Une photo prise le 8 décembre 2020 montrant une file attendant de faire des tests contre le coronavirus, dans un quartier de Chengdu, après la détection de plusieurs cas de Covid-19. China OUT / AFP / Str
De l’Inde aux États-Unis, en passant par la Chine ou la Bulgarie, plus de six pays sur dix ont pris des mesures problématiques pour les droits humains ou le respect des règles démocratiques pour combattre la pandémie de Covid-19, s’est inquiétée une organisation intergouvernementale hier.
Dans un rapport portant sur la quasi-totalité du monde, International Idea conclut que 61 % d’entre eux ont pris des mesures considérées comme « illégales, disproportionnées, sans limite de temps ou superflues ».
Si 90 % des régimes autoritaires sont pris en défaut, les pays considérés démocratiques ne sont pas épargnés : 43 % sont pointés du doigt par l’organisation basée à Stockholm et spécialisée dans l’état de la démocratie dans le monde.
« Il était prévisible que les régimes autoritaires avec moins de garde-fous prennent l’excuse de la pandémie pour accroître leur emprise sur le pouvoir », affirme le secrétaire général d’International Idea, Kevin Casas-Zamora. « Ce qui est plus surprenant est que tant de démocraties aient pris des mesures problématiques », dit-il.
L’Inde occupe la première place peu flatteuse du classement mondial, avec des mesures jugées « inquiétantes » dans 9 des 22 domaines analysés (liberté de mouvement, d’expression, de la presse, etc.), devant l’Algérie et le Bangladesh (8).
Suivent la Chine, l’Égypte, la Malaisie et Cuba (7). La Russie est la première nation européenne, avec six domaines d’inquiétude, tout comme l’Arabie saoudite, la Birmanie, la Jordanie, le Sri Lanka et le Zimbabwe.
L’ONG a passé au crible les différentes mesures prises sur la planète pour déterminer si elles étaient problématiques, du seul point de vue démocratique et sans prendre en compte l’efficacité sanitaire.
Avec l’Inde, la Malaisie, la Birmanie, le Sri Lanka et l’Irak, cinq pays classés comme démocratiques – bien que « fragiles » – figurent dans les 15 pays les moins bien classés. « La pandémie a été un accélérateur de tendances qui étaient en place avant le virus. Les pays fortement autoritaires dans la plupart des cas le sont devenus encore plus, et les démocraties qui faisaient face à de vraies difficultés pour maintenir l’État de droit et les droits de l’homme ont vu ces difficultés s’accroître », juge M. Casas-Zamora.
Dans l’Union européenne, cinq pays sont critiqués : la Bulgarie (3), la Hongrie (2), ainsi que la Pologne, la Slovaquie et la Slovénie (1).
Les États-Unis épinglés
Parmi les grandes démocraties occidentales, seuls les États-Unis sont épinglés – dans deux domaines. Israël (5) et l’Argentine (2) sont également considérés comme de mauvais élèves. Restrictions à la liberté de la presse au nom de la lutte contre la désinformation, usage excessif de la force (déploiement de militaires pour appliquer les règles, camps d’internement de personnes malades...), corruption dans les contrats d’approvisionnement en urgence, ou encore mise en cause des migrants comme responsables de l’épidémie, figurent parmi les mesures problématiques les plus souvent rencontrées.
L’étude loue aussi des modèles ayant obtenu de bons résultats sanitaires tout en ayant respecté les règles démocratiques : l’Islande, la Finlande, la Nouvelle-Zélande, la Norvège, la Corée du Sud, Taïwan, l’Uruguay, Chypre, le Japon, le Sénégal et la Sierra Leone.
La France, l’Italie, le Canada, l’Allemagne, ou encore le Royaume-Uni et l’Espagne ne sont pas cités parmi les meilleurs élèves, mais ne soulèvent d’inquiétude dans aucun domaine.
Celle-ci réfute aussi l’idée que les pays non démocratiques auraient été plus efficaces face à la pandémie. « Nombre d’entre eux utiliseraient volontiers l’argument », affirme M. Casas-Zamora. « Mais pour chaque Chine, il y a une Nouvelle-Zélande, pour chaque Cuba, il y a une Finlande », plaide-t-il.
Les bons résultats sanitaires affichés par Pékin et La Havane « ont été obtenus à un coût élevé pour la démocratie et les droits de l’homme », dénonce le rapport.
Selon International Idea, 55 % de la population mondiale vit actuellement dans une démocratie. Dans les 162 pays analysés, elle recense 99 démocraties, 33 régimes autoritaires et 30 régimes « hybrides ».
Marc PRÉEL/AFP


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