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Politique - Liban

Le Parlement en faveur d'un audit juricomptable de toutes les institutions étatiques

Les députés adoptent un texte de loi présenté par le groupe parlementaire du président de la Chambre et qui prévoit de donner aux victimes de la double explosion du port de Beyrouth le statut de "martyrs de l'armée libanaise".


Le Parlement en faveur d'un audit juricomptable de toutes les institutions étatiques

Le Parlement libanais en séance plénière au palais de l'Unesco, à Beyrouth, le 27 novembre 2020. Photo Hassan Ibrahim / Parlement libanais

Le Parlement libanais, réuni vendredi après-midi en séance plénière, s'est déclaré en faveur d'un audit juricomptable qui engloberait la Banque du Liban (BDL), ainsi que toutes les institutions étatiques, y compris les ministères, indépendamment du secret bancaire. Cette déclaration, présentée sous la forme d'une "décision", se veut une réponse commune à la lettre envoyée mardi concernant ce dossier à la Chambre par le chef de l'Etat, Michel Aoun. La portée légale de cette déclaration n'était pas immédiatement claire, étant donné qu'aucune loi dans ce sens n'a été votée. 

La semaine dernière, le cabinet de conseil international Alvarez & Marsal, en charge de l'audit juricomptable de la BDL, avait résilié son contrat avec l'Etat en raison, selon lui, du refus du ministre sortant des Finances Ghazi Wazni, proche de M. Berry, et de la Banque centrale, de lui fournir "dans un futur proche" les documents requis pour mener à bien cette mission, sous prétexte du respect du secret bancaire.
"Tous les comptes de la BDL, des ministères, des offices autonomes, des conseils, des caisses, des institutions financières et des municipalités doivent être soumis, en parallèle, à l'audit juricomptable, sans aucun obstacle ni aucun recours au secret bancaire pour justifier une obstruction", ont décidé les députés dans une déclaration commune. 

"Un exploit"
Dans sa lettre adressée au Parlement mardi, le président de la République, qui réclame sans cesse l'audit juricomptable de la BDL, avait demandé la tenue de cette séance parlementaire. Il avait souligné dans sa missive que si cette procédure n’était pas menée à bien le Liban risquait de devenir un pays "failli" aux yeux de la communauté internationale. Selon certains observateurs, cette séance était le dernier épisode du bras de fer politique qui oppose le président Aoun au chef du Législatif, ce dernier étant l'un des farouches défenseurs du gouverneur de la BDL, Riad Salamé. S'exprimant sur son compte Twitter personnel après la réunion parlementaire, le président Aoun a estimé que "la réponse du Parlement à sa volonté de mener un audit de toutes les institutions et administrations de l'Etat est un exploit pour les Libanais qui veulent savoir qui a gaspillé leur argent". Il a ajouté que cette décision envoyait un message positif à la communauté internationale "qui nous soutient dans notre combat contre la corruption et la gabegie".  Dans un tweet publié à l'issue de la réunion parlementaire, le chef du Courant patriotique libre (CPL, aouniste), a lui aussi estimé que le Parlement avait établi un précédent en prenant une "décision", soulignant qu'"une décision était plus importante qu'une recommandation". "Maintenant, le cabinet d'audit doit reprendre immédiatement son travail et recevoir ce qu'il a  demandé (en référence aux documents que la BDL a refusé de fournir, NDLR) et le gouvernement doit mener des audits dans toutes les administrations", a-t-il écrit, estimant que "le peuple libanais avait emporté une victoire grâce à son président", Michel Aoun, et "fait un pas en avant pour récupérer une partie de ses droits". "Il ne reste qu'à passer à la mise en œuvre", a-t-il ajouté.

"Consensus"
"Je souhaite qu'il y ait un consensus au sein du Parlement concernant l'audit juricomptable global et complet sur tous les secteurs et les ministères, administrations et caisses, et non seulement au sein de la Banque du Liban", avait de son côté affirmé le président Berry en début de séance, selon des propos rapportés par notre correspondante Hoda Chedid. "Le Parlement a le dernier mot à ce sujet", avait-il ajouté. "Nous sommes en présence d'une séance décisive (...) et la lettre du président de la République tombe à point nommé (...). Nous avons senti de la part de toutes les formations parlementaires un consensus sur un audit global. Profitons de cette occasion pour montrer aux Libanais et au monde que nous sommes sérieux dans notre approche de ce dossier", avait également dit M. Berry.

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Le député Mohammad Raad, qui dirige le groupe parlementaire du Hezbollah, a tenu des propos dans le même sens que le président Berry. "Nous soutenons fermement l'audit juricomptable au sein de la BDL et nous sommes d'accord pour que cet audit s'applique aussi à toutes les administrations et les ministères. Et si le secret bancaire est un obstacle à cela, nous proposons une suspension exceptionnelle de ce secret", a-t-il affirmé. "Nous appelons le gouvernement démissionnaire à mettre en place l'audit juricomptable de la BDL le plus vite possible, et nos espoirs dépendent de ce qui ressort de la séance d'aujourd'hui", a ajouté Mohamma Raad.

Quant au député Ibrahim Kanaan, secrétaire général du Courant patriotique libre dirigé par Gebran Bassil, il a appelé à "une prise de position exceptionnelle qui assure aux Libanais le droit de connaître ce qu'il est arrivé à leurs dépôts, à travers une recommandation pour répondre favorablement à la lettre du président de la République en assurant la poursuite de l'audit juricomptable au sein de la BDL pour ensuite l'étendre au reste des institutions étatiques". Le député Hadi Aboul Hosn, qui s'exprimait au nom du bloc du Parti socialiste progressiste de Walid Joumblatt, a lui aussi affirmé être en faveur d'un audit qui s'étende à tous les organismes de l'Etat, "loin de toute logique revancharde et politique".

Le Futur répond aux FL
Pour sa part, le député Samir Jisr, qui se prononçait au nom du groupe parlementaire du Courant du Futur de Saad Hariri, a répondu aux critiques du député Georges Adwan, affilié aux Forces libanaises de Samir Geagea, qui a laissé entendre que le Premier ministre désigné, connu pour son soutien à Riad Salamé, était contre l'audit de la BDL. "Je veux répondre à un cher collègue avec qui nous menions le même combat, et qui a laissé entendre que le Futur ne veut pas de l'audit. La BDL n'a pas refusé de livrer à Alvarez & Marsal les documents requis, seulement ceux qui tombent sous le secret bancaire. Il a laissé au ministre des Finances le soin de livrer les restes des documents au cabinet, mais le ministre ne l'a pas fait car il ne voulait pas assumer lui seul cette responsabilité", a affirmé M. Jisr. Le ministre sortant des Finances, Ghazi Wazni, a demandé au président Berry la parole, mais celui-ci lui a rappelé que les ministres ne pouvaient pas s'exprimer lors de la réunion de la Chambre. Samir Jisr s'est également dit en faveur du vote d'une loi au Parlement qui autorise l'audit de toutes les institutions de l'Etat, affirmant qu'un tel texte n'existe toujours pas.

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Le député Ali Hassan Khalil, bras droit de M. Berry, a de son côté défendu le groupe parlementaire affilié au mouvement Amal du chef du Législatif. "Pourquoi le gouvernement lance-t-il des accusations contre X qu'il tient pour responsable du blocage de l'audit ? Le ministre des Finances n'a pas retardé cet audit. Il n' y a aucune couverture à ceux qui ont volé ou contribué à dilapider les fonds publics".

Pour sa part, Georges Adwan a estimé que "ce que le gouvernement a fait sur le plan de l'audit est quelque chose d'exceptionnel". Il a toutefois appelé l'exécutif à désigner un nouveau cabinet pour mener l'audit, après le retrait d'Alvarez & Marsal.

Sur le terrain, un groupe de manifestants qui réclame l'audit des comptes de la BDL a tenu un sit-in près du palais de l'Unesco. Cette manifestation a été marquée par des échauffourées entre les contestataires et les forces de l'ordre qui ont fait plusieurs blessés. 

Loi concernant les victimes du 4 août
Par ailleurs, les députés ont adopté, avant la levée de la séance, un texte de loi présenté par le groupe parlementaire du président de la Chambre et qui prévoit de donner aux victimes de la double explosion du port de Beyrouth le statut de "martyrs de l'armée libanaise".

Avec ce statut, les familles des victimes pourront bénéficier du versement d'indemnités prévues par ce statut aux proches des militaires tués dans l'exercice de leurs fonctions. Cette revendication est portée par les familles des victimes depuis plusieurs semaines. Cette loi prévoit encore de considérer toutes les personnes blessées dans l'explosion comme bénéficiaires à vie de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS).


Le Parlement libanais, réuni vendredi après-midi en séance plénière, s'est déclaré en faveur d'un audit juricomptable qui engloberait la Banque du Liban (BDL), ainsi que toutes les institutions étatiques, y compris les ministères, indépendamment du secret bancaire. Cette déclaration, présentée sous la forme d'une "décision", se veut une réponse commune à la lettre envoyée mardi...

commentaires (8)

"... Tous les comptes de la BDL, les ministères, les offices autonomes, les conseils, les caisses, les institutions financières doivent être soumis au même titre à l'audit juricomptable, sans aucun obstacle ni aucun recours au secret bancaire pour justifier une obstruction ..." - Les députés? Les commissions parlementaires? La milice du parlement?

Gros Gnon

19 h 29, le 27 novembre 2020

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Commentaires (8)

  • "... Tous les comptes de la BDL, les ministères, les offices autonomes, les conseils, les caisses, les institutions financières doivent être soumis au même titre à l'audit juricomptable, sans aucun obstacle ni aucun recours au secret bancaire pour justifier une obstruction ..." - Les députés? Les commissions parlementaires? La milice du parlement?

    Gros Gnon

    19 h 29, le 27 novembre 2020

  • OLJ, L,ASSASSINAT DU SCIENTIFIQUE NUCLEAIRE IRANIEN AURAIT DU FAIRE UNE NOUVELLE A LA UNE DE VOTRE JOURNALET NON UNE INFORMATION EN MARGE !

    LA LIBRE EXPRESSION DEFIE LA CENSURE

    18 h 43, le 27 novembre 2020

  • BDL, INSTITUTIONS ETATIQUES DE TOUS GENRES INCLUS LE MEN AYNA LAKA HAZA AUX JUGES ET AVOCATS. ILS EN FONT DIRECTEMENT PARTIE CAR ILS ONT LAISSE FAIRE CORRUPTION ET TRAFIC... SANS POTS DE VINS ?

    LA LIBRE EXPRESSION DEFIE LA CENSURE

    18 h 21, le 27 novembre 2020

  • Et ca recommence ! D'une Main, on donne et de l'autre, on bloque ! Cela s'appelle manipulation 101 ! Ou Manipulation pour les nuls ! On déstabilise le peuple, on fait croire d'un bord et reprend de l'autre, ce qui rend le peuple incapable de prendre une décision finale si on croit ou non. Et vous avez ceux qui vont gober tout ce que ces "Représentants" du peuple disent, d'autre qui s'contrefoutes, et les autres qui restent indécis ou n'osent prendre position... Et voilà le plus grand bout du bâton et pour le gouvernement. À la dernière minute, ils vont sortir une autre excuse, et je suis prêt à parier qu'un moment donné un des parties va encore évoquer le secret bancaire. Et on recommence le manège. Entre temps Berri, lui change les lois électorales gracieuseté de Nasrallh et les autres ghotes! Bravo !

    Marwan Takchi

    17 h 35, le 27 novembre 2020

  • "... Ibrahim Kanaan a appelé à une prise de position exceptionnelle qui assure aux Libanais le droit de connaître ce qu'il est arrivé à leurs dépôts ..." - On s'en contrefiche de savoir ce qui est arrivé à nos dépôts. On veut surtout savoir comment on va les récupérer, quand, et avec combien d'intérêts, d'indemnités et de pénalités de retard...

    Gros Gnon

    16 h 45, le 27 novembre 2020

  • "... Berry veut un consensus ..." - La seule chose impossible à obtenir du parlement libanais. Très subtil pour bloquer tout en ayant l'air innocent...

    Gros Gnon

    16 h 42, le 27 novembre 2020

  • Bourj Babel

    Esber

    16 h 13, le 27 novembre 2020

  • Ya latif! La magnanimité de nos politiciens nous ébloui... voilà que tout d'un coup on se sent tous si aimé que nos frigos sont plein, nos compte bancaires regorgent de pognons et nos chers immigrés rentrent par centaines de milliers...oh, oh et j'ai oublié aussi de mentionner que les pays du monde, de l'ouest vers l'est, s'inclinent soudainement devant cet excès d'honnêteté et courent vers nous pour nous aider à reconstruire le port et rétablir notre pays... Un autre conte des frèrots Grimm qui se termine bien...film ameriki tawiiiiiiiiiiiiiiiiiiil......

    Wlek Sanferlou

    16 h 07, le 27 novembre 2020

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