Charaf Abou Charaf lors de la conférence de presse tenue hier au siège de l’ordre des médecins à Tahouita. Photo DR
À l’heure où les réunions se multiplient pour discuter des différents moyens de rationaliser les subventions qui bénéficient à plusieurs secteurs, au nombre desquels celui des médicaments, le président de l’ordre des médecins, Charaf Abou Charaf, a lancé hier un appel pour soutenir l’industrie pharmaceutique locale qui est « une assurance pour la sécurité médicamenteuse », comme pour la rationalisation des subventions sur les médicaments importés. « L’absence d’une politique médicamenteuse et l’arrêt depuis des décennies des activités du laboratoire central pour contrôler les médicaments ont conduit à noyer le marché avec près de 5 500 médicaments inscrits, alors que nous n’en avons besoin que de 500 », a déclaré le Dr Abou Charaf au cours d’une conférence de presse hier au siège de l’ordre à Tahouita.
En 2019, a-t-il rappelé, le Liban a consommé des médicaments pour une valeur totale de 1,740 milliard de dollars, dont un milliard en importations. « Donc, 80 % des médicaments sont des originaux importés et 20 % des génériques produits localement », a-t-il souligné, alors que, selon lui, dans les pays occidentaux, « les médicaments originaux sont consommés à raison de 20 % contre 80 % de génériques ». Soit l’exact opposé.
« Les industries pharmaceutiques au Liban sont capables d’augmenter leur production, à condition qu’elles bénéficient du soutien de l’État », a encore affirmé le Dr Abou Charaf, mettant l’accent sur les bénéfices qu’engendrerait un renforcement de la production locale de médicaments. À savoir une baisse des importations en devises étrangères et l’introduction sur le marché libanais de dollars frais à travers l’exportation de la production locale.
Soulignant que « onze usines disposent des compétences nécessaires pour produire les meilleurs médicaments possibles », le Dr Abou Charaf a précisé que celles-ci permettent de fabriquer localement 1 161 remèdes permettant le traitement de vingt catégories de maladies chroniques et incurables, comme les maladies cardiaques, l’hypertension, le diabète, les inflammations, les allergies…
« Nous réclamons en priorité que l’industrie pharmaceutique nationale soit soutenue, tout comme la production de génériques de bonne qualité, et que les traitements pour les maladies chroniques restent subventionnés », a-t-il encore insisté. Il a également proposé que la BDL cesse de subventionner « vingt marques différentes » utilisées pour traiter une même maladie et que ces aides se concentrent uniquement sur le produit le moins cher.
Se penchant sur la pénurie actuelle de certains médicaments, le Dr Abou Charaf a fait remarquer que celle-ci est due « aux réserves » effectuées par les patients qui craignent une rupture de stock ou une augmentation des prix, et la contrebande vers l’étranger. Dans ce contexte, il a encore appelé à ce qu’aucun traitement sur ordonnance ne soit mis en vente libre.
Insistant également sur l’importance du développement de l’industrie pharmaceutique locale, la présidente du syndicat de l’industrie pharmaceutique au Liban, Carole Abikaram, a appelé à accélérer la procédure d’enregistrement des médicaments au sein du ministère de la Santé. Elle a par ailleurs de nouveau pressé la Banque du Liban de traiter les demandes de subventions pour l’importation des matières premières nécessaires à la production de médicaments « en un délai maximal de cinq jours ».


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