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Endocrinologie

Le rôle de l’infirmière dans la prise en charge du diabète

La Journée mondiale du diabète a rendu cette année hommage au corps infirmier qui « fait toute la différence » dans l’éducation à la maladie et sa prise en charge.

Le rôle de l’infirmière dans la prise en charge du diabète

Un infirmier apprenant à un enfant diabétique à utiliser sa pompe à insuline. Photo d’illustration Bigstock

Il y a dix-huit ans, Samar Kheir a été diagnostiquée avec un diabète de type 1. Elle n’avait que 6 ans. « C’était un choc pour la famille, parce qu’on n’imaginait pas qu’un enfant puisse souffrir de diabète et les connaissances sur la maladie étaient limitées », se souvient la jeune femme de 24 ans, consultante financière et représentante des jeunes diabétiques à la Fédération internationale du diabète.

Une tournée auprès de médecins conduit la petite fille et sa famille au Chronic Care Center (CCC) où elle a été prise en charge par l’équipe soignante. « Les infirmières nous parlaient du diabète comme s’il s’agissait d’une personne qui fait partie de la famille, se souvient Samar. Depuis, la façon de percevoir et de traiter la maladie a beaucoup changé. Tous les mois, je visitais le centre. Au fil des jours et des années, j’apprenais un peu plus sur ma maladie et la façon de la gérer. Jusqu’à présent, je continue à apprendre. »

Samar confie avoir réussi à apprivoiser son mal, avec l’aide de l’équipe infirmière du CCC. L’épidémie du Covid-19 l’a aidée aussi dans ce sens. Elle raconte ainsi qu’au début du premier bouclage, en mars dernier, elle a été bloquée à Abou Dhabi, où elle se trouvait pour une mission dans le cadre de son emploi. « Je suis restée confinée un mois durant dans ma chambre d’hôtel, poursuit-elle. Ce qui m’a obligé à changer tout mon mode de vie. J’ai essayé autant que possible de maintenir une certaine routine. Ainsi, tous les matins, je me préparais comme si j’allais au travail. Je faisais du sport. » Et d’insister : « La routine permet de contrôler la maladie. »

Pour Samar, le plus grand défi reste le fait de contrôler sa glycémie lorsqu’elle a des journées de travail très chargées. « Mais cela est possible et facile à faire si je suis en contact continu avec les infirmières et qu’ensemble nous identifions les problèmes à surmonter », assure-t-elle. Pour elle, les infirmières ont joué un rôle très important dans la gestion de sa maladie. « Elles sont une école, affirme-t-elle. D’ailleurs, ce sont elles qui m’ont aidée à surmonter ce mois passés seule à Abou Dhabi, d’autant que j’avais peur du Covid-19 puisque je suis diabétique. Le sport et la méditation ont également été bénéfiques. »

Et c’est pour mettre l’accent sur le rôle du corps infirmier dans la prise en charge de la maladie que la Journée mondiale du diabète, célébrée le 14 novembre, a été placée cette année sous le thème des « Infirmières et infirmiers font la différence dans la gestion du diabète ». Un congrès virtuel a été organisé à cet effet samedi par la Société libanaise d’endocrinologie, de diabète et de lipides, en collaboration avec le Chronic Care Center.

Un regard d’admiration et non de pitié

« En tant qu’endocrinologues, nous comptons beaucoup sur les infirmières dans la prise en charge et l’éducation du patient diabétique, affirme à L’Orient-Le Jour Carole Saadé Riachy, endocrinologue. Ce n’est pas un travail que nous pouvons accomplir seuls. De ce fait, les infirmières et infirmiers sont indispensables pour nous, parce que c’est un travail d’équipe, surtout s’ils sont spécialisés en éducation. Malheureusement, au Liban, cette éducation au diabète ne se fait que dans le cadre du CCC. Dans certains hôpitaux aussi, mais ce n’est pas remboursé par les tiers payants. Par conséquent, les patients hésitent à rechercher cette aide qui est pourtant indispensable. »

Colette Hayeck Bitar est infirmière au CCC. « Les personnes diabétiques se retrouvent dans une situation dans le cadre de laquelle elles se sentent attaquées par la maladie, explique-t-elle à L’OLJ. Elles se posent des questions existentielles qui sont par ailleurs nourries par des idées préconçues selon lesquelles le diabète entraînera forcément des complications, quelles que soient les précautions prises. À cela s’ajoute le regard de pitié que pose la société sur la personne diabétique. Et c’est le plus grand défi que celle-ci doit relever. Nous allons donc l’aider à vivre cette crise existentielle et à transformer son problème en opportunité. »

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Et c’est un défi que le CCC a relevé haut la main. « Nos enfants vont à l’école, affirme Mme Bitar. Ils se marient, d’ailleurs deux de nos patientes vont bientôt accoucher. Ils mènent une vie normale, à la seule différence que nous avons un pancréas automatique et qu’ils ont un pancréas manuel. Il faudrait donc que la société jette sur eux un regard d’admiration et non de pitié. »

Mais en plus de l’enfant diabétique, c’est toute la famille que l’infirmière prend en charge. « Il faut qu’elle voie la dynamique de la famille altérée, constate Mme Bitar. L’enfant se sent perturbé parce qu’il sent qu’il n’a plus de repères et nous avons le rôle de remettre chaque membre de la famille à sa place, en lui donnant la confiance et les atouts dont il a besoin pour aller de l’avant. Nous aidons le patient et sa famille à rétablir l’harmonie entre le corps, l’âme et l’esprit dans un environnement sain. »

Pour la présidente du syndicat des infirmières et des infirmiers du Liban, Myrna Doumit, « l’infirmière ou l’infirmier est l’un des principaux piliers de l’éducation du patient diabétique et de sa famille » et ce « parce qu’il accorde beaucoup plus de temps à la famille que les médecins et parce qu’ils peut transmettre le message de manière simplifiée ». Elle saisit l’occasion pour déplorer les conditions de travail et l’injustice dont souffre le corps infirmier au Liban.

Le diabète de type 1 ou diabète juvénile constitue près de 90 % des cas de diabète chez l’enfant et 10 % des cas de diabète dans le monde. En 2014, il touchait plus de 422 millions de personnes dans le monde selon l’Organisation mondiale de la santé. Contrairement au diabète de type 2 qui peut être prévenu dans la majorité des cas, puisqu’il est lié au mode de vie et à l’obésité abdominale, le diabète juvénile est une maladie auto-immune dont les causes réelles sont encore méconnues. Il existe toutefois une prédisposition génétique à la maladie.


Il y a dix-huit ans, Samar Kheir a été diagnostiquée avec un diabète de type 1. Elle n’avait que 6 ans. « C’était un choc pour la famille, parce qu’on n’imaginait pas qu’un enfant puisse souffrir de diabète et les connaissances sur la maladie étaient limitées », se souvient la jeune femme de 24 ans, consultante financière et représentante des jeunes...

commentaires (1)

Correction pour vos statistiques: les 422 millions de cas de diabète dans le monde sont de type 2, soit près de 7% de la population mondiale, alors que le type 1 serait 10 fois moindre, autour de 42 millions... Mais nous aurions aimé avoir les statistiques pour le Liban que le CCC devrait avoir! On pourrait l'estimer autour de 30.000 cas de type 1... En considérant que peut-être le CCC suivrait autour de 2 à 3.000 de ces cas qui sont vraiment chanceux, qu'en est-il des autres? En effet, la prise en charge de ces cas de manière sérieuse ne peut pas se faire au niveau de l'endocrinologue seul, et on ne peut aboutir à un contrôle adéquat du DB s'il n'y a pas d'équipe multidisciplinaire pour les suivre régulièrement, et, malheureusement, il n y a aucun autre centre structuré et sérieux autre que le CCC au Liban...Sans compter le coût financier du traitement que peu de gens peuvent se permettre à long terme!... Bravo pour l'équipe du CCC qui fait un excellent travail, et tant mieux pour Samar, mais qu'en est-il de la majorité des autres et surtout dans ce contexte économique désastreux? Croyez-moi, une autre catastrophe médicale en sourdine connaissant les complications de cette maladie à long terme.... Faites donc un sondage auprés des endocrinologues!

Saliba Nouhad

19 h 22, le 17 novembre 2020

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Commentaires (1)

  • Correction pour vos statistiques: les 422 millions de cas de diabète dans le monde sont de type 2, soit près de 7% de la population mondiale, alors que le type 1 serait 10 fois moindre, autour de 42 millions... Mais nous aurions aimé avoir les statistiques pour le Liban que le CCC devrait avoir! On pourrait l'estimer autour de 30.000 cas de type 1... En considérant que peut-être le CCC suivrait autour de 2 à 3.000 de ces cas qui sont vraiment chanceux, qu'en est-il des autres? En effet, la prise en charge de ces cas de manière sérieuse ne peut pas se faire au niveau de l'endocrinologue seul, et on ne peut aboutir à un contrôle adéquat du DB s'il n'y a pas d'équipe multidisciplinaire pour les suivre régulièrement, et, malheureusement, il n y a aucun autre centre structuré et sérieux autre que le CCC au Liban...Sans compter le coût financier du traitement que peu de gens peuvent se permettre à long terme!... Bravo pour l'équipe du CCC qui fait un excellent travail, et tant mieux pour Samar, mais qu'en est-il de la majorité des autres et surtout dans ce contexte économique désastreux? Croyez-moi, une autre catastrophe médicale en sourdine connaissant les complications de cette maladie à long terme.... Faites donc un sondage auprés des endocrinologues!

    Saliba Nouhad

    19 h 22, le 17 novembre 2020