Des manifestations hier à Erevan contre l’accord sur le Haut-Karabakh. Vahram Baghdasaryan/Reuters
L’opposition arménienne tentait de mobiliser hier contre le Premier ministre Nikol Pachinian, l’accusant d’avoir trahi son pays en signant l’arrêt des hostilités au Haut-Karabakh et en acceptant la rétrocession de vastes territoires à l’ennemi azerbaïdjanais. Parallèlement, les premiers soldats de la paix russes ont été déployés dans la zone du conflit, aux abords des territoires encore sous contrôle arménien en Azerbaïdjan, à l’issue de six semaines de combats meurtriers, les plus graves depuis la guerre des années 1990.
Plusieurs milliers de protestataires, sympathisants de l’opposition, se sont rassemblés à partir de la mi-journée à Erevan. Certains d’entre eux, dont des figures politiques comme le chef du parti Arménie prospère, ont été arrêtés au début de la manifestation, avant que la police ne laisse finalement le rassemblement se poursuivre malgré son interdiction du fait de la loi martiale en vigueur depuis fin septembre. « Vous ne pourrez pas arrêter tout le pays », a crié au mégaphone un député d’Arménie prospère, Arman Abovian, tandis que la foule scandait des slogans hostiles au Premier ministre Nikol Pachinian, accusé de capitulation.
« Ils sont complices des Turcs, ne les soutenez pas », a lancé Arthur Vanetsian, un ancien chef des services de renseignements, en référence à la Turquie, ennemie ancestrale de l’Arménie et alliée de l’Azerbaïdjan. Après deux heures de discours et de harangues, les manifestants ont finalement pris, dans le calme, la direction du siège du gouvernement, puis du Parlement. La police a arrêté 135 personnes avant de les relâcher plus tard.
Pachinian se défend
Après six semaines d’affrontements meurtriers pour la région indépendantiste du Haut-Karabakh, l’Arménie et l’Azerbaïdjan ont signé mardi un accord de fin des hostilités sous l’égide de Moscou, les forces arméniennes étant au bord de la débâcle. Cet accord consacre d’importantes victoires militaires azerbaïdjanaises dans cette région montagneuse du Caucase, à l’issue de combats qui, selon un bilan très partiel, ont fait quelque 1 500 morts.
Jugé responsable de cette défaite humiliante par l’opposition, Nikol Pachinian a défendu hier sa décision, soutenant que signer la cessation des hostilités avait été le seul moyen de préserver la survie de la République autoproclamée du Haut-Karabakh, même si celle-ci est affaiblie et amoindrie. « Nous avons gardé ce que nous n’aurions pas pu conserver » en cas de poursuite des combats, a affirmé sur Facebook M. Pachinian, héros d’une révolution pacifique en 2018.
Peu après l’annonce de l’accord, des centaines de manifestants en colère avaient investi mardi le siège du gouvernement et du Parlement, brisant des vitres et saccageant des bureaux. À l’inverse, la nouvelle a déclenché des scènes de joie en Azerbaïdjan, le président Ilham Aliev se réjouissant d’une « capitulation » arménienne.
M. Aliev a clamé hier devant les militaires que son pays avait remporté une « victoire brillante » et estimé que Nikol Pachinian avait été « suffisamment humilié » et « puni pour ses actes ignobles ». Il a par ailleurs dit vouloir une « compensation » de l’Arménie pour les destructions « matérielles et morales » de cette guerre.
Soldats russes déployés
L’accord de fin des hostilités prévoit notamment la rétrocession à Bakou de sept districts azerbaïdjanais, sorte de glacis de sécurité entourant le Haut-Karabakh, et le déploiement d’une force de maintien de la paix russe. L’Azerbaïdjan a aussi conquis des territoires dans le nord et le sud de la république sécessionniste.
Les terres restant sous contrôle arménien ne seront reliées à l’Arménie que par le corridor de Latchin, une bande de terre de 5 km de large dont la sécurité sera garantie par la Russie. C’est là que les premiers soldats de la paix russes ont été déployés mercredi, sécurisant cette route vitale pour le Haut-Karabakh. Quelque 400 des 1 960 soldats russes qui doivent être déployés entre Arméniens et Azerbaïdjanais ces prochains jours sont arrivés en Arménie, selon le général russe Sergueï Roudski.
Avec cet accord, le président Vladimir Poutine a conforté sa position dans le Caucase du Sud, renforçant la dépendance de l’Arménie à l’égard de la Russie et déployant pour la première fois des troupes en territoire azerbaïdjanais. La Turquie, grand soutien de Bakou, a aussi gagné en influence et devra jouer un rôle dans l’observation de l’application du cessez-le-feu. L’accord signé en début de semaine ne prévoit cependant aucun mécanisme de règlement durable de la question du Karabakh, qui empoisonne la région depuis la chute de l’URSS.
Hervé BAR/AFP


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