Devant l’AUBMC, les gens gardent leurs masques en marchant. Mohammad Azakir/Reuters
C’est avec des sentiments mitigés que les Libanais s’apprêtent au reconfinement de deux semaines, à partir de demain samedi. Une mesure nécessaire pour atténuer la pression sur le personnel soignant et les hôpitaux arrivés à saturation avec la croissance exponentielle du nombre de cas testés positifs au Covid-19 et de ceux nécessitant une hospitalisation. Contestée par les experts en santé qui, comme l’épidémiologiste Salim Adib, reprochent à l’État de ne pas avoir une stratégie à long terme pour combattre la propagation du virus et atteindre zéro cas de Covid-19, la décision de boucler le pays est présentée par les autorités comme étant indispensable pour le moment, afin de freiner autant que faire se peut l’épidémie et de permettre aux hôpitaux de souffler ou de développer des unités supplémentaires pour accueillir un plus grand nombre de malades atteints du coronavirus. Surtout que le Liban a franchi la barre symbolique des 100 000 contaminations officiellement recensées depuis l’apparition de la pandémie dans le pays le 21 février dernier. Durant les dernières vingt-quatre heures, 1 874 cas supplémentaires (dont 41 en provenance de l’étranger) ont ainsi été confirmés et 12 nouveaux décès, selon le bilan officiel du ministère de la Santé. Ces chiffres font grimper à 100 703 le total des cas enregistrés, au nombre desquels 775 décès et 56 159 guérisons. Parmi les personnes toujours contaminées à ce jour, 837 sont hospitalisées, dont 305 aux soins intensifs.
Mais étant donné la crise socio-économique et en dépit de ces chiffres, le bouclage risque de ne pas être suivi rigoureusement. Le secteur privé a déjà protesté vigoureusement contre le reconfinement et les individus qui ont besoin de travailler au quotidien pour survivre ne vont pas hésiter à l’enfreindre. Ce problème s’était déjà posé lors du premier confinement, au printemps dernier. Mais comme à l’époque, les atteintes au Covid-19 pouvaient encore être tracées, les autorités avaient réussi à contenir la propagation du virus, ce qui sera difficile aujourd’hui, si le bouclage n’est pas respecté, compte tenu de l’explosion exponentielle de cas.
Des appels au respect des mesures annoncées en fin de journée par le ministère de l’Intérieur ont été lancés par le Premier ministre sortant Hassane Diab et les ministres sortants de la Santé Hamad Hassan, et de l’Information Manal Abdel Samad.
Hassane Diab a souligné l’importance d’une meilleure préparation des hôpitaux et du système de santé pendant le reconfinement. Il veut profiter de cette période pour augmenter le nombre de lits de soins intensifs et préparer l’après.
Trois mille décès
Des propos qui ont fait écho à la conférence de presse sur le coronavirus, tenue dans la matinée par Hamad Hassan et Manal Abdel Samad.
« Il est important d’accroître le niveau de préparation des établissements hospitaliers et du système sanitaire, afin d’aborder la prochaine étape de lutte contre la pandémie et d’augmenter le nombre de lits alloués aux cas de soins intensifs », a affirmé le Premier ministre sortant dans un communiqué.
Des propos similaires à ceux tenus plus tôt dans la matinée par Hamad Hassan, lors d’une conférence de presse conjointe avec Manal Abdel Samad. « Les circonstances particulières du Liban nous ont conduits à appliquer un confinement d’une durée minimale. Nous avons commencé la saison hivernale, les patients atteints de la grippe saisonnière s’ajoutent aux patients contaminés par le coronavirus. Nous devons tenter de réduire le nombre de contaminations pour préserver les lits dans les hôpitaux », a ainsi affirmé M. Hassan. « Nous suivons de près l’amélioration de la préparation des hôpitaux publics, alors que les hôpitaux privés se dérobent à leurs responsabilités. Nous cherchons à accroître le nombre de lits », a-t-il poursuivi. « Notre population est jeune, et c’est ce qui fait que le taux de mortalité (des suites du coronavirus) n’est que de 5 % », a encore souligné le ministre.
Citant les récents taux de mortalité dus au virus, la ministre de l’Information s’est pour sa part demandé « si le Liban était prêt à faire face à 3 000 décès cette année » dus au Covid-19. Aussi a-t-elle appelé les médias à jouer un rôle de sensibilisation, et les citoyens à se conformer aux mesures barrières.
Le directeur de l’hôpital gouvernemental Rafic Hariri de Beyrouth, le Dr Firas Abiad, fervent partisan d’un reconfinement, a de son côté souhaité hier matin sur son compte Twitter que « l’appel du devoir et le service de la profession » dictent le comportement des « établissements hospitaliers qui ne sont pas toujours préparés comme il se doit à faire face à la pandémie, en particulier au vu de la forte croissance du nombre de patients ».


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