude, interprétée par Carine Rizkallah, est une jeune femme issue de la bourgeoisie, et dont la mère et la sœur sont décédées des suites d’un cancer de l’utérus. Le diagnostic du médecin tombe comme un couperet pour elle et sa sœur Solange, jouée par Viviane Antonios. Elles doivent toutes les deux se faire retirer leur utérus à titre préventif. Contrairement à sa sœur, Jude décide de ne pas se résigner à son sort et effectue un voyage à Paris afin d’effectuer une fécondation in vitro, même si elle est toujours célibataire. Une fois sa grossesse confirmée, elle rentre au Liban et achète une identité légitime à sa fille, Myriam, interprétée par la phénoménale Taline Abou Rjeily, en prenant le nom de famille d’un jeune photographe sans le sou, Iskandar (Jerry Ghazal), contre une somme de 50 000 dollars. Selon le contrat établi entre eux, Jude doit libérer Iskandar de ses obligations après une certaine période, mais la jeune femme se fait rejeter par sa famille qui est scandalisée par son aventure. Elle disparaît avec son nouveau-né et trouve refuge dans les locaux d’une école de village dirigée par Georgette Derbas (Liliane Nemri), une vieille fille qui ne tardera pas à succomber au charme d’un jeune professeur de théâtre, Mario (Tamer Najm), dont la devise est « Pourquoi pas ? Lima la ? ». Lorsque Georgette découvre la vérité que Jude lui avait cachée depuis des années, elle est déchirée entre son instinct maternel développé envers Myriam, la fille de Jude, et les valeurs sacro-saintes d’une société conservatrice et intransigeante lorsqu’il s’agit des enfants conçus hors mariage. Après des années de vie dans l’anonymat, Jude se fait finalement démasquer dans un hôpital. Les autorités entrent en contact avec Iskandar, devenu entre-temps une célébrité dans le monde de la photographie, après avoir suivi des études aux États-Unis, et désormais connu sous le nom d’Alecco D. Sauf que ce dernier est désormais fiancé et se trouve pris depuis des années dans un mariage d’affaires dont il veut à tout prix se débarrasser. Le jeune homme, accompagné par une vieille dame, Hayat (l’exceptionnelle Wafa› Tarabay), est sorti de la misère, et veut couper tout lien avec son passé et sa famille qui vit dans des conditions inhumaines et précaires. Le père d’Iskandar est un ivrogne au chômage, son frère, Edmond (Youssef Haddad), souffre dans sa vie sentimentale car il entretient une liaison avec une femme mariée. Sa mère, Khitam Laham, est désespérée de toute cette situation, sa sœur trisomique rebelle, l’adorable et talentueuse Dolly, prend régulièrement la fuite d’une maison de plus en plus étouffante, tandis que sa tante paternelle, Hanné, allège la dureté de leur vie quotidienne par sa bonté de cœur. Karim (Majdi Machmouchi) fait une cour assidue à Jude sans comprendre pour quelle raison elle repousse ses avances depuis des années.

Le scénario d’AA Essmak est intense de bout en bout, et toutes les personnalités jouent un rôle central, chacune dans son cadre. Le bouquet de professionnels du théâtre, dont la seule tonalité de la voix réveille en nous la nostalgie des grandes œuvres de la télévision libanaise, apportent une profondeur inégalable à ce feuilleton de trente épisodes qui nous plonge dans les méandres d’une société qui préfère se cacher derrière ses secrets familiaux et regarde impuissante se désintégrer le lien social qui la caractérisait auparavant. Dans une ambiance de fête amputée cette année au Liban, les téléspectateurs s’identifient à ces différentes familles qui se disloquent dans une quête perdue d’un certain équilibre entre leur désir personnel, leurs petits bonheurs et les comportements socialement convenables. Le droit pour la femme d’avoir un enfant hors mariage, le divorce et la garde des enfants, la prise en charge des enfants handicapés dans les familles les plus pauvres, la nécessité de faire reconnaître un enfant par un homme, quelles ques soient les conditions pour qu’il soit reconnu en tant qu’être humain et avoir des droits au Liban, l’adultère au nom de l’amour, l’amour interdit entre les générations, la précarité… Autant de sujets abordés par Claudia Marchalian dans un décor festif de lampions, de sapins de Noël et de guirlandes, une ambiance mise en scène par Philippe Asmar qui semble vouloir briser la froideur de la douleur, de l’amertume et de la déception qui règne sur l’ensemble de l’œuvre dramatique, toutefois parsemée de quelques instants de comédie. Il est encore tôt de porter un regard vraiment critique sur le déroulement des événements et sur la prestation des acteurs, mais dès les premiers épisodes, tous les ingrédients de la réussite sont au rendez-vous. À suivre, « pourquoi pas ? »…


Un nouveau feuilleton, signé Claudia Marchalian et dirigé par Philippe Asmar, vient meubler les soirées des téléspectateurs sur la MTV chaque soir, à part jeudi et samedi, après les nouvelles. Des sujets pour la plupart tabous pour la société libanaise sont brillamment racontés dans une histoire dont les ramifications sont tout aussi cruciales que le fil conducteur. Jude, interprétée...

commentaires (1)

Je ne peux porter de jugement sur ce feuilleton que je n'ai pas visionné, mais l'ensemble des sujets traités doit porter les spectateurs à d'intéressantes réflexions. Je voudrais seulement faire une remarque au sujet de l'expression "droit à la maternité". Elle est assez ambiguë. On parle, en France du "droit à l'enfant" pour justifier la "PMA pour toutes" à l'usage des couples de lesbiennes ou à l'adoption par des couples gays ou encore à la GPA. Il faut bien préciser que l'enfant ne peut être un OBJET, mais un SUJET se droits. Le droit de l'enfant à naître dans une famille harmonieuse, avec un père et une mère qui s'aiment est infiniment plus important que le "droit" de toute personne (homme ou femme) au plaisir d'avoir un enfant.

Yves Prevost

07 h 51, le 18 décembre 2020

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Commentaires (1)

  • Je ne peux porter de jugement sur ce feuilleton que je n'ai pas visionné, mais l'ensemble des sujets traités doit porter les spectateurs à d'intéressantes réflexions. Je voudrais seulement faire une remarque au sujet de l'expression "droit à la maternité". Elle est assez ambiguë. On parle, en France du "droit à l'enfant" pour justifier la "PMA pour toutes" à l'usage des couples de lesbiennes ou à l'adoption par des couples gays ou encore à la GPA. Il faut bien préciser que l'enfant ne peut être un OBJET, mais un SUJET se droits. Le droit de l'enfant à naître dans une famille harmonieuse, avec un père et une mère qui s'aiment est infiniment plus important que le "droit" de toute personne (homme ou femme) au plaisir d'avoir un enfant.

    Yves Prevost

    07 h 51, le 18 décembre 2020