Hafez Jreij, un des derniers producteurs de sel du Liban, appelle à la démocratisation du troc. Photo Zeina Antonios
Une initiative positive donnant du baume au cœur en ces temps difficiles... Un minisouk entièrement dédié au troc a été organisé le week-end dernier dans le stade Fouad Chehab à Jounieh. C’est Nour Ghosn, une étudiante en architecture âgée de 22 ans, qui a eu l’idée de réunir des amateurs de troc des quatre coins du pays et de mener cette expérience bienvenue, à l’heure où de nombreux Libanais peinent à joindre les deux bouts en raison de la grave crise économique..
Widad el-Hajj a offert ses services de couture. Photo Nour Ghosn
« Lors d’une visite récente dans le sud du pays, j’ai remarqué que certains pratiquaient le troc à petite échelle. J’ai alors décidé d’organiser un marché du troc, surtout en ces temps difficiles où la livre est en pleine dégringolade », confie la jeune femme, étudiante à l’Université américaine de Beyrouth. Elle prend alors contact avec le Club culturel de Bécharré qui avait organisé un événement similaire il y a quelque temps. « Les volontaires de Bécharré m’ont aidée grâce à leur expertise. Au départ, les gens qui venaient nous voir n’arrivaient pas à comprendre ce que nous faisions au juste. Puis ils ont compris comment cela fonctionnait, et ils se sont lancés », explique à L’Orient-Le Jour Nour Ghosn, qui entend promouvoir à terme cette pratique dans l’ensemble du pays.
Les participants au souk sont venus de Bécharré, Enfé, Kfardébiane, Sahel Alma, Saïda et Beyrouth. Ils étaient une vingtaine à exposer leurs produits samedi et dimanche, et à échanger entre eux et avec les visiteurs. Avec la crise économique, sont apparues sur les réseaux sociaux de nombreuses pages dédiées au troc. Vêtements, chaussures, produits du terroir, couches pour bébé ou lait infantile font partie des produits les plus échangés en ligne. Le souk du troc proposait, lui, produits du terroir, vêtements chaussures, livres, plantes et services de couture. Un jeune Tripolitain offrait même ses services de cuisinier contre des chaussures et jouets. Il compte offrir ces produits à des enfants des camps palestiniens de Beddaoui et Nahr el-Bared. Une mère de famille a troqué pour sa part des livres et des jouets qui appartenaient à sa fille contre des produits du terroir.
Vêtements, chaussures et produits du terroir ont été échangés le week-end dernier. Photo Zeina Antonios
Au siècle dernier déjà
Saadé Saadé, de l’ONG « Ana men kell Lebnen » (« Je suis issu de tout le Liban »), veille sur un stand où s’entassent vêtements, chaussures et produits alimentaires. « J’ai reçu des dons de patates douces, de pâtes, de colifichets, de chaussures et de savon. Je les ai troqués ici contre toutes sortes de produits que je vais ensuite offrir à des personnes qui en ont besoin », explique M. Saadé qui compte aussi faire des cadeaux à deux amies de l’ONG. « J’ai obtenu une carafe et trois verres, ainsi que de l’eau de rose que je vais offrir à Oum Ali. J’ai également pris des coussins pour Oum Georges », raconte-t-il. « Le troc ici se fait selon un système d’unité. Chaque unité correspond à 2 000 LL. Un objet qui vaut 10 000 LL, soit 5 unités, peut être échangé contre un autre objet de la même valeur », explique M. Saadé. « 75 % des Libanais sont dans une situation difficile. Nous sommes là pour venir en aide à ceux qui le demandent et pour encourager le troc », ajoute-t-il.
Widad el-Hajj, une couturière palestinienne âgée d’une soixantaine d’années, est venue spécialement de Beyrouth pour prendre part au troc et exposer ses broderies aux motifs palestiniens traditionnels. « Je n’ai jamais fait de troc, c’est une belle initiative pour aider les autres et se faire aider en retour », sourit-elle. « J’ai reçu plusieurs commandes depuis que je suis arrivée. Dès que j’aurai terminé, je ferai un tour pour voir contre quoi je peux échanger mes broderies », raconte Widad qui affirme avoir entendu parler de troc de produits alimentaires qui se faisait il y a presque un siècle entre Palestiniens et Libanais.
Hafez Jreij, un des derniers producteurs de sel au Liban et fervent défenseur du troc, a également pris part au souk. « Du temps de mes ancêtres, les habitants de la montagne descendaient vers le littoral du Koura et du Batroun pour troquer leurs fruits et légumes contre du sel. J’ai eu la chance d’assister à cela lorsque j’étais tout petit. La production salinière, c’était le travail des femmes et des enfants durant les vacances scolaires », raconte-t-il à L’OLJ. Hafez Jreij confie pratiquer le troc en permanence et échanger son sel contre des produits agricoles de la montagne. « Ce serait bien de créer un souk permanent pour le troc, il faut prendre cette pratique au sérieux », poursuit-il. « On peut vivre dans un système autosuffisant et se passer un peu de l’argent en ces circonstances difficiles », estime-t-il, tout en reconnaissant que le trocs a ses limites et que certains produits, comme les médicaments, ne peuvent être obtenus dans le cadre du troc.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine
Bravo! L'espoir ne se trouve pas chez nos dirigeants mais bien dans ce peuple courageux, inventif et travailleur! Longue vie à tous es Libanais anonymes et magnifiques!
11 h 13, le 07 décembre 2020