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Éclairage

Les raisons de la défaite arménienne dans le Haut-Karabakh

Erevan a été contraint de signer le 9 novembre un accord de paix avec Bakou sous l’égide de Moscou, mettant fin aux hostilités dans l’enclave du Caucase ainsi qu’aux espoirs de victoire de la population arménienne.

Les raisons de la défaite arménienne dans le Haut-Karabakh

Le Premier ministre arménien, Nikol Pachinian, décorant un soldat, à Erevan dimanche. Press Service of Armenia’s Government/Tigran Mehrabyan/ AFP

Depuis une dizaine de jours, les accusations pleuvent sur le Premier ministre arménien Nikol Pachinian, accusé de « traîtrise » par une partie de sa population. Celle-ci lui reproche d’avoir signé, le 9 novembre, l’accord de cessez-le-feu, qu’elle qualifie de « capitulation », négocié par Moscou et consacrant la victoire de l’Azerbaïdjan.

Après plus de deux mois de combats meurtriers dans le Haut- Karabakh, le texte prévoit le gel des positions occupées par les belligérants et assoit les victoires militaires azéries, comme la prise de la deuxième plus importante ville de l’enclave, Choucha, concédée à Bakou qui prendra également le contrôle des 7 provinces frontalières bordant le sud et l’ouest du Haut-Karabakh, d’ici au 1er décembre. Une véritable défaite pour Erevan, alors que se déroulent, depuis plus de 10 jours, des scènes de désolation provoquées par le départ forcé de la population arménienne de certains districts de l’enclave, dont certains habitants ont mis le feu à leur maison avant de partir pour empêcher les Azéris de mettre la main dessus.

20 ans de leadership corrompu

La débâcle de l’Arménie est la conséquence de plusieurs facteurs, dont certains ne datent pas d’aujourd’hui. « La défaite de la partie arménienne dans ce conflit résulte de vingt ans de leadership corrompu sous les anciens présidents Robert Kotcharian et Serge Sarkissian plus que de l’incompétence ou des erreurs du Premier ministre Nikol Pachinian », commente à L’OLJ Stephan Astourian, directeur du programme d’études arméniennes à l’Université de Berkeley, en Californie, qui note que « ces dirigeants avaient caché à la population arménienne les concessions qu’ils avaient faites à l’égard du Haut-Karabakh lors des négociations sous l’égide des coprésidents du Groupe de Minsk, tout en adoptant publiquement une position nationaliste intransigeante ». Originaires tous deux de la région du Haut-Karabakh, ces deux chefs d’État, arrivés au pouvoir respectivement en 1998 et 2008, sont considérés comme les vainqueurs de la précédente guerre qu’a connue l’enclave, de 1988 à 1994, et ont nourri auprès de leur population le mythe de la supériorité militaire de l’Arménie ayant chassé l’occupant azéri. « Ces années de corruption, d’abus de pouvoir et de manque de démocratie ont clairement affaibli les forces armées arméniennes qui n’ont pas eu le temps de se perfectionner à cause des événements survenus par la suite dans le pays, comme la révolution de Velours en 2018 », commente pour sa part Richard Giragosian, directeur du Regional Studies Center d’Erevan. Arrivé au pouvoir à la faveur de ce mouvement de contestation, engageant une lutte contre le chômage, la pauvreté et la corruption, le Premier ministre actuel Nikol Pachinian a dû composer avec les compromis faits par ses prédécesseurs tout en assumant ces dernières auprès de sa population. « Dès son arrivée au pouvoir, les partisans des prédécesseurs de Nikol Pachinian l’ont accusé de vendre le Haut-Karabakh, tandis que le président de l’Azerbaïdjan, Ilham Aliyev, a affirmé que non seulement le Karabakh, mais aussi Zangezour et Erevan étaient d’anciennes terres azéries. En conséquence, Nikol Pachinian a déclaré que “l’Artsakh était arménien, point final” », observe Stephan Astourian.

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Surpris par les pertes territoriales accusées par les combattants proarméniens lors du récent conflit dans l’enclave, Erevan n’avait pas anticipé la supériorité militaire du camp adverse, dont la Turquie a été un soutien essentiel, fournissant aux forces armées azéries de l’aide opérationnelle, du matériel militaire moderne, à l’image de ses drones, ainsi que ses mercenaires syriens. « L’Azerbaïdjan se prépare depuis de nombreuses années à une nouvelle vague de violence. Selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri), les principaux fournisseurs d’armes de l’Azerbaïdjan sont Israël, la Russie et la Turquie, et il y aurait eu une augmentation substantielle des exportations turques vers l’Azerbaïdjan en 2020. Ces importations azerbaïdjanaises d’armements ont créé un avantage significatif sur les forces arméniennes, en particulier dans l’utilisation de drones », souligne à L’OLJ Galla Lindenstrauss, spécialiste du conflit.

La seconde surprise découle de l’attitude adoptée par la Russie, depuis la reprise des hostilités au Haut- Karabakh, vis-à-vis de son allié historique, Erevan, vécue par ce dernier comme un abandon. Depuis 1997, les deux pays sont liés par un traité d’amitié, de coopération et d’assistance mutuelle en vertu duquel la Russie avait souligné qu’il était de son devoir d’intervenir si les troupes azéries ou turques frappaient le territoire même de l’Arménie. Mais au-delà de cet simple avertissement, Moscou s’est contenté de multiplier les déclarations appelant les deux parties à cesser les hostilités, avec comme objectif d’être le principal arbitre du conflit, comme il est parvenu à l’être après trois cessez-le-feu infructueux. « Le degré d’hésitation russe à fournir un soutien diplomatique à l’Arménie, ou à faire pression sur l’Azerbaïdjan ou la Turquie est ce qui a suscité la frustration d’Erevan », explique Richard Giragosian.

Le mythe du protecteur des chrétiens d’Orient

L’espoir d’une intervention russe pourrait également découler du mythe de la protection des chrétiens d’Orient régulièrement agité par Vladimir Poutine. Le maître du Kremlin a alimenté ce narratif concernant plusieurs terrains de conflit, comme en Syrie, où il a prétendu défendre les minorités chrétiennes face à la menace des jihadistes pour justifier son soutien au régime de Bachar el-Assad. Il semblerait en réalité que la proximité religieuse entre les Arméniens et les Russes, dont une très large partie de la population est chrétienne, importe peu face à la realpolitik suivie par le chef du Kremlin. Ce dernier fait avant tout preuve de pragmatisme, comme le montre une nouvelle fois l’accord de paix négocié par Moscou dans le Caucase, qui conforte Vladimir Poutine dans son rôle de leader régional. Le cessez-le-feu proclamé stipule l’envoi de 2 000 soldats russes de maintien de la paix au Haut-Karabakh et aux abords du corridor de Latchine, dont une partie est déjà sur place. « La Russie pourrait avoir réaffirmé sa primauté dans le Caucase du Sud en négociant cette trêve qui ne mentionne même pas le groupe de Minsk et en faisant appel à ses soldats de la paix », analyse Stephan Astourian. Une victoire russe partagée avec la Turquie qui s’implante elle aussi dans la région. S’il n’est pas mentionné dans l’accord de paix, Ankara a fait savoir qu’il contrôlerait avec Moscou l’application du cessez-le-feu. Contraint d’assumer la défaite de ses troupes, l’Arménie est plus que jamais fragilisée. À l’intérieur de ses frontières, où la population réclame la démission du Premier ministre qui a fait remplacer le 20 novembre son ministre de la Défense. Mais aussi sur le terrain du Haut-Karabakh où la population arménienne des territoires restés sous le contrôle d’Erevan, à l’image de la capitale de l’enclave, Stepanakert, se demande si elle va revenir dans cette ville désormais vidée de ses habitants.


Depuis une dizaine de jours, les accusations pleuvent sur le Premier ministre arménien Nikol Pachinian, accusé de « traîtrise » par une partie de sa population. Celle-ci lui reproche d’avoir signé, le 9 novembre, l’accord de cessez-le-feu, qu’elle qualifie de « capitulation », négocié par Moscou et consacrant la victoire de l’Azerbaïdjan. Après plus de...

commentaires (4)

Il ne faut pas tout lire comme si le monde entier était régi par les pro et anti américains ... c’est une lecture dépassée qui semble encore avoir beaucoup d’adeptes...

AntoineK

09 h 00, le 25 novembre 2020

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Commentaires (4)

  • Il ne faut pas tout lire comme si le monde entier était régi par les pro et anti américains ... c’est une lecture dépassée qui semble encore avoir beaucoup d’adeptes...

    AntoineK

    09 h 00, le 25 novembre 2020

  • Vladimir Poutine le Grand sait très bien ce qu'il fait : Poutine n'entendait pas sauver un regime armenien completement soumis auz amerloques et anti russe, que ce soit bien entendu . Bravo pour le minimalisme en ce cas . Grande leçon qu il leur a donnée bravo... Poutine nous avait bien prévenus : Encore heureux qu'il n'ait pas attaqué l'Armenie comme il l'avait fait avec la perfide et traitresse Géorgie voisine devenue un suppôt de l'OTAN aux frontières même de la Sainte Russie ! VIVE SAINT VLADIMIR ! Attendons-nous même au lynchage du premier minitre arménien Nikol Pachinian et un changement total de la politique de l'Arménie vers un rapprochement avec la Russie et un éloignement des funestes américains comploteurs

    Chucri Abboud

    14 h 34, le 24 novembre 2020

  • LE DEUXIEME GENOCIDE TURC CONTRE LES ARMENIENS CAR SANS LES TURCS SOLDATS ET MERCENAIRES ET ARMES INCLUS DRONES TURCS TOUS REMUNERES CE SECOND GENOCIDE N,AURAIT PAS EUT LIEU.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    14 h 16, le 24 novembre 2020

  • Très déçu de l'attitude du soi-disant grand frère Orthodoxe...comme quoi les bons sentiments ne servent à rien face à la réalité des réserves en or noir azerbaidjanaises. Les arméniens encore laissés pour compte

    Liban Libre

    13 h 27, le 24 novembre 2020