Des civils s’approvisionnent en eau distribuée par les Forces de défense nationale éthiopiennes dans le village de Hadaelga, à l’ouest de la ville d’Alamata, le 10 décembre 2020. Eduardo Soteras / AFP
Les États-Unis ont jugé hier « crédibles » et « graves » les informations sur la présence de troupes érythréennes au Tigré, région d’Éthiopie où le gouvernement d’Addis-Abeba mène depuis cinq semaines une opération militaire pour destituer les autorités régionales dissidentes.
Le Premier ministre éthiopien et Prix Nobel de la paix 2019 Abiye Ahmed a lancé cette opération le 4 novembre, après des mois de tensions, et le 28, a annoncé la prise de la capitale régionale, Mekele, et la fin des combats.
Depuis, la communauté internationale, Nations unies en tête, réclame un accès au Tigré, coupé du monde depuis début novembre, pour pouvoir y acheminer de l’aide.
Avant même le début du conflit, 600 000 habitants, dont 96 000 réfugiés, étaient totalement dépendants de l’aide alimentaire.
Hier, un porte-parole du département d’État américain a évoqué la présence de troupes de l’Érythrée voisine sur le sol tigréen, aux côtés des forces d’Addis-Abeba – une rumeur qui inquiète la communauté internationale depuis plusieurs semaines. « Nous sommes au courant d’informations crédibles faisant état d’une implication de l’armée érythréenne au Tigré et considérons qu’il s’agit d’un développement grave », a-t-il dit à l’AFP. « Nous exhortons de telles troupes à se retirer immédiatement », a-t-il ajouté. L’ambassadeur éthiopien aux États-Unis Fitsum Arega a dénoncé un « mensonge » sur son compte Twitter.
Privé d’approvisionnement, le Tigré connaît de sévères restrictions d’accès depuis le début du conflit, et les réseaux de communication y sont encore largement hors service, ce qui rend difficile l’évaluation de la situation sur le terrain.
Rapprochement Éthiopie/Érythrée
Si elle était confirmée, la présence de troupes érythréennes au Tigré concrétiserait les craintes de la communauté internationale de voir le conflit se régionaliser.
L’Érythrée et l’Éthiopie se sont opposées dans une guerre meurtrière entre 1998 et 2000 en raison notamment de différends territoriaux. Depuis, les relations sont exécrables entre l’Érythrée et le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), qui dirigeait l’Éthiopie à l’époque et domine toujours le Tigré.
Une fois désigné Premier ministre en 2018, Abiye Ahmed a fait la paix avec le président érythréen Issaias Afeworki – ce qui lui a valu son prix Nobel – et a par ailleurs marginalisé les Tigréens au sein de sa coalition, qu’il percevait comme opposés à son train de réformes économiques et démocratiques pour le pays.
L’éventuelle présence de troupes érythréennes au Tigré suscite également des inquiétudes pour les quelque 96 000 réfugiés érythréens installés dans la région avant le début du conflit et qui avaient fui ces dernières années le régime autocratique de M. Issaias.
L’International Crisis Group a évoqué plusieurs milliers de morts – combattants et civils – depuis le début du conflit, et un massacre de plusieurs centaines de civils a été documenté par les organisations de défense des droits humains et l’AFP, mais on ignore encore largement l’étendue des pertes en vies humaines et des destructions. Le conflit s’est déjà traduit par une crise humanitaire : près de 50 000 habitants du Tigré ont fui au Soudan voisin. Les organisations humanitaires soupçonnent que les combats ont également provoqué des déplacements de populations internes au Tigré sans qu’on en connaisse l’ampleur.
« Sans discrimination »
Le gouvernement éthiopien a réitéré hier son intention d’être le chef d’orchestre de la délivrance d’aide humanitaire au Tigré, sur fond de bras de fer avec la communauté internationale sur l’accès de l’aide humanitaire à la région.
Un premier accord conclu avec l’ONU pour un accès sans restriction est resté lettre morte, Addis-Abeba mettant en avant sa souveraineté sur le territoire. Une équipe de l’ONU chargée d’évaluer les conditions de sécurité a même essuyé des tirs de forces progouvernementales dimanche dernier.
Mercredi soir, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a annoncé un nouvel accord « pour des missions d’évaluation conjointes » et insisté pour que l’aide distribuée au Tigré le soit « sans aucune forme de discrimination ».
Mais le gouvernement d’Addis-Abeba s’est attelé ces derniers jours à montrer sa capacité à délivrer l’aide lui-même : « La livraison de l’aide s’inscrit dans un cadre de coordination soumis à l’autorité du gouvernement fédéral. »
Dans son communiqué d’hier, le gouvernement réitère que de la nourriture a été livrée à Mekele, mais aussi dans les localités d’Alamata et de Shire.
Les Nations unies affirment par ailleurs que les combats continuent sur le terrain, et s’est alarmée de « violations flagrantes des droits de l’homme » et de « discriminations » envers les Tigréens. Addis-Abeba évoque pour sa part « des échanges de coups de feu sporadiques ».
Le Conseil danois pour les réfugiés (Danish Refugee Council – DRC) a annoncé hier le décès sur place de trois de ses agents de sécurité, en novembre, tandis que l’International Rescue Committee (IRC) a fait part de la mort d’un de ses membres au camp de réfugiés de Hitsats à une date non communiquée.
Source : AFP


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