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Port-export

En ce dernier mois d’une année surchargée de malheurs, c’est un consistant présent qui était tout de même préparé pour le Liban, au pied de l’arbre de Noël.

C’était là bien davantage qu’un charitable lot de consolation, avec l’ouverture, solennellement promise par la France, des premières vannes du programme d’assistance économique et financière CEDRE ; ce geste eût alors permis à notre pays de respirer un bon coup et de se remettre debout, si seulement il s’était décidé à s’engager sur le bon chemin. Si les caïds de la politique, responsables de la ruine du pays, avaient fait mine de s’amender en renonçant à leurs trafics illicites, en fichant la paix à cette vache étatique pompée jusqu’au sang et déjà agonisante. Si les parrains mafieux, avec leurs hommes liges et bonnes à tout faire, avaient accepté de s’effacer devant une équipe de spécialistes non partisans, parfaitement capables de faire honneur à ce gouvernement de mission qui est la pierre angulaire de l’initiative française pour le Liban. Si enfin ces parrains mafieux avaient eu un brin de commisération pour un peuple qu’ils ont littéralement dessaisi, appauvri, méthodiquement acculé au désespoir.


Chapelet d’illusions, bien sûr, que tous ces si. Une fois de plus donc, c’est d’ailleurs qu’il nous faut escompter – et accueillir avec un singulier mélange de gratitude et d’amertume – toute démonstration de sympathie, de solidarité, de compassion. Tel est l’objet de la vaste visioconférence internationale qu’animera aujourd’hui même l’inlassable Emmanuel Macron, et qui devrait permettre de réunir une aide humanitaire urgente destinée au peuple libanais. Comme pour la première initiative du genre, déployée dès le lendemain de la meurtrière explosion du 4 août dans le port de Beyrouth, cette assistance sera directement fournie aux ONG sans surtout passer par les caverneuses filières officielles.


Cet embarrassant détail (embarrassant pour eux !), les responsables se gardent bien de le signaler, dans le même temps qu’ils se gargarisent de cette vaste mobilisation pour le Liban. C’est ce que faisait hier encore le chef de l’État devant un parterre de militaires retraités; tout autant occultée était d’ailleurs l’interminable enquête sur l’explosion du port. Cela dit, puissent cette fois les pays donateurs redoubler de vigilance, au vu des scandaleuses expériences du passé. À peine débarqués à l’aéroport de Beyrouth, vivres et équipements ont été prestement détournés, comme en témoignent les caméras de surveillance ; d’autres lots de secours ont été oubliés dans des entrepôts où ils n’ont pas tardé à s’avarier. Mais les pillards se sont vraiment surpassés avec ces stocks entiers de fromage à tartiner destinés à la population sinistrée et qui ont refait surface dans les supermarchés d’un pays d’Afrique, où ils étaient même proposés en promotion.


Ce n’était, c’est vrai, que du fromage, et pas du nitrate d’ammonium. Un point commun cependant : pour l’un comme pour l’autre, il faut des esprits sacrément criminels pour porter à un tel point de bassesse l’import-export pratiqué à la libanaise.


Issa GORAIEB
[email protected]


En ce dernier mois d’une année surchargée de malheurs, c’est un consistant présent qui était tout de même préparé pour le Liban, au pied de l’arbre de Noël. C’était là bien davantage qu’un charitable lot de consolation, avec l’ouverture, solennellement promise par la France, des premières vannes du programme d’assistance économique et financière CEDRE ; ce geste eût...