Rechercher
Rechercher

Nos lecteurs ont la parole

Il ne s’agit pas seulement du nucléaire

La récente exécution de Mohsen Fakhrizadeh, l’une des figures de proue du programme nucléaire iranien, est perçue comme un message virulent adressé à Téhéran dans la perspective d’une passation des pouvoirs à Washington le 20 janvier 2021. Serait-il possible que les services de renseignements israéliens et/ou américains aient coordonné cette opération audacieuse d’envergure en plein cœur du territoire iranien affin de freiner l’ambition nucléaire de Téhéran ? La réponse est a priori affirmative. Mais il est aussi fort probable que le but de cette opération soit plus symbolique que stratégique. En d’autres termes, l’objectif consiste plus à humilier Téhéran qu’à contenir son ambition nucléaire.

Publiquement, les mollahs iraniens professent à tue-tête qu’ils s’opposent farouchement aux armes atomiques pour des raisons purement religieuses. Mais la vraie raison de cette apparente aversion n’est pas simplement idéologique. Elle est aussi d’ordre existentiel. L’utilisation directe de l’option nucléaire à l’encontre d’Israël est inimaginable, impensable. Cela équivaudrait à l’anéantissement total du régime en place et les mollahs iraniens n’ont pas des tendances suicidaires. Il est fort probable que l’Amérique, ainsi que d’autres puissances occidentales, ne restent pas les bras croisés en cas d’un tel scénario catastrophique.

En contrepartie, la grande angoisse d’Israël, c’est la technologie des missiles et des roquettes à guidage de précision que possède l’Iran. Pourquoi ces armements à guidage de précision seraient-ils si redoutables ? La réponse se trouve dans leur appellation : ils sont si précis qu’ils pourraient intégralement endommager des cibles sensibles, et cela avec une effarante probabilité de succès. En fait, Téhéran a magistralement dévoilé ses prouesses dans cette technologie de pointe le 14 septembre 2019 lorsque l’armée de l’air iranienne a lancé 20 drones et missiles de croisière à guidage de précision à Abqaiq, l’un des champs pétrolifères et centres de traitement les plus importants d’Arabie saoudite. Les drones et les missiles de croisière iraniens ont volé si bas et si furtivement que les radars ultrasophistiqués environnants n’ont pas été en mesure de promptement détecter leur présence. Cette attaque foudroyante fut couverte par la presse locale et internationale avec une relative désinvolture sans s’y attarder outre mesure. Pourtant, certains experts militaires avertis ont bien relevé que cet exploit a dramatiquement bouleversé les règles de jeu dans la région. Rien n’empêche l’Iran de récidiver une telle action contre les alliés américains de la région, en l’occurrence Israël et la plupart des pays du golfe Persique. Cependant, et c’est précisément là où le bât blesse, l’Iran pourrait transférer son know-how technologique à « ses proxies » dans la région. C’est surtout au Liban, pays limitrophe d’Israël, que l’Iran est en mesure d’exploiter à fond sa capacité de nuisance contre son ennemi juré car il possède un atout de taille : l’allégeance inconditionnelle et indéfectible du tout-puissant Hezbollah, genèse de sa propre idéologie.

Dans une courte vidéo sur les réseaux sociaux, on peut entendre Hassan Nasrallah, le leader du Hezbollah, énoncer la chose suivante : « Aujourd’hui, nous ne sommes pas uniquement capables de frapper Tel-Aviv en tant que ville, nous sommes aussi capables, si Dieu le veut, de frapper des cibles très précises à Tel-Aviv, ainsi qu’à n’importe quel autre endroit en Palestine occupée. » Il est fort probable que le Hezbollah dissimule les différentes composantes des missiles et des roquettes à guidage de précision dans des entrepôts géographiquement dispersés au Liban. Il est aussi fort probable que le Hezbollah fabrique certaines de ces pièces détachées. Au moment opportun, le « parti de Dieu » n’aurait plus qu’à clandestinement monter un atelier pour assembler les différentes composantes et pièces détachées, à l’instar d’une usine modulaire qui fabrique massivement des voitures à la chaîne.

Ainsi, en cas de guerre régionale impliquant l’Iran, le Hezbollah viendrait promptement à la rescousse de son parrain affectif car il serait en possession d’un impressionnant arsenal d’armes intelligentes capables de causer des dégâts considérables, voire de paralyser les ports, les aéroports, les centrales électriques, les usines de haute technologie, les bases militaires ainsi que d’autres infrastructures civiles et militaires vitales partout en Israël. C’est cette inédite menace de proximité qui empêche Israël de dormir sereinement sur ses lauriers. Il est fort à parier qu’Israël presse l’administration de Joe Biden à étendre le volet de ses négociations avec l’Iran pour aussi inclure le sujet des armements à guidage de précision en possession du Hezbollah ainsi que d’autres agents de l’Iran. Une telle perspective d’élargissement des négociations serait cependant mal accueillie par les mollahs de Téhéran car cela consisterait à se désister d’une potentielle carte maîtresse dans la région.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.

La récente exécution de Mohsen Fakhrizadeh, l’une des figures de proue du programme nucléaire iranien, est perçue comme un message virulent adressé à Téhéran dans la perspective d’une passation des pouvoirs à Washington le 20 janvier 2021. Serait-il possible que les services de renseignements israéliens et/ou américains aient coordonné cette opération audacieuse d’envergure en plein cœur du territoire iranien affin de freiner l’ambition nucléaire de Téhéran ? La réponse est a priori affirmative. Mais il est aussi fort probable que le but de cette opération soit plus symbolique que stratégique. En d’autres termes, l’objectif consiste plus à humilier Téhéran qu’à contenir son ambition nucléaire. Publiquement, les mollahs iraniens professent à tue-tête qu’ils s’opposent farouchement aux armes...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut